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[Interview] Elie Wajeman, « Les Anarchistes »

[Interview] Elie Wajeman, « Les Anarchistes »

24 octobre 2015 | PAR Matthias Turcaud

Son film Les Anarchistes, aussi efficace qu’original, et aussi politique que  sentimental, nous a éblouis. Rencontre avec le réalisateur Elie Wajeman.

Comment l’idée vous est-elle venue de faire un film sur des anarchistes ?

C’est en découvrant cette idéologie à travers plusieurs textes. J’ai découvert l’anarchisme en voyant une adaptation théâtrale des Démons de Dostoïevski qui raconte l’histoire d’un groupe qui se pose la question du passage à l’acte anarchiste. Il y a aussi The Molly Maguires, un film américain de Martin Ritt de 1969, qui est l’histoire d’un flic qui infiltre des mineurs qui sabotent leur propre travail en Pennsylvanie, et en sortant de ce film je me suis dit que je voulais en faire un sur ce sujet-là. Je voulais aussi raconter l’histoire d’un homme qui rentre en politique de manière un peu incongrue, après avoir fait Alyah sur un homme qui va en Israël pour des raisons non pas idéologiques mais très personnelles. Je voulais raconter l’histoire d’un vide – Jean Albertini, le policier infiltré – qui rencontre un plein – le groupe anarchiste. C’était ensuite une manière pour moi de raconter ce qu’est le collectif – j’ai notamment été influencé par le groupe des Panthères des Batignolles. C’est devenu l’histoire de quelqu’un de seul qui veut rentrer dans une bande.

Combien de temps vous a demandé l’écriture du scénario ?

Deux ans et demi. J’avais écrit la version pour le séquencier avant mon premier film. On était à deux – moi j’écrivais la scène et les dialogues, puis Gaëlle, ma co-scénariste, relisait et on rechangeait.

A quel moment le couple Tahar Rahim – Adèle Exarchopoulos s’est-il formé dans votre esprit ?

Six mois avant le tournage, et j’étais tout content de pouvoir filmer ce couple.

Pourquoi cette dominance des couleurs froides dans le film ?

C’est un hommage aux films Noirs américains des années 70 et également à un film qui s’appelle Edward Munch de Peter Watkins et qui est entièrement bleu. Il m’avait frappé et beaucoup  ému et je voulais reprendre cette dominante bleue de Munch. Puis, je voulais une direction de couleurs très osée, on voulait y aller.

Pourquoi cette musique contemporaine ? Il y a du reggae à la fin …

Oui, et les Kinks aussi (ndlr : et de la soul avec « Lonely Teardrops » de Ken Boothe). Eh bien écoutez : par pur amour de ces morceaux, pour parler de leur jeunesse, pour faire un lien entre eux et moi, pour dire qu’il y a une sorte de révolte intemporelle, et une douceur aussi qu’il y a dans le reggae. Ce sentimentalisme teinté de révolte me semblait correspondre à mon film. Je voulais faire quelque chose de contemporain – même si le film est très respectueux d’une époque, que ce soient sur les costumes ou les décors. J’avais l’impression d’avoir assez d’assise pour me permettre de faire ce pont entre l’ancien et le moderne. Et puis donc parce que j’aime profondément ces morceaux, ce sont des gestes d’amour. Pour Les Kinks (ndlr : « I go to sleep ») c’est un morceau qui me bouleverse, et je ne voulais pas mettre de morceau du XIXème. Je cherchais une musique intemporelle, et les Kinks peuvent faire penser à de la musique baroque.

Avez-vous des projets ?

J’actualise actuellement une pièce de Tchekhov, Platonov.

« Lonely Teardrops » de Ken Boothe :

« I go to sleep » des Kinks (au milieu du film) :

« Declaration of rights » de Johnny Clarke (en générique de fin) :

Crédit photos : Mars Distribution.

Propos recueillis au Régent Petite France, 5 rue des Moulins, 67000 Strasbourg, le vendredi 23 octobre 2015.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc.Contact : [email protected]

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