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Le dernier Mitterrand au Cinéma : le promeneur du Champs de Mars

Le dernier Mitterrand au Cinéma : le promeneur du Champs de Mars

09 mai 2011 | PAR Olivia Leboyer

« Je suis le dernier des grands Présidents » lance Michel Bouquet (récompensé par un César), en sortant d’un restaurant, dans une scène du beau film de Robert Guédiguian (2005). La réplique trahit un rien de mégalomanie, mais aussi une sincérité finalement assez proche de l’humilité : c’est vrai qu’avec François Mitterrand quelque chose d’essentiel, peut-être une certaine idée de la grandeur et de la vie spirituelle, va disparaître.

Choisir Michel Bouquet pour incarner François Mitterrand, c’est évidemment une idée géniale. Un acteur hors du temps (interprète fabuleux, à divers intervalles, de la pièce de Ionesco Le Roi se meurt), dont le regard et la voix semblent à la fois présents et absents, nous parvenant, pour ainsi dire, d’outre-tombe. Réflexion sur la mort et la fin d’un règne, d’une époque, Le Promeneur du Champ de Mars est sans doute le film le plus pudique de Robert Guédiguian. Si la promenade est mélancolique, voire désenchantée, elle demeure éternellement belle, en harmonie avec les paysages, les plages que le Président arpente inlassablement. Le jeune journaliste qui l’accompagne pour recueillir ses dernières confidences (Jalil Lespert, qui joue ici le rôle de Georges-Marc Benamou, auteur du Dernier Mitterrand, dont le film est inspiré) ne peut manquer d’être fasciné par un homme lucide, brillant et terriblement épris d’art et de beauté. Le film montre la vieillesse et la maladie, sans fards, mais en captant bien leur beauté naturelle.

François Mitterrand, homme de lettres et d’esprit, a marqué durablement l’histoire de la France sur le plan culturel. Dans ses entretiens avec Elie Wiesel (Mémoire à deux voix, Odile Jacob, 1995), il livre ces réflexions :
Elie Wiesel : « – Mais, vous-même, qui admirez-vous ?
François Mitterrand : « – Peu de gens dans le domaine politique, davantage dans celui de l’art, de l’esprit, de la philosophie. »
Elie Wiesel : « – Pourquoi faites-vous cette distinction entre l’artiste d’un côté, et le politique de l’autre ? Le monde culturel est tout autant traversé de crises, de jalousies et de haines que le monde politique. C’est autant un monde de pouvoir. »
François Mitterrand : « – Je connais le milieu politique, moins celui des artistes… »
Elie Wiesel : « – Qu’admirez-vous chez eux ? Le pouvoir créateur ? »
François Mitterrand : « – Oui, le don de créer un tableau pour un peintre, une symphonie pour un compositeur, une sculpture ou un système philosophique capables de transporter les sens et l’intelligence d’autrui. Pour moi, c’est un peu de la magie. »

Le Promeneur du Champs de Mars, de Robert Guédiguian, avec Michel Bouquet, Jalil Lespert, Philippe Fretun, France 2004.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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