Cinema

Interview de Valerio Mieli, réalisateur de <em data-lazy-src=

Interview de Valerio Mieli, réalisateur de 10 hivers à Venise : C’est une histoire d’amour congelée qu’on décongèle

24 janvier 2012 | PAR Yaël Hirsch

Le premier long métrage du réalisateur italien Valerio Mieli a été récompensé par le Prix du Meilleur Réalisateur Émergent aux David Di Donatello (César italiens). « 10 hivers à Venise » (Dieci Inverni, voir notre critique) raconte l’histoire d’un couple qui met du temps à s’aimer. Rencontre en VF avec un jeune poète sur-actif.

Vous avez choisi de filmer deux amoureux à Venise. Et pourtant le film demeure très réaliste. Comment avez-vous réussi à accomplir un tel exploit?
En fait, tout le film est parti de là. Quand j’avais 12 ou 13 ans j’ai découvert qu’il y avait des gens qui habitaient à Venise. Je suis tombé amoureux de ce côté de la ville, qui est très réel, très vécu, derrière la Carte Postale.

Est-ce pour montrer ce côté réaliste que vous avez décidé de filmer Venise en Hiver?
Oui, c’est la saison où Venise est la plus vraie. Mais c’est aussi lié au propos du film : C’est une histoire d’amour congelée qu’on décongèle. L’histoire raconte en fait l’hiver des sentiments. Les deux personnages du film mettent des années et des années pour arriver au printemps.

Quel est le rôle de la partie « Russe » du film?
Venise, c’est la partie connue du film, c’est un peu l’endroit où j’aurais aimé vivre, c’est la maison, connue des personnages et de moi-même. En revanche, la Russie – que je ne connaissais pas avant ce tournage- c’est exotique. Mais un exotique froid. Cela faisait sens de tourner « 10 hivers à Venise » dans la capitale de l’hiver, Moscou. par ailleurs, la coproduction avec la Russie, et le caractère tchékhovien du personnage de Camilla allaient parfaitement dans ce sens.

Puisque vous vous situez sur le temps long de 10 hivers, vous avez introduit de nombreuses ellipses dans votre film. Comment avez-vous imaginé cette discontinuité de la narration?
En général tous les films et même toutes les narrations sont remplis d’ellipses. Il est très rare qu’une histoire se passe en temps réel. Mais d’habitude, au cinéma, on s’arrange pour donner une impression de linéarité, les réalisateurs et les monteurs coupent et recousent là où cela se voit le moins. Dans « 10 hivers à Venise », comme l’histoire s’étend sur dix ans, on demande au spectateur de faire l’effort de reconstruire ce qui s’est passé dans les trois saisons qu’on passe sous silence. Il ne s’agit pas d’un jeu de style, mais du cœur de l’intrigue : les personnages ont des vies parallèles même s’ils s’aiment et se croisent en hiver. Le fait de construire le film sur les ellipses est une façon de se concentrer sur le principal : leur relation, quand ils parviennent à évoluer ensemble.

Cette hésitation à vraiment commencer une histoire d’amour est-elle une caractéristique exceptionnelle du couple que vous avez mis en scène ? Ou y-a-t-il, avec la liberté du choix et l’allongement de la vie, de plus en plus d’inquiétude des jeunes d’aujourd’hui avant d’entrer dans une relation amoureuse?
Je ne suis pas parti avec l’idée d’écrire une histoire emblématique qui représenterait une époque. En même temps, j’ai l’impression de venir moi-même d’une adolescence qu’on prolonge aujourd’hui toute la décennie des 20 ans, et cette adolescence tardive se retrouve bien dans les deux personnages. Il y a donc forcément dans les psychologies des héros de ce films, des traits qui sont le propre de notre temps.

On vous présente souvent comme un tout jeune réalisateur, un « wunderkind », qui a réalisé un long métrage à l’âge de 29 ans. Vous sentez-vous si jeune que ça?
Non, je ne suis pas si jeune que ça. Il y a des réalisateurs qui font un long métrage à 22 ou 23 ans. Mais en Italie, et peut-être de manière générale en Europe, tout se passe, comme s’il fallait attendre cinquante ans, ‘ »l’âge adulte » pour faire de grandes choses. Le compliment qu’on le fait est ainsi à double face : on me félicite, mais on m’explique aussi qu’il va falloir attendre un peu avant d’être vraiment pris au sérieux. Bien sûr le cinéma, ce n’est pas comme le violon ou les mathématiques, cela demande une certaine maturité, il n’y a pas de réalisateur de génie à 8 ans. Mais à bientôt 35 ans, je en me sens pas si jeune que ça.

Le film s’est assorti en Italie de la sortie d’un roman (publié chez Rizzoli), pouvez-vous en parler?
Quand j’ai construit le scenario, je me suis dit qu’il fallait construire ce qui est d’habitude un outil comme un roman, dans lequel les comédiens pourraient puiser pour mieux comprendre la psychologie de leurs rôles. C’était une manière de proposer quelque chose de plus riche, de plus. proche de ce que serait le film. Un éditeur a proposé de le publier. Mais c’est très étrange pour moi, certains me disent aujourd’hui qu’ils préfèrent le roman. Peut-être parce qu’il est écrit à al double première personne, comme un double journal, ce qui permet de mieux rentrer dans la psychologie des deux amoureux. Ma formation principale est en fait ni l’écriture, ni la réalisation, c’est la photographie. Mais étant hyper actif, j’ai choisi le cinéma comme une sorte de décathlon : cela me permet d’écrire, de m’occuper de la musique, du jeu, de l’image, c’est très varié.

Quels sont vos prochains décathlons?
Je travaille sur plusieurs projets à la fois, car avec la crise économique et les problèmes de financements, tout va trop lentement pour moi aujourd’hui. Le projet principal devrait être plus « adulte » que « 10 hivers à Venise ». Avec des touches plus amères. Ce qui reste le plus adolescent et le plus pur dans ce premier film c’est probablement que les aspects les plus tristes et les plus mauvais de l’âme humaine n’y sont pas.J’aimerais également travailler sur des projets plus « européens », au-delà de l’Italie. Je suis lié biographiquement à la France par ma mère et aimerais beaucoup retrouver cette partie française de moi-même par le biais d’un film.

Si vous voulez Megan Fox, apprenez à dompter sa langue
Danse: Scoop : Frédéric Mitterrand présent au Festival Artdanthé
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

One thought on “Interview de Valerio Mieli, réalisateur de 10 hivers à Venise : C’est une histoire d’amour congelée qu’on décongèle”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *