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Gagarine, le nouveau film socialo-spatial de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh

Gagarine, le nouveau film socialo-spatial de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh

20 décembre 2020 | PAR Mahaut Adam

En sélection officielle au Festival de Cannes, Gagarine est le nouveau film de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, qui surfe sur la vague du film de banlieue. Il sort en salles le 20 janvier 2021, avec à l’affiche le nouveau venu Alséni Bathily, dans le rôle principal, Lyna Khoudri et Finnegan Oldfield. Noyé entre réalisme et contemplatif, il nous présente l’histoire d’un adolescent, Youri, vivant dans la cité de Gagarine à Ivry juste avant sa démolition.

Une réalité déconnectée

Le personnage de Youri est partagé entre l’obsession de sauver sa cité et le fantasme de l’espace. Métaphore d’un ailleurs inatteignable, Youri semble paradoxalement très attaché à cette cité et là réside peut-être toute l’ambiguïté du film. Désire-t-il partir ou rester ? La réalité semble imprégner tout le film et pourtant, les personnages sont totalement déconnectés de cette réalité. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Ont-ils même une identité ? Pourquoi Youri veut-il aller dans l’espace ? Tout est fait comme si l’on devait être ce que notre prénom dit de nous…

Et qu’en est-il de la dimension réaliste ? La cité Gagarine est un lieu de conflits, de désaccords. C’est aussi le lieu où le seul blanc du film, Finnegan Oldfield, deale de la drogue. Ce renversement mécanique, maladroit, des clichés, fait que l’on ressent d’autant plus le cliché de base. Une action « bien pensante » peut-être un peu mal pensée.

Malgré cela, il faut saluer la volonté de départ de montrer des histoires personnelles noyées dans l’impersonnalité d’une cité et niées par une société qui fait passer la structure, le bâtiment, avant les individualités. Malheureusement, cette vision politiquement correcte semble trop manichéenne.

Un film contemplatif

Néanmoins, les images contemplatives des immeubles de cité au début du film font leur effet. L’image est belle, colorée, bien cadrée, et la musique qui l’accompagne finit de nous plonger dans une atmosphère onirique et planante. Les immeubles apparaissent comme autant de vaisseaux spatiaux, pointés vers le ciel, à la recherche de l’infini. Ce parallèle entre espace et cité, qui joue sur l’effet monumental et poétique des bâtiments, fonctionne parfaitement.

Mais c’est l’entre-deux entre réalisme et poésie qui peut sembler bancal. L’aspect réaliste bascule quasiment dans le cliché tandis que le poétique frôle des scènes mièvres, comme celle du baiser sur la grue entre Youri et Diana.

Finalement, cette composition historico-artistique a le mérite de nous faire voyager dans un univers contemplatif sensible, mais sans tout à fait nous y perdre, car le réalisme nous ramène sans cesse à des détails triviaux : le jeu des acteurs, le scénario maladroit, ou encore la lenteur des scènes.

Visuel : © affiche du film

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