Cinema

Interview exclusive de Gareth Edwards, réalisateur du film Monsters

09 décembre 2010 | PAR Sonia Ingrachen


Gareth Edwards, réalisateur du très poétique Monsters (voir notre critique) a accepté de répondre à nos questions à l’occasion de la sortie en salle de ce premier film épatant.

J’imagine que tourner un film avec un si petit budget est à la fois libérateur et contraignant ? C’était un peu un défi pour vous, non ?

En effet je pense que c’était vraiment libérateur, il y a eu beaucoup de choses négatives et positives. J’ai pu créer plus librement sur le tournage, si j’avais une idée je pouvais la réaliser en une seconde, par exemple je pouvais me permettre de bouger la caméra sans avoir à en parler à un millier de personnes. Ainsi, on pouvait agir de manière entièrement libre, faire ce qu’on voulait, dire ce qu’on voulait. Il y avait aussi le milieu et tous ces gens dans les endroits où on se trouvait. On les rencontrait par hasard parce qu’on voulait cet univers réaliste et ce lieu réel. Je ne savais pas comment les gens agiraient, si quelque chose d’intéressant aurait lieu. Peut être qu‘un enfant arrêterait de jouer, ou un autre ne parlerait plus à l’actrice et improviserait. Finalement, on pouvait rapidement faire une bonne composition de ce que les gens disaient et de ce qui n’était pas planifié. C’était génial. Je ne pense pas qu’on aurait pu faire cela avec une plus grosse équipe. Le seul point négatif du tournage c’était la pression. D’un autre côté, je pense que quoiqu’il arrive, il y a toujours cette pression même avec une grosse équipe. J’étais stressé parce que j’avais peur que ce j’étais en train de faire ne fonctionne pas. Si j’avais eu une immense équipe avec beaucoup plus d’argent, j’aurais été encore plus sous pression, inquiet de ne pas pouvoir faire ce que je désirais, bouger la caméra rapidement etc. Pour ce film, je pense que c’était le bon choix. Il y a certaines choses que l’on ne pouvait pas faire c’est pour cela que l’on a fait un film sur cette relation entre deux personnes, une histoire intime.

Quel bilan tirez-vous de ce tournage et de sa production ?

J’ai adoré cette manière de filmer caméra à la main même si stylistiquement, j’aimerais faire autre chose. Mes réalisateurs préférés, mes moments préférés dans mes films préférés, sont les scènes avec des travellings magnifiques et des plans aériens avec une grue comme dans les films de Scorsese ou Kubrick. J’aimerais faire des films avec ce style.

Contrairement à certains réalisateurs qui planifient tout en détail, vous vous laissez une grande place à l’improvisation, au hasard de vos rencontres, est-ce que vous travaillez toujours de cette manière, est-ce que vous avez besoin de cette spontanéité pour créer ?

Non, au début je pensais que quand je ferais un film tout serait planifié plan par plan. Puis j’ai commencé à créer des effets graphiques sur mon ordinateur et je me suis rendu compte que j’accomplissais de meilleures choses quand tout n’était pas programmé. Je me laissais aller à dessiner des formes et me retrouvais là où je ne m’y attendais pas en mélangeant mes idées de départ avec des choses inattendues. Pour moi filmer directement c’est comme faire un storyboard sauf que pour le storyboard on a le droit d’y passer plus de temps. Sur un tournage c’est un travail qui se fait dans l’urgence de la création.

Vous aimez cette urgence ?

Je déteste cela. Je pense que faire un film a été la chose la plus dure de ma vie. La chose la plus dure et en même temps la meilleure. Si vous pensez au plus grand réalisateur, leurs meilleurs films sont ceux qu’ils considèrent comme les plus stressants. Après Star wars, George Lucas a fait une dépression et a dû se faire hospitaliser. Pendant le tournage d’ Apocalypse Now Coppola a menacé de se suicider plusieurs fois.

Qu’est-ce que cela fait de tourner son premier film dans un lieu inconnu, à l’étranger ?

Il y a beaucoup de ressemblance entre les choses que l’on a ressenti lors de notre voyage et le film. Nous étions dans un lieu magnifique avec des gens sympathiques mais juste au coin de la rue, il y avait toujours un événement potentiellement dangereux. Lorsqu’on était au Guatemala, certains prisonniers se sont fait décapiter, puis on a été face à une émeute qui nous a obligé à arrêter de tourner. Il y avait toujours des choses qui pouvaient devenir un problème mais qui ne le devenait jamais vraiment comme les monstres dans le film. Mais il n’y avait pas d’aliens à Mexico, malheureusement.

