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L’Ordre et la Morale : Mathieu Kassovitz revient sur une page noire d’ l’Histoire Française

L’Ordre et la Morale : Mathieu Kassovitz revient sur une page noire d’ l’Histoire Française

16 septembre 2011 | PAR Yaël Hirsch

Après plusieurs super-productions internationales comme acteur (Munich) et réalisateur (Babylon A.D.), Mathieu Kassovitz revient en territoire français devant et derrière la caméra. Inspiré par le livre de l’ancien commandant du GIGN Philippe Legorjus, « L’ordre et la Morale » revient sur la prise d’otage de gendarmes français par un groupe d’indépendantistes Kanaks en Nouvelle-Calédonie entre les deux tours de la présidentielle de 1988. Un thriller politique bien bâti, aux images superbes, porté par des comédiens excellents, mais qui a du mal à trouver son rythme sur plus de deux heures. Sortie le 16 novembre 2011.

En avril 1988, le capitaine Philippe Legorjus (Mathieu Kassovitz) et ses hommes sont affrétés vers l’île d’Ouvea en Nouvelles Calédonie pour secourir 30 gendarmes français retenus en otages par un groupe d’indépendantistes kanaks. Menés par leur chef, Alphonse Dianou, ces activistes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) sont des bons pères de famille qui ont pris d’assaut une gendarmerie française; ils ne voulaient pas de violence, mais bien l’opération a dérapé et ils ont déjà plusieurs morts à leur actif. Sur place, l’armée française a beau être très présente et sur-équipée, elle n’arrive pas à localiser l’endroit où les gendarmes sont retenus. Les forces française en place font tout de suite régner la terreur et obtiennent certaines informations par la torture. Au détour d’une opération de repérage vers l’endroit indiqué, Legorjus est fait prisonnier par les indépendantistes avec un envoyé de l’ambassade. Dianou lui demande d’appeler plusieurs de ses hommes sinon, il menace de tuer un otage. Logorjus se trouve donc prisonnier parmi les indépendantiste kanaks et en bon gendarme du GIGN, il tente de commencer à négocier. Et il réalise bien vite que les rebelles ne sont ps les monstres assoiffés de sang que les autorités en places et les médias décrivent, mais des hommes doux et raisonnables, marqués par certaines théories marxistes et souhaitant sortir de l’état colonial. Il obtient peu à peu la confiance de Dianou, qui promet de relâcher les otages que tous les assassins se feront porter prisonniers, si le gouvernement français entend leur requête d’autonomie. Il laisse Legorjus sortir de leur camp et lui fait confiance pour qu’il convainque les autorités françaises de négocier. Legorjus se lance alors dans une entreprise impossible : il réalise bien vite que la vie politique de la métropole dirige à des milliers de kilomètres de la Nouvelle Calédonie la décision politique locale. Entre les deux tours des présidentielles, aucun des deux candidats, surtout pas Jacques Chirac, ne peut prendre le risque de répondre positivement aux demandes des insurgés. Ce sera l’assaut de la grotte des insurgés part les troupes d’élite françaises, malgré les vies en jeu des gendarmes français. Finalement, sur 19 insurgés Kanaks, 12 ont été tués, dont la plupart d’une balle dans la tête après la libération des otages. Legorjus est donc forcé de mentir à ceux dont il a obtenu la confiance pour que « l’odre et la morale » règnent à nouveau, en Nouvelle Calédonie et surtout en Métropole.

Projet passionnant qui trotte dans la tête de Kassovitz depuis 13 ans, « L’ordre et la morale » repose sur un intrigue vraie et qui avance réellement comme un thriller. En gendarme humain et manipulé comme un pantin, Kassovitz est excellent. Et le film rend honneur aux modes de vie Kanaks et à l’oppression subie par les populations calédoniennes en cette période trouble. Les images tropicales sont superbes, et la violence n’est pas euphémisée. L’on suit donc à la fois les opérations militaires et les querelles internes et psychologiques de Legorjus avec attention. Cependant, la fin sanglante s’annonçant très vite, la longuer du film (2h16) joue en défaveur de son propos et le spectateur connaît quelques moments de flottement à suivre les directives et réunions de militaires français qui se ressemblent presque tous dans leur sentiment de supériorité et leur manie d’obéir à des ordres humainement absurdes. Un beau film qui aurait pu être un chef d’œuvre s’il avait trouvé son rythme.

« L’ordre et la morale », de Mathieu Kassovitz, avec Mathieu Kassovitz, Iabe Lapacas, Malil Zidi, Alexandre Steiger, Daniel Martin, Philippe Torreton, Sylvie Testud, France, 2011, 2h16. Sortie le 16 novembre 2011.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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