Cinema

Laurence Anyways, hyper original, hyper passionné, trop référencé

Laurence Anyways, hyper original, hyper passionné, trop référencé

02 juillet 2012 | PAR Yaël Hirsch

Après le coup de poing de « Comment j’ai tué ma mère » et la réussite des « Amours imaginaires »(notre critique), le très jeune génie Xavier Dolan a raflé la Queer Palm 2012 et donné un coup de tonnerre sans la sélection « Un certain regard de cette année » (Live-report) avec « Laurence anyways ». Une histoire d’amour ultra-référentielle, ultra léchée, qui s’attaque à la question du genre et propulse l’extraordinaire actrice Suzanne Clément au rang de star.

Années 1990 à Monréal, Laurence (Melvil Poupaud) et Fred (Suzanne Clément) forment un couple libre, fou, créatif et extrêmement lié. Elle bosse dans la pub, lui est professeur de français, et ils évoluent dans un monde marginal où extravagance vestimentaire dérivée des années 1980 côtoie l’avant-garde artistique. Mais depuis l’enfance, Laurence a le sentiment qu’il est une femme dans un corps d’homme. Un beau jour, il annonce à Fred qu’il veut opérer ce changement dont il a toujours rêvé. Si sa bourgeoise de mère (puissante Nathalie Baye) accuse le coup avec plus de souplesse qu’il ne l’aurait imaginé), Laurence a plus de mal à faire accepter son devenir féminin à sa compagne. Perdue, se sentant à la fois trahie, menacée mais également indispensable à l’homme qu’elle aime, Fred fait le pari qu’elle aimera également Laurence la femme…

Doté d’un septième sens pour capter avec une caméra l’intensité des sentiments humains, Xavier Dolan ne déroge pas à sa règle d’excellence avec « Laurence Anyways » qui est probablement l’une des plus belles histoires d’amours projetées sur grand écran cette année. Profondément original, infiniment juste, le scénario est tout simplement brillant. Mais le staccato précieux du rythme pour un film de 2h40, le côté clinquant « à la Peter Greeaway des costumes », ainsi que le caractère ultra-référenciel de la mise en scène, de la musique et des dialogues, peuvent vite lasser un public qui ne serait pas déjà 100 % acquis. Soutenu par une Suzanne Clément portée au pinacle (prix d’interprétation féminine pour un Certain regard à Cannes), par quelques apparitions absolument géniales d’une Nathalie Baye irrésistible, le film achoppe définitivement sur la performance de Melvil Poupaud, dans le rôle-titre qui a failli être tenu par Louis Garrel. Cabotin, à son habitude, l’égérie de Raul Ruiz et François Ozon est peut-être bien trop narcissique pour donner l’illusion que son corps d’homme lui pèse. Il scie donc le fil directeur du film en rendant le désir de passer de l’autre côté totalement invraisemblable. Malgré ses énormes défauts et sa longueur certainement rebutante, Laurence Anyways souffle un air nouveau dans le 7 art et malgré ses ratés, cette œuvre vraiment originale trouvera certainement son public.

« Laurence Anyways » de Xavier Dolan, avec Melvil Poupaud, Suzanne Clément, Nathalie Baye, Suzie Almgren, 160 min, sortie le 18 juillet 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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