Cinema

Je suis un no man’s land : entre rêve et réalité

24 janvier 2011 | PAR Sonia Ingrachen

Réalisé par Thierry Jousse, Je suis un no man’s land offre à Philippe Katerine le rôle central de cet étrange film sur la quête de soi par le retour aux origines. Entre réalisme et onirisme, Thierry Jousse nous fait découvrir un beau film un peu barré sur l’identité.

Synopsis : Philippe est chanteur et dans l’existence d’un chanteur, il y a des moments où tout s’accélère, surtout quand une groupie déjantée, des parents délaissées, une ornithologue lunaire et un ami d’enfance coriace conspirent à vous compliquer la vie…Comment en sortir ?

La folie douce du chanteur Philippe Katerine sert de moteur à ce film qui n’est pas autiobiographique. Philippe Katerine surprend dans ce rôle de chanteur un peu perdu qui a du mal à être en accord avec les gens qui l’entourent. Le film s’ouvre sur l’entrée en scène du chanteur mais une ellipse du concert coupe sa représentation, le film nous annonce dès le début ce dont il ne parlera pas : c’est à l’homme que l’on va s’intéresser et très peu au chanteur. C’est Philippe qui est au centre du film, pas son double de scène.
Après la rencontre avec une fan hystérique, sorte de femme fatale psychotique qui l’enferme dans une maison isolée (la scène très théâtrale est vraiment drôle), Philippe va fuir pour se retrouver dans sa maison d’enfance avec ses parents après un détour par la forêt.

Alors que l’histoire commence dans un rythme effréné, le temps semble s’arrêter lors de ce retour aux sources forcé par la rencontre cauchemardesque. Vétu de son costume de scène en aluminum, Philippe se retrouve catapulté dans un univers chargé de souvenirs à l’odeur de naphtaline. Le film joue sans cesse à mélanger les genres entre l’onirisme des séquences dans la forêt magique et le réalisme des scènes avec les parents dans le village isolé. Ce mélange permet de montrer différentes facettes du personnage qui ne cesse de se redéfinir tout au long du film. Ses habits sont ainsi le vecteur de la métamorphose qu’il va subir : du chanteur à la dégaine de cosmonaute, il renouera avec le passé en remettant les habits de l’enfance pour enfin prendre le costume plus adulte de l’amoureux en deuil. Finalement c’est cette quête de l’identité que le film symbolise. Mélancolie de l’enfance, rencontre amoureuse avec une ornithologue (Julie Depardieu), règlement de compte avec un ancien ami, le film fait cohabiter ces différents éléments dans la fable. Incapable de quitter le village à cause d’une sorte de force cosmique, destin ou malédiction, Philippe devra régler ces choses qui sont restées enfouies, un peu comme si sa quête n’avait pas été accomplie.

Proche de la fable avec ces séquences oniriques dans la forêt protectrice, il fait la rencontre de Sylvie qui semble n’exister que dans ce lieu magique. Le film nous offre alors de belles scènes nocturnes magnifiées par la musique envoutante de Daven Keller. Parallèlement, les séquences dans la maison familiale nous font pénétrer dans l’intimité du rapport entre les parents et le fils, ces derniers ayant su créer une vie à deux sans lui. Le retour du fils est le moyen pour la mère de lui dire qu’il ne lui manque plus, qu’elle a appris à vivre avec son absence. Ce personnage, interprétée par Aurore Clément apporte  une touche mélancolique au film comme dans cette scène où elle lui coupe simplement les cheveux dans la cour de la ferme.

Etrange et touchant à la fois, le film qui souffre quelque fois d’un manque de rythme, est tout de même un beau voyage dans l’ intimité de ces personnages.

• Date de sortie : 26 janvier 2011
• Réalisé par Thierry Jousse
• Avec Philippe Katerine, Julie Depardieu, Aurore Clément, Jackie Berroyer Judith Chemla, Jean-Michel Portal
• Durée : 1h32min


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