Cinema
Festival Lumière 2020, ivre de plaisir avec Drunk de Thomas Vinterberg

Festival Lumière 2020, ivre de plaisir avec Drunk de Thomas Vinterberg

12 octobre 2020 | PAR Lou Baudillon

Déstabilisante, la nouvelle édition du Festival Lumière de Lyon s’ouvre avec moitié moins de spectateurs mais s’ouvre néanmoins : souffle miraculeux dans la vague des événements culturels annulés de cette rentrée. Le festival s’annonce spécial, mettant à l’honneur le patrimoine cinématographique avec le grand prix remis aux frères Dardenne, mais aussi la sélection cannoise qui n’a pas trouvé de public en mai.

C’est ainsi que dimanche soir était diffusé en avant-première lyonnaise Drunk, nouveau petit bijou de Thomas Vinterberg en sélection officielle du Festival de Cannes 2020. Accompagné de Mads Mikkelsen, qu’il retrouve après leur collaboration en 2013 pour le film La Chasse, c’est avec une énergie communicative que Thomas Vinterberg présente au public son nouveau long métrage : Drunk. Histoire singulière de quatre amis bien décidés à prouver la théorie « scientifique » selon laquelle il manquerait à l’humain 0,5 g d’alcool dans le sang pour vivre. Avec rigueur et détermination, ils expérimentent cette idée qui, dans les premiers temps, paraît fournir des résultats très prometteurs. Dans un monde actuel où tout semble déterminé, catégorisé et répétitif, la beauté de la perte de contrôle apparaît comme divine. Ces quatre amis retrouvent peu à peu le goût de la vie qu’ils n’avaient pas connu depuis longtemps. Ils se trouvent plus attentifs à leur famille, plus à l’aise dans leurs interactions sociales, plus passionné dans leur travail. En phase complète avec ce qui se détermine. L’alcool serait-il alors le remède miracle au quotidien machinal dans lequel on se retrouve parfois enfermé sans que l’on ne s’en rende compte ? 

La lumière de l’ivresse perpétuelle se pose sur des scènes qui se jouent d’elles-mêmes, avec une grande justesse, et laissent celui qui les contemple dans un état de vertige. Sur le fil, on ne sait comment l’action peut basculer. Légères et résolument drôles, les images nous donnent envie de nous joindre à la fête, de se plonger dans cette euphorie que procure la chaleur de quelques verres. Pourtant, on reste conscient du revers de la médaille, on sent que rien ne pourra durer éternellement et que la gueule de bois est proche. Les doses ne suffisent plus. Il faut pousser l’expérience plus loin. Il faut augmenter l’extase. C’est ainsi que nos amis décident de passer à l’étape supérieur et de boire encore plus. Les événements s’enchaînent et peu à peu la perte de contrôle montre son autre visage. Le film devient un portrait lucide des dangers de l’alcool et touche, là encore, à une vérité crue, sans pour autant prendre un ton moralisateur. D’une intelligence rare, Drunk se dessine sans retour possible, à l’image de la vie elle-même. Dépouillé de puritanisme et d’émotions excessives, il dépeint un désir d’exister, d’être soi-même avec des blessures, d’être libre. Lâcher prise, dans tout cela que ça implique de sublime et de tragique, c’est aussi renouer avec la vie. C’est en tout cas, le goût que laisse le délicieux final du film de Thomas Vinterberg.

 Visuels : ©Haut et Court ©Logo Festival Lumière

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Lou Baudillon

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