Cinema
[Live-Report] Festival Lumière 2015, jour 1

[Live-Report] Festival Lumière 2015, jour 1

13 octobre 2015 | PAR Laurent Deburge

Alors qu’un brouillard épais nimbait la colline de Fourvière et enveloppait la ville d’une atmosphère obscure, mais lumineuse, s’ouvrait clandestinement ou presque la 7ème édition du Festival Lumière, dont le coup d’envoi ne devait être lancé qu’en soirée, dans la Grande Halle Tony Garnier, avec un film surprise.

 

Pourtant, dès 11 heures du matin, le Pathé Bellecour était rempli pour la présentation d’une copie restaurée en exclusivité d’un film mythique de Julien Duvivier, La Belle Equipe, de 1936, présenté par le réalisateur Pascal Thomas. Là où on s’attendait à voir un « chromo » monochrome du Front Populaire, c’est au contraire un film très sombre que proposait Duvivier, surtout dans sa fin originelle, particulièrement pessimiste, ici restituée. Ce film étant interdit de diffusion en DVD, pour cause de conflit sur le droit moral entre les ayants droits et l’éditeur René Château, pouvoir le visionner en salle est en soi un évènement. Si en certains aspects le film a moins bien vieilli que les éternels films de Renoir tournés à la même époque (Le Crime de Monsieur Lange, par exemple), la présence de Jean Gabin, acteur absolu, accompagné notamment de Charles Vanel et de Viviane Romance, fait de cette histoire de copains montant leur propre guinguette en bord de Marne après avoir touché le gros lot, un mythe extrêmement émouvant. Le fameux refrain « quand on se promène au bord de l’eau », y contribue grandement.

Autre acteur monstre, pendant moderne de Gabin, Gérard Depardieu était représenté par un très beau portrait réalisé par son photographe fétiche, Richard Melloul, intitulé Depardieu grandeur nature. Cette plongée dans l’intimité d’un acteur paradoxalement très pudique, fait fondre toutes les résistances que les saillies d’un personnage public défrayant fréquemment la chronique peuvent sporadiquement nourrir. La visée panégyrique est d’ailleurs un objectif avoué du réalisateur. Depardieu raconte à nouveau sa vie, son parcours, ses rencontres, son rapport au temps, comme un être dédié corps et âme à l’immédiateté de la vie, tandis que la mort est si présente tout autour de son sillage. Les extraits des Valseuses ou de Cyrano, tout comme du Tartuffe, réalisé par l’acteur lui-même sont là pour rappeler, si c’était oubliable, quel génie absolu de l’écran est Depardieu. Les sorties politiques ne sont pas évoquées, il ne s’agit pas à proprement parler d’un documentaire mais bien d’un moment de partage, d’ailleurs sans autre commentaire qu’un texte de Sagan écrit sur Depardieu et lu par Fanny Ardant.

En fin de journée, les festivaliers ont afflué vers la Halle Tony Garnier pour la soirée d’ouverture du Festival. Thierry Frémaux, que l’on avait déjà aperçu à la séance Depardieu, mène le bal avec dynamisme et simplicité. Malgré les dimensions gigantesques du lieu, et du parterre réservé aux invités officiels, qui éloigne le public commun de la scène, et partant de l’écran, l’hôte de la soirée essaie de rester fidèle au principe du Festival Lumière, qui est de faire une grande place au public lyonnais et de la métropole. Lors d’une séquence coquasse consacrée au football, quelques personnes du public sont invitées à monter sur scène pour tirer des ballons sur les invités, ce qui ne manque pas de provoquer un certain effroi. Mais l’émotion la plus grande vient de l’accueil réservé à Jean-Paul Belmondo, pour qui la foule se lève, ainsi que de la ferveur suscitée par Vincent Lindon, acteur primé à Cannes, qui semble bien avoir pris le relais de son aîné dans les cœurs du public. Lors de la cérémonie, on verra défiler du beau monde, forcément, ainsi Daniel Auteuil, Louise Bourgoin, John Lasseter, Michael Winding Refn, Vincent Elbaz, Jacques Audiard, Charles Gérard, ou Mélanie Thierry et Raphaël. Côté cinéphilie, Thierry Frémaux fait distribuer à toute la salle un bout de pellicule celluloïd extrait de Jeux Interdits de René Clément, et diffuse le premier film Lumière sur un projecteur d’époque, sur un petit écran disposé à l’avant-scène.

Le film surprise était La Fin du Jour, de Julien Duvivier (1939), réalisateur mis à l’honneur du Festival par une série de huit films restaurés. C’est un choix étonnant, car ce film qui se déroule dans une maison de retraite pour comédiens, avec Louis Jouvet en vieux Don Juan terrifiant et Michel Simon en cabot magnifique, est d’une grande noirceur et d’un humour assez grinçant. Un hommage aux comédiens qui montre une dimension essentielle de leur force, à savoir leur grande vulnérabilité.
Le Festival est maintenant officiellement lancé, et dure jusqu’à dimanche prochain.

visuel : Accompagné de son fils, Paul Belmondo, pour « Belmondo par Belmondo », un documentaire qui lui est consacré. Mardi 13 octobre à 15h au Pathé Bellecour. Photo : page facebook du festival.

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Laurent Deburge

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