Cinema
Festival Lumière 2020, Rencontre avec Alice Rohrwacher : « Le cinéma c’est ce qui nous rassemble »

Festival Lumière 2020, Rencontre avec Alice Rohrwacher : « Le cinéma c’est ce qui nous rassemble »

14 octobre 2020 | PAR Lou Baudillon

Mardi 13 octobre, le Festival Lumière bat son plein et laisse la parole chaque jour à ses invités prestigieux : aujourd’hui c’est Alice Rohrwacher. La réalisatrice est l’invitée d’honneur du festival, elle revient avec délicatesse et poésie sur le cinéma et sur les 3 films qui font sa jeune carrière. 

Réalisatrice de Corpo Celeste, des Merveilles et du magnétique Lazzaro Felice (Heureux comme Lazzaro en français), Alice Rohrwacher est devenue en quelques années l’une des figures les plus intrigantes du cinéma italien. Son enchantement, la douceur et l’attention particulière portée aux petites choses et aux réalités sociales de son pays font de son cinéma une œuvre tout à fait unique, dans la lignée de celle d’Agnès Varda. En guise d’introduction à sa master-class, Alice Rohrwacher a présenté exceptionnellement son dernier film Omelia Contadina, co-réalisé avec l’artiste JR. Un court-métrage rituel de quelques minutes inspiré des paroles de Pier Paolo Pasolini sur la tradition paysanne que l’on enterre symboliquement au profit des monocultures de masse. Un acte engagé à l’instar de son cinéma, une œuvre qui met en lumière ceux que l’on a tendance à oublier : les agriculteurs, les pauvres et  autres petites gens. 

« Le cinéma c’est ce qui nous rassemble »

« Raconter le monde pour le rendre universel » comme le disait Thierry Frémaux, c’est ce que fait Alice Rohrwacher avec son œuvre à la fois subtile et puissante. Proches de ceux qu’elle montre, ce qu’elle dit essentiel pour elle, ses films racontent en effet le monde, dans ce qu’il a de cruel et de sacré. Dans Corpo Celeste, c’était le monde d’une petite fille qui se confronte à ses racines calabraises et au monde religieux. Dans Les Merveilles, c’est celui d’une famille vivant en autarcie et menacée d’expulsion. Dans Lazzaro, c’est un système féodal qui exploite les plus faibles et le constat d’une modernité sans amélioration. La beauté du geste simple, tourné en pellicule, est née d’une passion pour le cinéma découvert tardivement par la réalisatrice qui a vécu l’isolement durant son enfance. Arrivée par la suite à tourner un premier film, Corpo Celeste, elle signe un mouvement expérimental et littéraire né pour elle du hasard. Apprendre sur le tas auprès de ceux qui font le cinéma a été pour elle le « meilleur remède à l’aliénation » car : « dans le cinéma, tout le monde vient d’horizons différents et collabore, c’est ce qui rend notre travail magique ».

« Si l’on fait des films, c’est que l’on croit en la résurrection » 

Le rapport à l’enfance et à la nature intime se retrouvent dans l’œuvre d’Alice Rohrwacher. Il s’agit toujours d’un regard particulier, emprunt d’une pureté enfantine ou sacrée, qui amène à une certaine compassion. Ces histoires très réelles se regardent « comme des contes de fées » finalement : les monstres y sont présents, ils pénètrent les mondes inviolés, mais sont contrés par la force des protagonistes. « Je pense que beaucoup de gens regardent les mêmes films plusieurs fois en se disant que l’histoire va encore changer […], je pense que si l’on fait des films c’est que l’on croit en la résurrection » nous dit la réalisatrice. La résurrection, c’est ce qui arrive à Lazzaro, personnage principal du dernier film d’Alice Rohrwacher. Lazzaro est un garçon sans âge, mystérieux, qui passe d’un monde à l’autre en resurgissant vingt années après sa mort. Le monde à changé, son regard non. « J’ai remarqué que les gens biens ne changent jamais » dit-elle avant d’ajouter : « Son regard si pur et inchangé nous montre comment nous, nous avons changé ». 

 

Propos recueillis lors de la master-class de Alice Rohrwacher au théâtre Comédie Odéon dans le cadre du Festival Lumière 2020. Visuels : ©Festival Lumière ©L.B

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