Cinema
Jon face aux vents, extraordinaire et somptueux

Jon face aux vents, extraordinaire et somptueux

14 décembre 2011 | PAR Emma Letellier

En salle le 14 décembre, primé à de très nombreuses reprises, le dernier film documentaire de Corto Fajal, Jon face aux vents, nous entraîne dans une somptueuse traversée des paysages arctiques. Jon vit en territoire Sapmi, communément appelé Laponie, dans les confins scandinaves. Il est un « nomade moderne », un éleveur de rennes qui rythme son pas sur celui de son troupeau : entre transhumance et abattage, désert de glace et toundra suédoise, cycle et impromptus de la Nature. Le réalisateur a choisi de le suivre pour notre émerveillement et notre édification.

La communauté Sami vit de l’élevage. Nomade, elle traverse les territoires pour nourrir et faire prospérer ses troupeaux, usant des nouvelles technologies et prenant au mode de vie contemporain ce qu’il a de meilleur. Les hélicoptères, les ski-doo sont autant de démonstrations de la grande capacité d’adaptation dont elle se targue et dont le film de Corto Fajal se fait le relais.

Jon, à l’instar des Samis, mène un combat quotidien pour le maintien d’un équilibre entre la nature et les hommes, pour une collaboration entre le territoire et la communauté. Il se bat pour la permanence d’une humanité raisonnée et sensible dans son contact avec la terre. Il se bat contre la dégradation progressive de son territoire, la mondialisation qui grignote et qui uniformise.  « J’ai senti toute l’humilité d’un homme face à son territoire , il le considérait comme un tout dont il faisait partie, il se soumettait naturellement à son rythme et à ses règles sans imposer les siennes », raconte Corto Fajal formulant ainsi sa propre quête, une tentative pour répondre aux inquiétudes occidentales.

Jon est un guerrier moderne, de ceux qui portent le cheveu long, le fusil à l’épaule et qui partent seuls, abattre un élan  d’une demi-tonne, chewing-gum en bouche et gore-tex aux pieds. La chasse est un corps à corps, un duel fraternel pour de « la viande que j’aime », pour de l’argent, pour préparer les hivers à venir. Jon est jeune marié, père de famille. C’est un héros du XXIè siècle, un athlète et un artiste, olympien dans son calme et viril dans sa puissance. Il travaille à son jardin, au maintien d’un rythme et d’une entente avec l’espace qu’il habite. Il lutte, avançant à contre courant de la marche du monde: contre l’élevage industriel, contre le sédentarisme, contre les aléas du climat, – qui troublent ceux-là mêmes qui travaillent à sa conservation.

 

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