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[Interview] rencontre avec le réalisateur Pierre Salvadori, juré du Festival de Dinard 2015

[Interview] rencontre avec le réalisateur Pierre Salvadori, juré du Festival de Dinard 2015

05 octobre 2015 | PAR Yaël Hirsch

On adore ses comédies à la Lubitsch à la française, on a notamment adoré Dans la cour, on a été ravi de savoir qu’il faisait partie du très beau jury du 26e Festival du Cinéma Britannique de Dinard. Rencontre dans un salon du Grand Hôtel où l’on a parlé de la fonction de juré, de Jean Rochefort et de cinéma étranger.

Avez-vous été souvent été juré ?
C’est la deuxième fois. J’aime bien ce rôle parce que j’aime bien l’idée d’expliquer pourquoi j’aime un film ou pourquoi je ne l’aime. J’aime avoir une réflexion cohérente et articulée, ne pas dire seulement « j’aime, je le sens ». Et quand un film a un prix, ça aide un projet. C’est émouvant qu’un film soit un peu plus fort après un festival. J’aime aussi l’idée de voir plein de films durant la semaine. C’est quelque chose que j’adore car je n’ai plus l’occasion de trop le faire, ou le temps. Donc, cette immersion comme ça dans un cinéma, cette cinématographie c’est quelque chose que j’adore, j’aime beaucoup.

Retrouver Jean Rochefort dans cet esprit là ça donne une ambiance particulière ?
S’il n’y avait pas Jean, je ne serais pas venu. En ce moment, j’écris et quand on écrit c’est très dur de s’y remettre, de s’y replonger après un temps fort comme celui de juré. C’est un travail un peu compliqué de se mettre dans la tête de plein de personnages. Quand on y est on ne veut pas s’arrêter. Mais j’avais vraiment envie de revoir Jean, qui a été quelqu’un de très important dans ma vie de cinéaste et dans ma vie.

Comment est-ce qu’il a dit oui jouer pour votre premier film Cible émouvante?
C’est une histoire de dingue. On ne connaissait personne avec le producteur. Quand j’ai rencontré Jean j’avais 26 ans et on lui a envoyé le scénario. Un jour, j’étais chez moi, il était à Lyon au théâtre il jouait ‘Histoire du soldat de Ramu et il a lu Cible émouvante et il m’a appelé. Voilà. J’ai cru que c’était une blague, c’était vraiment le cliché, j’ai cru que j’allais tomber de mon fauteuil, je me rappelle exactement de quand j’ai décroché, j’ai dit « Quoi ? » [rires] et il m’a dit « Cher ami, je suis flatté. J’aimerais vous voir. » Donc on est parti avec Philippe Martin à Lyon, voir Jean. Il était dans son hôtel et on a commencé à parler du film. C’est lui qui m’a demandé de rencontrer Guillaume Depardieu et Marie Trintignant… Il a beaucoup aidé à ce que ce film ne se fasse pas n’importe comment.

Et du coup, ça faisait longtemps que vous ne vous étiez pas vus ?
On s’est vu il y a quelques années quand ils ont édité un coffret avec tous mes films. Pour faire les bonus, ils sont allés interviewer Jean. Je l’ai revu à cette occasion. Mais ça faisait longtemps qu’on n’avait pas passé de temps ensemble. Je n’osais pas l’appeler. Si je suis venu à Dinard, c’est pour le voir, c’est quelqu’un qui me manquait, c’est un homme que j’aime beaucoup.

Y a-t-il un lien entre vos films et le cinéma anglais ? Par exemple un lien à Mike Leigh. Pas dans la narration mais dans ce côté très dans l’anecdote, dans le détail, saisir le quotidien des gens…
Absolument. J’ai eu des moments avec plusieurs étapes où il y a des cinématographies qui m’ont intéressé : la comédie américaine de 1930 à 1950 Lubitch, Wilder, il y a tout un cinéma comme ça qui est très important. Après dans les années 198-1990, dans les années Tatcher il y a eu la création de Channel For et en France je me rappelle on pouvait aller voir tous ces films en colère assez militants qui mettaient en scène l’histoire de ces gens déclassés, broyés par cette révolution économique et politique en Angleterre. Et qui étaient les héros de ces films qui arrivaient et qui étaient des films assez violent, ironiques, chargés, arrogants, fiers, décalés, crus… Une fois par semaine, j’allais voir un film anglais de Mike Leigh, Alan Clarke… Toutes les semaines, on découvrait un nouveau cinéaste et qui était très souvent des gens qui arrivaient du documentaire ou de la télé. Et la découverte fondamentale de Stephen Frears qu’on associe toujours à ces réalisateurs mais qui est aussi un grand cinéaste classique. Quelqu’un qui a mis en scène des fresques avec un ton et une acuité et un point de vue très particulier.

Après le succès de Dans la Couret votre apparition à l’écran dans Max et Lenny, quels sont vos projets?
J’ai plusieurs projets au théâtre dont un qui me tient à cœur et qui est une adaptation d’un texte de Samson Raphaelson qui était paru dans le New Yorker, qui raconte sa collaboration avec Lubitsch et qu’il a écrit quand il était âgé. C’est un texte très émouvant. Ça s’appelle Une amitié. Et puis il y a un autre projet, qui est une pièce que j’ai commencé…

Chez vous ce qui est très beau c’est que les personnages de vos films ne sont jamais détachés du social, en tout cas par plein de petits détails on voit leur milieu…
Oui mais. Moi j’aime bien aussi l’abstraction. Mais juste un film comme euh… un film comme Hors de prix, qui est un film très cruel dans ce qu’il raconte ce n’est pas détaché du tout du réel. Mes films partent souvent d’une chose personnelle, même si c’est déguisé. C’est très important pour moi de partir de soit d’émotions vécues, soit de personnages…

Photos : Sylvain Lefevre

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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