Théâtre
Maxime d’Aboville n’est « pas Michel Bouquet » au Théâtre Poche Montparnasse

Maxime d’Aboville n’est « pas Michel Bouquet » au Théâtre Poche Montparnasse

14 septembre 2019 | PAR Geraldine Elbaz

Le spectacle part du livre d’entretiens Les Joueurs réalisé avec Charles Berling après le tournage du film Comment j’ai tué mon père. Maxime d’Aboville, alors comédien amateur, rencontre Michel Bouquet à la sortie d’une représentation de L’Avare, il y a plus de dix ans, et lui récite une partie de ses propos extraits de ces entretiens, qu’il avait appris par cœur. Le texte est sublime, les anecdotes incroyables et l’adaptation scénique captivante.

 

19h. Le public remplit les fauteuils rouges. La salle est pleine. Noir. Le public se tait. On entend le bruit des talons qui claquent sur la scène. Quelques pas rythmés. Lumière sur Maxime d’Aboville qui incarne Michel Bouquet pendant une heure au théâtre Poche Montparnasse. Le décor est métallique et sobre : un rideau de fer dans le fond et une chaise aux reflets cuivrés à l’avant-gauche de la scène. Simple et efficace. Le comédien s’assied sur la chaise, marque une pause, installe un silence :

«Quand j’étais professeur au conservatoire, je me suis rendu compte d’une chose, en tout cas, c’est qu’une génération n’apprend rien à une autre.»

Dès lors que le comédien prend la parole, il est Michel Bouquet. Sa diction au scalpel, son regard intense, sa gestuelle nette et précise, nous embarquent véritablement dans ce parcours d’une vie hors normes. Il réussit avec brio à restituer la vie intérieure du Maître, sa sensibilité, ses émotions, ses questionnements et son analyse du monde. Le théâtre comme échappatoire magnifique à une vie marquée par un père absent, la pension, la guerre, la faim, le froid, la survie avec des petits boulots.

Et puis cette vocation théâtrale qui naît à l’âge de 17 ans, dans un Paris sous l’occupation en 1943. Sa rencontre décisive avec Maurice Escande, puis Albert Camus. Le théâtre qui devient une deuxième naissance, le théâtre qui sauve. Cette hypersensibilité vécue comme un handicap dans la vie devient sa force, sublime sur scène car si conduire une voiture lui paraît insurmontable, quand le comédien laisse la place à l’auteur, tout devient immense.

« N’oubliez jamais que les gens viennent au théâtre non pour vous voir jouer mais pour jouer avec vous. » disait Michel Bouquet et là, on vient jouer avec Maxime d’Aboville, qui réussit une distorsion magique du temps puisqu’en une heure on se nourrit d’une vie.

Magistral.

Je ne suis pas Michel Bouquet, De Michel Bouquet et Charles Berling, Adapté par Maxime d’Aboville, Avec Maxime d’Aboville, D’après Les Joueurs, entretiens avec Charles Berling (Grasset, 2001), Mise en scène Damien BRICOTEAUX, Décor, Marguerite DANGUY DES DÉSERTS, Lumières, François LOISEAU, Durée 1h05, Représentations du mardi au samedi 19h Tarifs à partir de 24 € – 10 € (-26 ans).

Visuel : affiche du spectacle

Infos pratiques

Cité de l’Architecture et du Patrimoine
Flaq
Billetterie du Poche-Cedric

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