Cinema
<em data-lazy-src=

La Terre Outragée, un premier film sur Tchernobyl (en salles le 28 mars 2012)

16 mars 2012 | PAR Camille Lafrance

Fin avril 1986, Anya se marie avec Piotr à Pripiat « ville soviétique modèle », non loin de la Centrale de Tchernobyl. Le jeune Valery vit des moments heureux avec son père ingénieur, Alexei quand survient la catastrophe. Piotr part aider à la Centrale sans jamais revenir vivant, Alexei deviendra fou d’avoir dû garder le silence.

Dix ans plus tard, Anya fait continuellement l’aller-retour entre Slavoutich où les anciens habitants de Pripiat ont été évacués et son ancienne ville en tant que « guide touristique » en français. La tristesse domine sa vie. Valery quant à lui est persuadé que son père n’est pas mort et le garde forestier resté sur les lieux continue de faire pousser son potager radioactif.

Le film de la réalisatrice Michale Boganim est le premier à traiter d’un tel sujet. Les attentes quant à son traitement étaient considérables, en prenant compte notamment la récente tragédie de Fukushima au Japon. À première vue, avec la déferlante des films catastrophes, La Terre Outragée aurait pu sombrer dans le sensationnalisme et accentuer le sentiment de traumatisme. Il aurait pu également prendre le parti de faire une restitution historique, de choisir un camp, une décision qui peut être lourde et plombante. Il n’est pas question de cela. Michale Boganim a choisi un angle intimiste et tout à fait fictionnel, même si la situation décrite de Pripiat est malheureusement vraie.

La ville de Pripiat en premier lieu est présentée comme une ville féconde, ensoleillée, où les oiseaux gazouillent, les arbres poussent, où Anya (Olga Kurylenko) sourit en compagnie de son futur mari. La fête de son mariage est radieuse, bien que quelques signes inquiétants apparaissent : la pluie drue et incessante, qui vire au noir, l’agitation des animaux et pour finir la mort de certains. Le film se calque sur le point de vue des habitants qui ont vécu cette tragédie « dans l’ignorance et le mensonge ».

Le « sarcophage » une dizaine d’années plus tard est maîtrisé mais a de nombreux morts derrière lui comme à l’avenir. Les personnes s’étant exposées à un environnement radioactif vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Connaissant tout cela, le spectateur voit son inquiétude croître à mesure que la catastrophe est officialisée, c’est-à-dire au bout de la première moitié de La Terre Outragée et ne la voit pas résolue à la fin du film, la « zone » étant aujourd’hui extrêmement surveillée et l’exposition sans risques à des ondes radioactives impossible. Est-ce le produit d’angoisses personnelles ou l’effet universel que de telles images peuvent donner ? On ne pourrait répondre à cette question, même si la tristesse prédomine à chaque instant.

Quoiqu’il en soit, le changement d’atmosphère est troublant : la photographie si belle et si verdoyante du début se métamorphose en des images inquiétantes de fumées par la suite très froides, représentant Pripiat abandonnée sous la neige.

Le personnage d’Olga Kurylenko est tiraillé entre partir en France avec son amant français ou rester dans son pays, là où elle est née. La mannequin et actrice s’est enlaidie dans la deuxième partie du film pour témoigner autant que possible de la détresse physique et morale d’Anya, ce qu’elle réussit d’ailleurs parfaitement à rendre.

La Terre Outragée en définitive séduit par le point de vue abordé, avant tout sincère et fascinant et ne tombant pas dans le piège de l’indécence picturale. Et même s’il ne le revendique pas, le premier film de Michale Boganim inspire une réelle crainte de l’énergie nucléaire et des conséquences graves de ses disfonctionnements.

Visuel : Affiche

L’Oncle Charles de Chatiliez : un mauvais goût de réchauffé
La nouvelle vague surfera sur le musée du Design de Holon
Camille Lafrance

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *