Cinema

La maison Nucingen de Raoul Ruiz

31 mai 2009 | PAR Jeremy

la-maison-nucingen11Raoul Ruiz signe un roman filmé, esthétique et étrange, qui plonge les spectateurs dans un univers sombre et étouffant. Une réalisation de la renaissance, tournée au Chili pour la première fois, le pays de son enfance, qu’il a quitté en 73 après l’arrivée au pouvoir de Pinochet.

Le film est emblématique d’un purisme culturel qui exclut les profanes, d’où la pesante sensation durant le film d’être toujours en dehors : La Maison Nucingen part du principe que si vous n’êtes pas du milieu, vous ne comprendrez rien. La technique, la manière de filmer donnent un grain contrasté aux images, aux couleurs éclatantes. Les références littéraires, d’Edgar Allan Poe à Balzac (qui aura inspiré le titre du film) sont subtiles, si bien que le simple amateur ou spectateur passif n’aura pas les outils pour les apprécier. Mais l’impression d’être propulsé dans un étrange univers fantastique, peuplé d’esprits, de mythes et de vampires est redoublée si l’on a pas en tête le projet de Ruiz : redécouvrir son pays, ses légendes, l’amour en mélangeant les genres et les rôles. Sans cette précision préalable, chacun sentira qu’il est jeté dans un espace clos, sans jamais réussir à s’en défaire, comme l’écrivait justement Gide à propos de la famille. D’autant que la maison est le théâtre d’affrontements symboliques d’une famille formée par des étrangers hors du temps.

La trame est à la fois simple et compliquée tant l’auteur a décidé de méler plusieurs strates qui s’imbriquent abruptement. La première réside dans l’histoire de William, un jeune aristocrate parisien chanceux qui vient de gagner au poker une étrange maison au Chili, dans les années 20. Il décide d’y emmener sa femme, Anne-Marie, boulversée, afin qu’elle s’y repose. A cette aventure amoureuse inspirée d’un conte médiéval dans lequel la femme est enlevée par des fées mais retrouve son mari des années plus tard, vient s’ajouter une réflexion sur les émigrés nostalgiques qui résident dans cette maison, cohabitant avec divers vampires, esprits et légendes fantasmagoriques. Enfin, La Maison Nucingen est une réflexion sur les sphères de l’imaginaire. William, incarné par Jean-Marc Barr, célèbre pour son rôle de gendre idéal dans Le Grand Bleu se dédie à l’écriture. Le film narre-t-il l’histoire de ce roman, ou est-ce la réalité  ? Une dernière mise en abyme tient dans la mise en scène des désirs insatisfaits d’un mari oscillant entre deux femmes, hanté par un fantôme poétique disparu accidentellement, Léonor.

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Le jeu des acteurs est inégal. Autant Jean-Marc Barr joue dans l’attitude, Laure de Clermont et Elsa Zylberstein surjouent l’angoisse et la hantise. A l’image de ces différences, le film scindera le public, qui pourra très bien changer d’avis en fonction de son humeur, tant l’atmosphère hallucinée, les réminiscences des personnages et l’opacité christique forment un tout sans nuances. Hyperbolique. Un film étrange donc, qui suppose qu’on entre dedans de plein pied, ou comme l’écrivait Saint-Exupéry, qu’on regarde dans la même direction pour l’aimer.

Jérémy Collado

La Maison Nucingen, Nucingen Haus France, 2007 De Raul Ruiz Scénario : Raul Ruiz
Avec : Jean-Marc Barr, Laure De Clermont-Tonnerre, Elsa ZylbersteinMusique : Jorge Arriagada
Durée : 1h30 Sortie : 03/06/2009

Susan Boyle – Welcome to France
Oh Bigre ! Une adresse…
Jeremy

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