Pourquoi avoir choisi de commencer le film après la catastrophe alors que la plupart des films de monstres terminent là où vous commencez?

Tout d’abord, cela aurait été difficile de faire ce type de film avec notre budget. Cela suppose des gens qui crient, qui courent dans tous les sens. Si vous décidez de faire un film après l’évènement, vous n’avez pas besoin de voir ces réactions. On peut filmer des vraies personnes dans de vraies rues sans passer par ces choses inutiles. Ce qui se passe au milieu est toujours plus intéressant comme quand on tourne une scène de dialogue et que l’on dépasse l’échange trop convenu. Par ailleurs, je ne suis plus vraiment intéressé par la conception d’effets infographistes parce que j’ai fait cela pendant 10 ans. Je voulais faire un film qui parle de personnes et d’émotions. Ce serait une insulte pour moi si on ne me parlait que des effets spéciaux dans le film, cela voudrait dire que le reste n’a aucune valeur.

Etes-vous conscient que le mélange du road trip avec le  film de monstres et la romance peut surprendre le spectateur?

Certains seront déçus parce que ce n’est pas le film qu’ils attendaient. Mais je ne peux rien y faire. Vous savez j’ai appris beaucoup avec ce film. Naïvement je me suis dit que j’allais faire un film avec toutes ces choses différentes. Puis, j’ai appris que c’était un problème pour sa promotion. Comment présenter le film au public avant sa sortie ? Je ne pouvais pas dire que c’était un film de monstres puisque ce ne l’est pas vraiment. Si je dis que c’est une histoire d’amour, le public qui aime les films de monstres n’ira pas le voir. En fin de compte, j’ai décidé de coller l’étiquette du film de monstres parce que j’avais peur qu’au tournage on les oublie. Je voulais faire une bonne histoire d’amour sans que pour autant elle n’évince le film de monstres. J’espère qu’il y aua une place pour ce film.

Dans le film, on voit s’esquisser discrètement des parallèles entre la vie des personnages et la présence des monstres. Comment avez-vous crée ces connections ?

J’ai crée des liens entre les personnages et ce monde. Par exemple lorsqu’ils se retrouvent dans la chambre d’hôtel, on entend dans les informations que c’est le sixième anniversaire de la catastrophe. Au même moment on voit Andrew qui appelle son fils pour lui souhaiter son sixième anniversaire. J’aimais bien l’idée selon laquelle le jour où les créatures sont arrivées est le même que la naissance de son fils. Par ailleurs, comme pour les monstres, il crée un mur entre lui et son fils, un mur difficilement franchissable. A la fin du film, il pleure alors qu’il téléphone à son fils, ce mur s’effondre, il voit les monstres et leur beauté. Je pense que ces connections fonctionnent chez le spectateur même inconsciemment. Je voulais que les deux mondes soient connectés.

Les monstres apparaissent rarement mais chacune de leur apparition est remarquable d’intensité et d’émotions, était-ce important pour vous de retarder leur arrivée à l’écran ?

Je ne voulais pas qu’ils arrivent trop vite à l’écran pour éviter que les deux personnages soient traumatisés. Ils n’auraient pas été capables de continuer leur route s’ils avaient été confrontés trop vite au danger. Je voulais que cela arrive quand ils ne pouvaient plus faire machine arrière et qu’il était plus facile de continuer. S’ils avaient vu les monstres dès le début, leur voyage aurait été fou et inconscient.

On sait que dans les films de monstres comme dans les films de Zombie, ces films contiennent souvent un message politique, c’est le cas de Monsters non ? La peur de l’étranger, la question de la frontière et l’immigration, l’écologie, ce sont des thèmes qui vous tiennent à cœur ?

La question de l’immigration est apparue sur le tournage parce qu’on filmait à Mexico.
Ce qui me tenait le plus à cœur c’était de faire une métaphore à partir de ces monstres. Ils provoquent la mort et sont dangereux mais à quel prix doit-on les détruire ? Si la seule manière de les détruire est de tuer plus de personnes innocentes comme en Afghanistan et en Irak, est-ce que cela vaut vraiment la peine ? Je voulais montrer que plus de personnes meurent des attaques militaires que des attaques des créatures. En même temps, je voulais que ces aliens tuent des gens pour éviter que l’on pense qu’ils sont juste incompris. Cela devait être plus complexe.

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