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L’humour est-il exportable? Ces comédies américaines qui ont du mal à traverser les frontières

L’humour est-il exportable? Ces comédies américaines qui ont du mal à traverser les frontières

14 août 2011 | PAR Gilles Herail

Pour la sortie de Bridesmaids, une comédie féminine dont le succès est devenu un quasi phénomène de société aux Etats-Unis, Toutelaculture s’est attelée à la tâche ingrate de comprendre le pourquoi du gloussement. Le rire peut-il traverser les frontières et l’océan atlantique? Rien n’est moins sur… On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde disait Desproges. Il semble surtout qu’on ne rit que de certaines choses, qui nous parlent plus directement. Enquête…

L’humour est sûrement l’un des phénomènes les plus «culturels». On ne rit pas forcément des mêmes choses selon son expérience, son statut, son origine. L’humour fait référence à des modèles, des tabous, des représentations propres à chaque groupe. La sociologie de la réception s’est intéressée à ce sujet en essayant de comprendre comment les objets médiatiques son appréhendés différemment selon les publics. Les américains ont ainsi été nombreux à s’esclaffer devant Superbad, passé inaperçu en France. Un exemple parmi tant d’autres. Super Grave (titre français) est pétri de petits détails qui appartiennent à l’inconscient collectif américain. Des personnages typiques de la comédie US (l’ado geek, la fille populaire du lycée). Des situations courantes liées aux règles locales (l’achat d’alcool et les fausses cartes d’identité)… Le public français ne s’est donc pas déplacé en masse pour une comédie pourtant réussie et soutenue par une critique enthousiaste. Quand on pense « comédie américaine » en France, on imagine comédie d’action (L’arme fatale, Le flic de Beverly Hills), romantique (Notting Hill, Ce que pensent les femmes, You’ve got a mail), d’aventures (Retour vers le futur, Indiana Jones…) ou familiale (le récent Mr Popper et ses pingouins). Point de pure comédie, de Cité de la peur ou de Trois frères locale, dont l’unique objet est de provoquer des spasmes incontrôlés chez le spectateur. Hollywood en produit pourtant à la pelle, amassant des centaines de millions de dollars chaque année sur le sol américain et ne récoltant qu’une indifférence polie à l’étranger. Depuis les années 2000, les acteurs comiques les plus populaires aux Etats-Unis se nomment Steve Carell, Adam Sandler, Owen Wilson, Will Ferrel, Kevin James ou encore Vince Vaughn. Bien rares sont les spectateurs français à se précipiter dans les salles sur ces seuls noms. Leurs récents films, Couples retreat, Paul Bart Mall Cop, Date Night, Just go with it ou Ricky Bobby n’ont connu qu’une sortie technique en France, dans quelques dizaines de salles, là où Harry Potter monopolise 1 écran sur 5.

 

Le courant le plus en vogue de la comédie américaine a su s’engouffrer dans le créneau du plaisir paillard et de la comédie un peu trash. Les « R » comedies, pour (jeunes) adultes, un brin grossières, souvent scatos, où les « fuck » et l’alcool coulent à flot permettent de décoincer un peu une Amérique parfois engoncée dans la morale puritaine. Judd Apatow est le maître incontesté de cet humour en dessous de la ceinture mais très tendre avec ses personnages de trentenaires ayant du mal à grandir. Amateur de stupidité bon enfant mais perfectionniste, le réalisateur/producteur est à l’origine de la quasi-totalité des grands succès comiques américains de ces dernières années. Apatow a même su transposer son univers dans la comédie féminine avec ce fameux Bridesmaids, sans star, qui a rapporté autant que Thor au box-office. Ces comédies « adultes » ont leurs amateurs en France parmi les geeks et les dvdvores qui se délectent sur Internet des grands moments jouissifs de 40 year old virgin, Superbad ou Dodgeball. La qualité n’est pas toujours au rendez-vous et certains films à succès comme I now pronounce you Chuck and Larry ou Forgetting Sarah Marshall laissent de marbre. Peut être le dit choc culturel… Les films de la famille Apatow sont malgré tout toujours intéressants, s’éloignant fortement des canons de la comédie prime time à la française. Les castings laissent la part belle à des seconds rôles issus du stand up et encore peu connus. Les intrigues sont complexes, s’étendant sur deux heures minimum (voire 2h30 pour la tragicomédie Funny People, troublante).

