Cinema
Fleur du mal de David Dusa, une histoire d’amour 2.0

Fleur du mal de David Dusa, une histoire d’amour 2.0

30 janvier 2012 | PAR Yaël Hirsch

Présenté à l’ACID l’an dernier à Cannes, le premier long-métrage du réalisateur né en Hongrie et grandi en Suède, « Fleur du mal »; raconte avec énergie la rencontre amoureuse d’une jeune iranienne et d’un doux rêveur à Paris, alors même que le printemps de Téhéran fait rage et que la jeune-femme tremble pour ses proches. Une réussite esthétique, malgré ou grâce au manque de moyens.

Habitant porte de bagnolet, indépendant, break-dancer et gagnant sa vie dans un hôtel, Gecko (Rachid Youcef) rencontre dans le cadre de son métier la mystérieuse Anahita (Alice Belaidi). Iranienne, la jeune femme est pour la première fois en France, pays dont elle parle parfaitement la langue. Les nouvelles technologies vont les rapprocher, lui qui estime que son ignorance est sa liberté et elle qui lui récite des vers de Khayam et lui fait lire Baudelaire. Mais au moment même où la rencontre amoureuse a lieu, place des Vosges, les amis d’Anahita risquent leur vie en protestant contre le régime à Téhéran. Les deux jeunes gens suivent les images de la répression de du printemps 2009 sur youtube, depuis un i-phone.

Énergique, porté par le corps gracile de Rachid Youcef, le sourire irrésistible de Alice Belaidi et une BO impeccable (Philip Glass, John Cage mais aussi Disko Boy de Shantel), « Fleur du mal » varie avec brio autour du thème classique de la rencontre amoureuse. Et y insère avec sincérité le rôle à la fois liant et saccadé des réseaux sociaux. Le plus faible dans ce film aux qualités esthétiques indéniables est le message politique : la violence des images issues du net juxtaposée aux émois des amants n’apporte pas grand chose et la quête identitaire des deux protagonistes est bien trop didactique pour être convaincante. Si le message est à maturer, l’image elle, a déjà la maturité d’un grand cinéma.

« Fleur du mal » de David Dusa, avec Rachid Youcef et Alice Belaidi, France, 2010, 1h39, sortie le 8 février 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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