Cinema

Les maîtres de la suggestion au MK2 Quai de Loire

16 mai 2010 | PAR Margot Boutges

Le MK2 Quai de Loire convoque « Les maîtres de la suggestion » dans un cycle de longs-métrages depuis le 8 mai jusqu’au 13 juin. Prenez place devant les écrans les samedi et dimanche matins et plongez dans des petits bijoux d’esthétisme des années 1940 qui nous prouvent que les Grands n’ont pas eu besoin de dégainer la grosse artillerie pour susciter l’angoisse.

Le cycle débute avec la projection de deux films de Jacques Tourneur, réalisateur français qui a eu une importante carrière à Hollywood des années 1930 à 1960. Il excelle dans le genre fantastique et en manie les ficelles avec  une grande et subtile inventivité, jouant sur ce que l’on ne voit pas pour susciter la peur. Après La féline (1942), son film manifeste au cours duquel il invente l’effet-bus  (procédé consistant à faire retomber brusquement la tension d’une scène au moyen de l’irruption d’un élément extérieur) il réalise Vaudou en 1943. Cette incursion dans les Caraïbes entre la vie et la mort (zombies à l’horizon) vaut vraiment le coup d’œil.  La voix-off  qui s’insinue dans les tourments les plus intimes  de l’héroïne n’y est pas étrangère. L’angoisse plane et s’intensifie tout au long du film, au rythme des tam-tam rituels et du bruit du vent dans les plantations de canne à sucre. 

Angoisse réalisé en 1944 par le même Tourneur raconte la rencontre du Dr Bailey avec Allida, beauté fascinante au cœur lourd mariée à un homme persuadé qu’elle perd la raison. Ce film est inégal. Au mieux : il préfigure Soupçons d’Hitchcock ou bien encore Vertigo dans les thématiques abordées. Au pire : Il verse dans une histoire à l’eau de marguerites un peu niaise  portée par une héroïne éthérée (bien que somptueusement costumée).

Vos pourrez aussi découvrir les films de son père, Maurice Tourneur, bien souvent méconnu et à tort! Il a connu une importante carrière aux États-Unis dans  les années 1910-1920 jusqu’à ce qu’il abandonne  le tournage de L’île mystérieuse et son fils pour revenir en Europe. en 1926 Il fait tourner Marlène Dietrich en Allemagne dans un de ses premiers grands rôles avant de regagner la France. Ce sont deux films  de cette dernière période que le MK2 nous propose de découvrir, en particulier son chef-d’œuvre La main du diable tourné sous l’occupation alors même que Marcel Carné réalisait Les visiteurs du soir. Ce Film, adaptation d’une nouvelle de Gérard de Nerval raconte l’histoire d’un peintre sans le sou qui passe un pacte avec le diable en achetant sa main… Cette histoire de damnation explore le mythe de Faust et effectue un incroyable périple à travers le temps. Un film rare du cinéma français. Vous pourrez aussi apprécier Cécile est morte (1944), l’adaptation d’un roman policier de Simenon de la série des Maigret. Visiteurs nocturnes et strangulation au programme…

Découvrez aussi La femme au portrait de Fritz Lang, réalisé en 1944 alors que le cinéaste était en exil aux États-Unis. Il permet d’aborder un versant moins connu de l’œuvre du grand représentant de l’expressionnisme allemand. Lang joue avec les codes du film noir américain dans  un film policier qui se plonge dans les affres de la psychanalyste et explore les tourments de la culpabilité et la part d’ombre de l’être humain. On est finalement pas si loin de M le maudit.

La maison du diable de Robert Wise fait figure d’intrus dans cette sélection de films des années 1940. Ce film d’épouvante réalisé en 1963 nous entraine dans le ventre d’une maison hantée. Comme Jacques Tourneur avant lui, Wise obtient les effets les plus efficaces en utilisant l’ellipse, le doute et l’incertitude.

Photos : Vaudou de Jacques Tourneur, La main du  diable de Maurice Tourneur et La femme au portrait de Fritz Lang

Informations pratiques :

Cycle « Les maîtres de la suggestion » au MK2 quai de Loire du 8 mai au 13 juin

7 quai de la Loire (19e) – Métro : Stalingrad/Jaurès

Audiotel : 08 92 69 84 84 (#10)

Tarif du matin : 6 euros 50, carte UGC illimité acceptée

Dates et horaires

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