Cinema
Les enfants de Belle Ville, l’annonce d’une séparation de Asghar Farhadi

Les enfants de Belle Ville, l’annonce d’une séparation de Asghar Farhadi

02 juillet 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le réalisateur d’Une séparation, Oscar 2012 et César 2012 du meilleur film étranger avait signé en 2004 « Les enfants de Belle Ville ». Inédit, il sort le 11 juillet sur les écrans français. On y découvre l’origine des obsessions d’Asghar Farhadi : le doute et la vérité.

Le générique défile sur fond noir, un bruit peut faire penser à des oiseaux qui s’envolent, on apprendra plus loin qu’il s’agit de l’entrainement du centre de détention des jeunes du quartier de Belle Ville. Le film offre de façon permanente une question sur le doute : ce que l’on voit, ce que l’on entend.

Derrière les portes bleues des bas-fonds de la ville, il y a Firoozeh, son frère, Alkar vient d’avoir 18 ans, la fête devrait être belle, mais elle est horrible. Lui est en prison pour avoir tué il y a deux ans sa petite amie. Avec la majorité vient une sanction « Il peut être exécuté » rappelle son éducateur. Une seule solution est envisageable, que d’autres obtiennent pour lui le pardon du plaignant, qui n’est autre que le père de la défunte.

Qui est le salaud ? Celui qui a tué l’enfant d’un autre ou celui qui refuse le pardon en tuant à son tour un adolescent de 18 ans ? Asghar Farhadi organise le film en le centrant au départ sur Akbar et sa famille. Son ami Ala ira rencontrer sa sœur pour la convaincre de lutter avec elle contre le père de la jeune fille décédée. Sans sourciller on s’attache et on fonce dans le camp du coupable : oui, le père doit pardonner et laisser le bénéfice de l’erreur au jeune homme. Comme il le fera dans Une séparation, le réalisateur vous bouleversera en vous faisant en permanence changer d’avis voyant les enchères monter jusqu’à offrir des choix impossibles aux protagonistes.

La camera nous accompagne dans les recoins, des toilettes de la prison aux barbelés qui entourent ce quartier en démolition près de la voie ferrée, donnant non seulement l’impression que tout le monde est enfermé, mais plus encore que les libres sont les emprisonnés. Le portrait dressé de la société semble acerbe : les femmes sont voilées de la tête aux pieds, les hommes sont violents. Mais dans le détail, on découvrira que Firoozeh ment, elle fume, met une alliance alors qu’elle n’est pas mariée, élève seule son bébé. Dans la maison Rahmati Abolqasem, l’endeuillé, c’est sa femme qui imposera en réparation du pardon un marché inextricable.

Réalisé avant l’accession au pouvoir d’Ahmadinejad,Les enfants de Belle Ville n’a pas la force d’Une séparation mais Asghar Farhadi réussit à dresser un portrait subtile de la société et de la justice iranienne, où toutes les certitudes sont remises en question.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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