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L’Empire des Rastelli – une tragédie contemporaine: l’homme face aux marchés.

L’Empire des Rastelli – une tragédie contemporaine: l’homme face aux marchés.

28 décembre 2011 | PAR Emma Letellier

Leda est l’un des fleurons de l’économie italienne qui fait la fierté de la famille qui la dirige. Les Rastelli ont construit un empire qui s’étend sur les cinq continents. Soumis aux lois d’un marché mondial sans pitié, ils doivent sans cesse trouver des solutions pour ne pas sombrer. Falsifications, corruption, appuis politiques : tout est bon pour préserver les apparences d’une entreprise florissante. L’Empire des Rastelli est l’histoire d’une famille d’entrepreneurs qui est allée trop loin dans une arnaque d’ampleur internationale. `

En salle le 28 décembre, L’Empire des Rastelli est le nouveau long-métrage d’Andrea Molaioli, cinéaste italien qui a longtemps travaillé aux côtés de Nanni Moretti, Carlo Mazzacurati, Daniele Luchetti, notamment. Pour son dernier opus, le réalisateur fait appel à l’excellent Toni Servillo, qui interprète ici avec précision et puissance l’expert comptable de la LEDA, cette firme de province propulsée sur le marché mondial pour une chute d’autant plus fracassante. L’homme est solitaire, taciturne et peu amène, faisant montre d’une effrayante conscience professionnelle. A peine s’il rentre chez lui entre la fermeture et l’ouverture des bureaux, n’ayant pour seule fréquentation nocturne que la secrétaire qui se laisse prendre à la nuit tombée. A ses côtés, la nièce du patron : somptueuse Sarah Felberbaum. Elle se laisse tenter par l’aventure bravant avec un aplomb surprenant le laconisme de l’expert comptable. Elle est brillante et aime les étincelles. Elle séduit et détourne avec intelligence, elle incarne avec talent l’arrivisme impudique d’une femme d’affaires des années 1990.

Car le film propose une véritable traversée depuis les premiers essors jusqu’aux derniers soupirs, depuis les premiers IBM jusqu’aux écrans plats, depuis la croissance endémique sur le marché local jusqu’à la dégringolade de la cote boursière. Et c’est là sans doute que se niche la faiblesse d’un scénario qui embrasse une trop longue durée pour s’avérer suffisamment incisif. L’histoire que vivent les protagonistes, les choix cruciaux auxquels ils sont confrontés se dilatent et se perdent dans une temporalité trop peu resserrée. Pour les scénaristes, l’enjeu était moins de dénoncer que d’enquêter sur les personnages: « Nous avons essayé de regarder le monde avec les yeux de nos protagonistes, une bande de managers de province projetés sur la scène de la finance mondiale, armés seulement d’un diplôme de comptabilité et d’une bonne dose de sang froid (…), capables de tenir en échec les marchés mondiaux grâce à un faux compte réalisé avec un scanner et du blanc. Canailles, comme des joueurs de poker, toujours prêts à relancer même s’ils n’ont rien dans les mains. (…) mais relégués à des vies grises de petits employés. Avec une confiance aveugle, paradoxale dans le travail, dans l’entreprise et dans son patron. ».

Même si le film ne parvient pas à entretenir son spectateur dans le suspense terrifiant d’une action imminente, L’Empire des Rastelli met en lumière certains mécanismes humains face à la version contemporaine du choix tragique. Ainsi, sans tenter de narrer un fait avéré, Andrea Molaioli , Ludovica Rampoldi  et Gabriele Romagnoli se sont inspirés de « l’affaire Parmalat et d’autres krachs financiers (…) survenus ces dernières années » pour rendre compte d’une aventure somme toute pratiquement banalisée.

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Emma Letellier

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