Cinema

Le sentiment de la chair, un beau film entre amour et obsession

27 novembre 2010 | PAR Olivia Leboyer

Un premier film fort et dérangeant sur le sentiment amoureux et la passion du corps humain. Roberto Garzelli, qui a été assistant monteur sur des films de Marco Ferreri, scrute l’histoire d’amour et de folie, au plus près, de manière quasi naturaliste. Un beau film, singulier et sincère. Sortie le 29 décembre 2010.

Deux amants éprouvent le désir insatiable de connaître le corps de l’autre de l’intérieur ! Résumé ainsi, le scénario fait penser à une dissertation de philo sur l’amour, le rêve de fusion, l’identité… On pourrait craindre un film théorique et prétentieux. Précisément, Roberto Garzelli évite tous ces écueils, pour conter une belle histoire d’amour, incarnée et profondément mélancolique.

Tout sonne vrai, dans Le Sentiment de la Chair. La rencontre entre Benoît (Thibaut Vinçon, que l’on avait déjà remarqué en étudiant sombre et magnétique dans Les Amitiés Maléfiques d’Emmanuel Bourdieu, est ici intense et troublant), cardiologue et Héléna (Annabelle Hettmann, au jeu étonnant de fraîcheur et de justesse), étudiante italienne en dessin anatomique, est très plausible. Partageant une même fascination pour le corps humain et son étrange mécanique, il est naturel qu’ils cherchent à se revoir et se sentent attirés l’un par l’autre. Puis, devenus amants, il est logique aussi qu’ils prennent plaisir à explorer leur corps. A partir de là, la confusion s’installe entre le sentiment amoureux, bien réel, qui les relie, et cette passion dévorante et folle pour la connaissance anatomique. Deux personnes qui s’aiment, mais qui sont hantées par la même obsession, peuvent-ils vivre ensemble, comme un vrai couple ?
A force de vouloir se connaître dans les plus infimes détails du corps, à force de désirer « voir » le plus loin possible, Benoît et Héléna risquent de ne plus se reconnaître du tout. L’obsession pour le corps humain, d’abord vécue sur un mode hédoniste et ludique, se met à pousser comme du lierre, en liberté et toujours plus résistant. Comme un cancer, aussi. La réussite du film tient à l’alternance des tons et au grand naturel des acteurs principaux (à noter : une jolie apparition d’Emmanuel Salinger, en silhouette romantique évidée). Et l’humour est très présent ! Le spectateur rit à plusieurs reprises, mais Benoît et Héléna rient aussi beaucoup ensemble : le tragique vient de ce que l’humour qu’ils partagent, la complicité, le recul (ils voient bien que leur désir est insensé !) ne peuvent rien, au final, contre la puissance de leur obsession…Thomas Vinçon et Annabelle Hettmann donnent à l’histoire d’amour le poids de la réalité. Il ne s’agit pas de deux personnes un peu trash, tentées par des expériences limites pour se désennuyer. Le sentiment amoureux et l’obsession du corps sont aussi sincères et vrais l’un que l’autre. D’où le déséquilibre, inévitable, qui va faire dériver l’histoire aux confins de la folie et du fantastique.
Mais Roberto Garzelli sait doser les effets, et ne verse à aucun moment dans la grandiloquence. A cet égard, la fin, poétique et infiniment triste, imprime au Sentiment de la Chair une vraie singularité.


LE SENTIMENT DE LA CHAIR : BANDE-ANNONCE HD
envoyé par baryla. – Regardez des web séries et des films.

Le sentiment de la chair, de Roberto Garzelli, France, 1h31, avec Thibault Vinçon, Annabelle Hettmann, Pascal Nonzi, Emmanuel Salinger. Sortie le 29 décembre 2010.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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