Cinema

Let’s make Money, Yeah baby

15 avril 2009 | PAR Erwan

lets_make_money_affiche-fc0c8Faisons de l’argent… ce n’est pas au contribuable que cette proposition s’adresse.

Après avoir présenté leurs stats : 97% de l’or va aux occidentaux, 3% à l’Afrique, le documentaire affiche son parti pris militant : les occidentaux écrasent le monde. Mais les occidentaux, ce n’est pas nous non plus. Ce sont eux : les gens aux pouvoirs, le financier sans scrupule qui  explique qu’un financier n’a pas à se soucier de moral, ou d’éthique – il se soucie de finances, et c’est déjà beaucoup – ou l’homme d’affaires autrichien qui remarque que l’on forme des professeurs en Europe, alors que les Ingénieurs indiens coûtent déjà trop cher. Trop chers : 2500 euros/mois. Alors il pense délocaliser. En parallèle, les pays d’Afrique exploitent le coton et ne parviennent pas à survivre car les Etats-Unis subventionnent à tour de bras, faisant de la concurrence déloyale. Les uns vendent à prix coûtant la matière première pour faire vivre des familles entières, les autres se remplissent les poches. Mais les autres, encore une fois, ce n’est pas nous. Les responsables sont montrés du doigt : La Banque Mondiale Internationale, située aux Etats-Unis, qui gère l’humain comme un rouage de l’entreprise.

Tourné avant la grande crise bancaire, document révélateur d’une époque, Lets makes the money étonne par sa structure disparate. Usant du vecteur cinéma avec force – le temps compte et c’est celui de la vie – ce film est composé de plusieurs reportages assemblés sur le même thème d’une société très malade. Le fond compte ici bien plus que la forme. Et le fond montre quel sort les financiers réservent à tous ceux qui ne peuvent se défendre. Le passage sur l’Espagne est à pleurer, et la salle vibre d’horreur. Quelque chose ne fonctionne pas dans notre monde. Les gens au pouvoir sont sans scrupules, et construisent sur des terrains non constructibles pour bâtir des empires d’une laideur affligeante, qu’il faudra détruire, faute de permis de construire, au frais du contribuable… encore, pendant que celui-ci crève de faim. Après We feed the world, Erwin Wagenhofers montre un versant ressassé du libéralisme à outrance, mais sous un angle différent avec des arguments précis. Le passage sur Sadam Hussein est remarquable.

On pourra dès lors reprocher à cet énième film déprimant, mais tellement vrai, de dresser un constat de notre société sans apporter aucune solution. Certes, il présente les paradis fiscaux à travers Jersey comme une ouverture possible. L’argent sale des uns pourrait combler la famine des autres. Mais non, car nous le savons tous, cela provoquerait une crise soudaine, un déséquilibre des marchés qu’il faut à tout prix éviter. Et puis, si on voulait vraiment s’en prendre aux paradis fiscaux, ça se saurait, non ?

Pour le plaisir… mais juste pour le plaisir.

Erwan Gabory

Lets make money d’Erwin Wagenhofers, sortie le 15 avril

Plus d’infos sur ce film

Descendue du ciel sur la terre, et toujours aérienne, la danse de Martha Graham
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Erwan

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