Cinema

L’Apollonide – Souvenirs de la maison close

L’Apollonide – Souvenirs de la maison close

24 septembre 2011 | PAR Emma Letellier

Depuis 1946, les maisons closes sont interdites en France. Avec L’Apollonide, sorti en salle le 21 septembre, Bertrand Bonello rouvre les portes d’un univers méconnu, sombre et envoûtant.

L’Apollonide est un hôtel particulier, ouvert aux hommes, fermé aux femmes, où se croisent sans se rencontrer, des désirs à l’abandon. La caméra évolue deux heures durant dans la pénombre d’une capitale fraîchement redessinée par le baron des grands boulevards, du crépuscule à l’aube, d’un siècle jusqu’à l’autre. Les prostituées y sont des « fleurs de feu », incandescentes derrière une porte de fer, des rideaux bien tirés,  des velours qui étouffent. Ce sont celles rêvées par Courbet et Baudelaire, qui fument de l’opium, qui ouvrent à l’origine du monde, qui fascinent par leur apparente liberté. Les hommes circulent de l’une à l’autre. Poupée, geisha, éponge à champagne, leurs corps s’offrent aux regards lascifs des bourses bien remplies. La putain à l’encéphale trop étroit, qui corrompt son monde en pondant la chtouille là où ça chatouille,  celle qu’on tient au secret d’une maison bien close bride à l’Apollonide le haut de l’affiche, incarnée par treize actrices aussi différentes que talentueuses. Magnifiques belles de nuit, elle tiennent au loin le discours hygiéniste et misogyne d’un Zola, la sensualité confondante et fantasmée d’une Séverine Serizy, elles ne font qu’offrir « le regard de femmes  sur les hommes qui regardent ces femmes là » ( B. Bonello, conférence de presse, cannes 2011). Et cette vérité, bien gardée, est déconcertante. Les fantasmes chatoyants des vieux aux poils blancs frayent avec la cruauté fougueuse et perverse des plus jeunes. Malgré les parures, les dorures, les plumes et le pétillement alcoolisé, la femme dans sa nudité la plus parfaite demeure un jouet entre des mains trop souvent impuissantes au plaisir.

Treize actrices, donc, menées comme une troupe dans un écrin d’ombre et de lumière, où le temps ne semble pas avoir de prise, où chacune à leur tour elles révèlent leur éclat. Un tableau vivant qui, loin de recomposer à l’exacte authenticité un XIXè siècle enfoui depuis longtemps, livre la troublante mise en scène d’une féminité.

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Emma Letellier

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