Cinema
Le Festival de Cabourg, Journées Romantiques, a bien lieu

Le Festival de Cabourg, Journées Romantiques, a bien lieu

19 juin 2020 | PAR Yaël Hirsch

La 34e édition du Festival de Cabourg, Journées Romantiques, va tout de même avoir lieu, malgré la crise sanitaire, et en deux temps. Le temps de la compétition pour les jurés a eu lieu à Paris du 10 au 12 juin, avant que le festival puisse se tenir, un peu décalé à Cabourg, fin juin, début juillet. Rencontre avec le Président du jury long-métrage, Benoît Magimel, le membre du jury Ahmed Hamidi et la programmatrice, Marielle Pietri.

Même sans public et à Paris, cela vous semble-t-il important d’honorer votre rôle et action de juré pour le Festival de Cabourg ?

Benoît Magimel : Nous devions être à Cabourg, nous sommes à huis clos et c’est bien dommage, mais il faut en profiter pour voir des films. Remettre les pieds dans une salle de cinéma, cela fait du bien. C’est vraiment bien que nous essayions de faire en sorte que les choses puissent avoir lieu malgré tout. C’est la première fois en plus de 30 ans que le Festival est mis à mal … Après, je pense que les choses terribles sont derrière nous, mais chacun vit cette sortie de crise avec ses angoisses et ses attentes.

Ahmed Hamidi : Même si nous ne sommes pas dans le maquis, ce n’est pas mal de faire des actes de résistance, de mettre le pied dans la porte et que ça reparte. C’était important de faire partie de la machine qui repart, dans une volonté générale.

La sélection était-elle prête le 14 mars ?
Marielle Pietri : Elle n’était pas tout à fait prête car nous suivons, comme tout le milieu du cinéma, les sélections du Festival de Cannes. Mais elle était aux trois-quarts prête, étant donné que j’avais déjà retenu plusieurs films dans des festivals internationaux comme Rotterdam en janvier et Berlin en février, où il est vrai que nous avons vu beaucoup moins de vendeurs et d’acheteurs asiatiques, mais où il y avait encore une belle offre.

Et de vôtre côté, vos projets professionnels ont-ils été heurtés ?
BM : Cela a mis la vie de chacun entre parenthèses, nos activités professionnelles ont été mises en suspens. Cela a été une crise très grave pour les professionnels du cinéma. Mais cela reprend doucement. Le Festival de Cannes a proposé de mettre en place des labels et pour ma part, Lisa Redler de Nicole Garcia devrait être montré au Festival de Venise et je retravaille dès début juillet. Faire partie du jury du Festival de Cabourg, c’est surtout défendre les films. Vous vous rendez compte du nombre de films qui n’ont pas dû sortir, qui ont été mis dans un tiroir, qui ont été décalés. Là il y a des films sur lesquels nous pouvons communiquer. Si j’avais été jeune cinéaste, et que j’avais eu un film qui pouvait être montré à un festival à cette période, j’aurais été vraiment heureux de pouvoir en parler.

Quand avez-vous décidé que le festival aurait lieu ? Et comment ?
MP : Le festival se déroule en plusieurs parties cette année, nous avons su nous adapter au fur et à mesure aux nouvelles contraintes sanitaires qui étaient imposées à la France entière. J’ai personnellement continué de travailler pour le Festival. Je ne me suis pas arrêtée de visionner, les films continuaient d’être inscrits. Nous avons proposé que la compétition se tienne car nos amis réalisateurs, producteurs et distributeurs ont besoin que nous parlions des films que le public va pouvoir retourner voir en salle dès le 22 juin. Nous avons proposé que cela soit un ciné-drive au début et puis la formule a évolué. Nous sommes considérés comme un gros évènement culturel et un drive aurait attiré un public trop nombreux pour être autorisé à l’époque. Pour permettre aux membres des jurys de retourner travailler alors que la production cinématographique reprend à plein, les salles de Cabourg étant fermées, nous avons donc décidé de leur projeter les films de la compétition dans une vraie salle de cinéma et à Paris, au Club de l’Etoile, et de leur permettre de délibérer. Et le Festival de Cabourg aura bien lieu à des dates un petit peu décalées à la fin du mois de juin. Enfin, la cérémonie de remise des Swann qui récompensent les meilleurs talents romantiques aura lieu au Ciné-Plage, à Cabourg, comme chaque année.

Que va-t-on découvrir dans la sélection ?
MP : Dans la compétition de long métrages, il y a trois films de jeunes réalisateurs français qui ont déjà présenté des films à Cabourg. D’abord Grégory Magne, qui avait présenté l’Air de rien à Cabourg (2012) avec Michel Delpech tellement touchant et qui propose cette année le très sensible long métrage Les parfums avec Grégory Montel et Emmanuelle Devos. Olivier Babinet avait fait avec des lycéens le documentaire Swagger et propose sa première fiction Poissonsexe, très romantique et très frais, mêlant des sujets graves tels que la protection de l’environnement et l’avenir de l’espèce humaine, avec une intrigue romantique entre deux êtres un peu naïfs. Et puis A l’abordage de Guillaume Brac qui est l’un des rares films qui m’a fait rire vraiment aux éclats depuis le début de l’année et pour moi cela s’apparente vraiment à du Rohmer 2020 avec des dialogues truculents, de l’humour et des quiproquos.

Et côté films étrangers ?
MP : Il y a Brooklyn Secret de Isabel Sandoval…
AH : J’en ai appris plus sur Isabel Sandoval qui est aujourd’hui américaine, mais d’origine philippine, actrice-réalisatrice, et qui a opéré sa transition. Comme acte de résistance romantique, c’est très beau comment cette femme jeune d’origine philippine passe par le cinéma pour exprimer une certaine idée, forte, du romantisme.

MP : Il y a aussi Goodbye de William Nicholson, avec la formidable Annette Benning, Eva en août, film espagnol de Jonas Trueba…
Et deux films asiatiques, un qui vient du Tibet, Balloon de Pema Tseden et qui parle de la politique de l’enfant unique en Chine qui est un sujet très actuel. Et l’autre de Mongolie qui était dans la compétition de la Berlinale il y a deux ans :  La femme des steppes, le flic et l’œuf de Quanan Wang, un réalisateur de la sixième génération des réalisateurs chinois reconnus comme maîtres.

Et pour les  court métrages ?
MP : Le jury est présidé par Noémie Lvovsky et il y a dix très beaux films, avec des propos forts sur des sujets importants : l’acceptation de l’homosexualité, de l’autorité ou de la différence par la société.

Les évènements donnent-ils une coloration différente sur le film « romantique » ou l’amour est-il un thème éternel ?
BM : C’est assez large la notion du romantisme que propose le festival.
AH : Les films de la compétition ne sont pas des comédies romantiques… Ils parlent d’amour des autres, de la différence …
MP : Le propos principal des films à travers les couples qui se forment, ou se quittent, c’est vraiment la description les droits humains fondamentaux : le respect, l’écoute, l’échange, la bienveillance. Notre festival est comme un condensé de ce qu’il se passe en termes de prise de conscience au niveau sociétal en ce moment.

visuel : affiche du festival (c) Jeanne-Marie Montpeur

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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