Cinema

La Frontière de l’aube, Philippe Garrel

11 juin 2009 | PAR loic

La frontière de l’aube, le très précieux film de Philippe Garrel qui avait divisé la critique cannoise en 2008, vient de sortir en DVD chez MK2. Voici notre critique, un point sur les bonus du DVD et un jeu concours.

La critique du film

Tout porte à croire que Louis Garrel est un acteur auquel les réalisateurs s’accoutument. Après l’exemple de Christophe Honoré, c’est le père de l’acteur, lui-même, qui en fait un personnage récurrent. Dans La Frontière de l’aube comme dans Les Amants réguliers, Louis Garrel est le personnage principal, s’appelle encore François, et souffre encore d’un amour déçu. Pourtant, malgré quelques répétitions stylistiques, les Garrel père et fils étonnent.

 Dès les premières images des Amants réguliers, on voyait que Philippe Garrel se plaisait à explorer un nouveau style : du noir et blanc granuleux, des sautes dans les raccords sonores, un esthétique qui mime le sale pour mieux flirter avec le sublime. La Frontière de l’aube adopte les mêmes procédés et le style est toujours aussi convaincant. La seule différence est qu’on est moins dans l’exploration que dans la confirmation. Cependant, Philippe Garrel est parfois redondant, notamment  lorsqu’il refait une séquence de rêve à une époque médiévale, exactement comme dans les Amants réguliers. Le style est beau, les répétitions en trop. Le flirt avec le fantastique (les réapparitions de Laura Smet dans le miroir) est dangereux car à la limite du ridicule. Mais cela pourra en séduire certains.

Philippe Garrel, du haut de ses 60 ans, a su faire un film très touchant. Les images sont volontairement artisanales et ne veulent démontrer aucune maîtrise superficielle. On a l’impression que le réalisateur ne veut surtout pas faire penser qu’il domine son sujet. Une fois de plus, l’histoire est très autobiographique : le film est dédié à une certaine Carole qui est également le personnage principal du film ; Louis Garrel est donc le double de son père. Philippe Garrel filme une histoire au désespoir. Par « histoire au désespoir », on entend une intrigue tragique dont la solution est inaccessible, aussi bien pour les spectateurs que pour le metteur en scène. De plus, Garrel ne filme pas pour trouver la solution à son histoire. Après Le Vent de la nuit, Sauvage innocence et d’autres, il sait bien que sa manière de mettre sa jeunesse en images n’apporte aucune solution (cf. la fin de La Frontière de l’aube). Au contraire, c’est de pire en pire ; dans ce dernier film, la femme aimée et disparue hante François jusqu’à sa mort.

La deuxième partie est certainement la plus touchante. Après la disparition de la femme aimée, refaire sa vie avec quelqu’un d’autre : on a moins souvent vu ça chez Garrel. Clémentine Poidatz est le parfait opposé de Laura Smet (cependant, elles sont toutes deux excellentes comédiennes). L’art de Philippe Garrel est d’arriver à filmer les deux à la fois : dans le bonheur excessif entre Philippe Garrel et Clémentine Poidatz, on sent l’ombre destructrice de Laura Smet. C’est pour cette raison que les apparitions fantastiques sont un peu redondantes… Dans toute la filmographie de Garrel, on a rarement senti avec une telle intensité les désirs mêlés de vivre et de mourir. Le dilemme profondément garrelien, légèrement effacé dans Les Amants réguliers, réapparaît brutalement : faire des enfants ou se tuer ?

D’autre part, Louis Garrel est un acteur qui divise d’autant plus qu’il est en vogue. Une chose est sûre, ici, quand il est dirigé par son père, il est étonnant. Bien plus que dans les films de Christophe Honoré.

Loïc

 Le DVD

 En bonus du film, le critique Philippe Azoury offre une analyse aussi lumineuse que sensible de La Frontière de l’aube. En replaçant l’oeuvre dans l’histoire cinématographique mais aussi dans celle personnelle, et artistique, du réalisateur, il introduit les néophytes à l’univers garrélien et les sceptiques au fantastique. Un bonus nécessaire donc. (27 min)

Enfin, pour prolonger cette soirée garrelienne et colorer un peu l’écran, MK2 propose dans son DVD un court métrage inédit,  Rue Fontaine…Ou l’on retrouve le rêveur Jean Pierre Léaud (oui celui des Truffaut, Antoine Doinel) et ses impossibles histoires de coeur. (12 min)

La frontière de l’aube, de Philippe Garrel, Avec Louis Garrel, Laura Smet, Clémentine Poidatz, Olivier Massart, durée du film : 103 min, durée du dvd 155 min. 19,99 euros . MK2 Disponible.

 

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One thought on “La Frontière de l’aube, Philippe Garrel”

Commentaire(s)

  • deprez

    tres beau film

    juin 22, 2009 at 13 h 01 min

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