Cinema
Les amours d’Oki de Hong Sangsoo, exercice de mémoire à voir et à revoir

Les amours d’Oki de Hong Sangsoo, exercice de mémoire à voir et à revoir

07 décembre 2011 | PAR Olivia Leboyer

Après l’enthousiasmant Ha ha ha l’an dernier, le cru Hong Sangsoo 2011 est, bien évidemment, toujours classé ! A boire sans modération à partir du 7 décembre.

En fait, ce film, Oki’s movie, nous l’avions vu l’an dernier à la Cinémathèque. Hong Sangsoo était venu le présenter, au cours d’une soirée spéciale : des extraits de ses anciens films avaient d’abord été projetés, avec les commentaires laudatifs du directeur de la Cinémathèque. Hong Sangsoo était là, décontracté et séduisant, en jean et pull, assis et souriant. Sur ses films, non, il n’avait pas envie de raconter plein de trucs compliqués, pas envie de décrypter, d’analyser, ni même de se souvenir ! Devant le directeur de la Cinémathèque légèrement estomaqué, il a carrément ri : « Non, cet extrait-là de mon film, je ne m’en souviens pas du tout ! C’est loin ! ». Cet homme a décidément un charme fou.
Je me souvenais plutôt bien d’Oki’s movie, mais je suis quand même retournée le voir la semaine dernière, tellement c’est bien ! Et, justement, il y est question de la mémoire.
Que reste-t-il de nos amours ? Un beau souvenir, des regrets, de l’amertume, l’oubli pur et simple, rien ? A travers quatre histoires qui s’entrecroisent et se répondent, Hong Sangsoo sonde le sentiment et son devenir, pas toujours glorieux. Oki, une jeune et jolie étudiante en cinéma, tombe successivement amoureuse d’un professeur (encore bien, un peu brushé à l’ancienne) et d’un étudiant de son âge, surnommé « le psychopathe », capable de s’extasier devant un pack de lait et d’embrasser comme si sa vie en dépendait ! Entre rivalités amoureuses et rivalités universitaires (le jeune étudiant concourt pour un prix du court-métrage), le film déploie des séquences extrêmement drôles et d’autres plus mélancoliques. Tourné très vite, avec trois bouts de ficelle, Oki’s movie possède la grâce des instants captés sur le vif. Avec cette jolie déclinaison douce-amère, Hong Sangsoo n’est pas si éloigné du Emmanuel Mouret de L’art d’aimer !
Mais le temps passe et tout cela pourrait bien s’oublier assez vite. Comme toujours, les amours sont à la fois belles et passagères, sans grande assise : la scène finale, sur les promesses tenues ou non tenues, est magnifique : elle vous restera longtemps en tête (mais vous pourrez toujours revoir le film !).

Les amours d’Oki (Oki’s Movie), de Hong Sangsoo, 1h20, Corée du Sud, avec LEE Sunkyun, JUNG Yumi, MOON Sungkeum. Sortie le 7 décembre 2011.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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