 

L’incorrection des dialogues et des personnages fait un bien fou, dont les spectateurs français n’ont malheureusement pas la chance de profiter. Mais Hollywood sait aussi produire des Bienvenue chez les Ch’tis du cru. Des comédies familiales pas trop impertinentes permettant de rassembler l’ensemble du foyer autour d’acteurs ultra populaires là bas, mais totalement inconnus ici. Pour plagier la désormais célèbre interrogation de Ségolène Royal, « qui connaît Will Ferrel ?». Qui en dehors des Etats-Unis (du Texas ?) s’est intéressé à Blades of glory, comédie sportive surréaliste, Ricky Bobby roi du circuit ou Paul Bart Mall cop ? Ce désintérêt existe parfois pour le meilleur, les français échappant par chance aux lénifiantes comédies de Noël (les trois Santa Clause ou Cheaper by dozen) qui inondent le public de ses bons sentiments moralistes une fois par an. La comédie américaine n’est pas que populaire. Le cinéma indépendant a aussi soutenu des films devenus cultes avec le temps, maniant l’humour noir et la satire sociale. On pense à Serial Mum de John Edwards où une mère au foyer conservatrice cède à des pulsions meurtrières systématiques face aux impolis, aux impies et à ceux qui ne recyclent pas. Le tragicomique World’s greatest dad où un Robin Williams surprenant s’amuse dans un univers très noir dynamite la superficialité des comportements dans la société américaine. Bad Santa enfin, offre un grand moment de plaisir à Billy Bob Thorton qui prête ses traits à un père noël alcoolique, spécialisé dans le casse de grand magasin pendant les fêtes.

 

La comédie américaine est ainsi bien plus diverse que prévu. Mais rares sont les acteurs comiques américains qui obtiennent une certaine notoriété en France. Chaque pays chérit ses stars comiques locales, souvent issues de l’univers du stand up ou de la télé. Les exceptions sont rares. On a bien eu des Eddie Murphy, Robin Williams, Woopie Goldberg ou même Ben Stiller de nos jours qui ont séduit le monde entier. Ils sont bien seuls. Récemment, une comédie et sa suite ont brouillé les analyses. Very bad Trip, ses acteurs inconnus au bataillon et son humour un peu trash a été un véritable phénomène aux États-Unis. Mais il a surtout très bien fonctionné en dehors, notamment en France, grâce à un bouche à oreille étonnant. Une comédie pourrait donc s’exporter si sa mécanique interne est assez efficace pour dépasser les références culturelles et nationales ? Le concept de Very bad Trip, faire rire en découvrant petit à petit les énormités commises par trois amis victimes d’une sérieuse gueule de bois, semble parler à de nombreux spectateurs festifs par delà les continents. Le succès de Bienvenue chez les cht’is en Europe l’a bien montré : une thématique universelle comme les rivalités régionales peut fonctionner partout. Il est parfois plus difficile d’expliquer le succès d’une comédie à l’étranger. Aux Etats-Unis, la comédie française la plus populaire n’est pas celle que l’on croit. La transposition des Visiteurs a été un échec retentissant et c’est bien La cage aux folles avec Michel Serrault qui reste la comédie ayant connu le plus de succès au box-office américain.

 

Il est bien plus facile de produire un blockbuster en 3d promu par un rouleau compresseur marketing pour s’assurer une rentabilité mondiale, des pays les plus pauvres à ceux du G8. Sur la comédie, bienheureux sera celui capable de tirer les ficelles du rire universel. Pour un Very Bad Trip 2 ou un Mary à tout prix, beaucoup de comédies nationales, inexportables car trop référencées (l’Astérix d’Alain Chabat plus proche d’un « Jamel rencontre Les Nuls » show a moins bien fonctionné que le pourtant très mou Astérix aux jeux Olympiques). Dès le mois d’août, Bridesmaids et How to kill your boss vont arriver en France. L’un est produit par Apatow. L’autre regroupe des stars montantes de la comédie US. Les deux ont connu un succès surprise aux Etats-Unis. De l’autre côté, Bad Teacher avec Cameron Diaz, une sympathique comédie très classique qui recevra au mieux des critiques tièdes. Prenons les paris. La France va privilégier la star et bouder les deux succès américains. L’humour a ses mystères que même toutelaculture ne saurait percer…

 

 

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Gilles Herail

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