Cinema
[L’Etrange Festival] « Near death experience » en présence de ses réalisateurs : rien, et pourtant

[L’Etrange Festival] « Near death experience » en présence de ses réalisateurs : rien, et pourtant

09 septembre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Hier soir, Benoît Delépine et Gustave Kervern présentaient leur nouveau film en avant-première à l’Etrange Festival. Un objet frêle, mince comme un souffle d’air, qui s’attache à capter… pas grand-chose. Mais le fait bien. Récit, et explications des réalisateurs.

[rating=3]

Near death experienceBenoît et Gustave, ex-animateurs télé grolandais, devenus des réalisateurs salués par la critique, sont chez eux à l’Etrange Festival. Ce soir, ils sont là pour nous. Gustave est très loquace : il nous prévient que toutes les économies de leur boîte de production, la bien nommée « No Money Prod. », ont été englouties par le tournage de ce sixième film, que nous allons voir. Il a intérêt à être costaud, ce film. Benoît vient quand même nous préciser que le grain de l’image sera très sale. Et ce grâce à une petite caméra retrouvée dans un placard, dont ils se sont servis pour filmer. On ne doit donc pas s’attendre à quelque chose de beau. Bienvenue dans l’économie de la ruine, dans le burlesque de la crasse humaine des deux cinéastes. Un duo qui veut filmer les « derniers dingues » de chaque discipline.

Notre guide de haute montagne, ce soir ? Michel Houellebecq. « Dernier dingue » de la littérature. A l’écran, il devient Paul. Homme atteint de « cette maladie qui ne touche habituellement que les femmes » (dixit les deux réalisateurs, citant un champion de cyclisme) : la dépression. Un vendredi 13, la chronique du journal télévisé sur ce jour particulier lui donne comme un signal pour passer à l’acte. Décidé à concrétiser son envie de suicide, il s’enfuit dans la montagne. Et puis ?… il y aura quelques micro événements… qu’on ne va pas vous révéler. Le tissu scénaristique du film est bien trop infime.

Near death experience 2Michel Houellebecq qui marche dans la montagne, donc. Qui essaye de sauter, qui part du principe qu’il est mort, qui marche, qui marche… Qui parle à des cailloux… Qui danse sur Black Sabbath… Qui fait un bilan de sa vie… A-t-il besoin de jouer, Michel ? bien sûr que non. Les acteurs ne jouent pas, chez Delépine et Kervern. L’image est-elle sale ? elle l’est. Est-ce qu’on se fiche vraiment de nous ? hum…

Near death experience est-il un film ? Oui. Car il se passe des choses. L’intérêt se niche dans la plupart des scènes. Il y a un récit. Une évolution. Pour une fois, les gags minimalistes chers aux deux réalisateurs, parfois juste sinistres dans Mammuth, parfois lourds dans Le Grand Soir, fonctionnent. Et dans le ton et le visage déglingués de Michel Houellebecq, ils ont su capter des instants de sincérité : quand il parle de son grand-père qui, lui, a eu le droit de vieillir « comme un pépé », sans se préoccuper des modes, on le suit. On fait le lien avec nous-mêmes. Tout modeste qu’il soit, et il l’est, le film touche. Il intéresse. Que dit-il, au final ? pas grand-chose qu’on ne sache déjà. Mais on est heureux qu’on nous le redise, façon Houellebecq. De manière simple : sans les artifices, toute la place est offerte au ressenti. Rien d’autre à comprendre. Si le cœur vous en dit…

Near death experience, un film de Benoît Delépine et Gustave Kervern avec Michel Houellebecq. Durée 1H27. sortie le 10 septembre.

Visuels : © Ad Vitam

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