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Festival international du film de La Rochelle: les chocs « Petit Paysan » et « Latifa. un coeur au combat »

Festival international du film de La Rochelle: les chocs « Petit Paysan » et « Latifa. un coeur au combat »

06 juillet 2017 | PAR Cedric Chaory

Le cinéma français parle peu du monde agricole, c’est donc un événement que ce Petit Paysan de Hubert Charuel présenté en avant-première au jour 4 du festival rochelais en présence de son réalisateur et une de ses actrices principales Sara Giraudeau. Evènement aussi car ce premier long-métrage d’un jeune homme de 31 ans est particulièrement réussi dans sa peinture d’un secteur en perpétuelle crise.

La vache folle est dans le pré

Fils d’agriculteur Hubert Charuel se destinait au métier de vétérinaire mais c’est finalement à la Femis qu’il achèvera ses études – secteur production. Dans la ferme familiale champenoise, il a tourné ce Petit Paysan, soit le quotidien de Pierre (interprété par l’impeccable Swann Arlaud) entièrement dévoué à sa trentaine de vaches qu’il élève. Sans les visites de ses parents et de Pascale (Sara Giraudeau), sa sœur vétérinaire, sa vie ne serait qu’une succession de tâches liées à son exploitation laitière. Ses amis ont beau le solliciter, sa mère-entremetteuse le jeter dans les bras de la gironde boulangère du village, Pierre est obnubilé par son travail, surtout depuis que les médias relatent l’apparition d’étranges maladies bovines qui obligent les services sanitaires à abattre les troupeaux affectés.

Misère affective (non Karine Lemarchand l’amour n’est pas dans le pré) et dureté du métier – thématiques archi-rabattues sur le monde paysan sont ici traitées en filigrane pour en montrer une autre réalité, plus technique : fichage des vaches, pléthore de contrôle sanitaire, prégnance toujours plus forte de la robotisation, accouchement d’un veau … Oscillant entre le film de genre et le naturalisme, Petit Paysan joue sur un subtil aller-retour entre la comédie (surtout en début de film) et le thriller (Pierre tue ses vaches malades – il est strictement interdit d’éliminer un élément de son troupeau sans prévenir les services sanitaires – et s’échine à dissimuler ses forfaits.) Hubert Charuel signe un premier film d’une étonnante maîtrise dans sa mise en scène et sa direction d’acteurs. Des débuts ultra-prometteurs.

Jour 5. Latifa, mère courage

« Latifa s’excuse de ne pouvoir être là. Elle est épuisée et doit se reposer 3 semaines. À la vision du film vous comprendrez les raisons de cette fatigue » annonce un des réalisateurs du documentaire Latifa. Le cœur au combat.

Le 11 mars 2012, la vie de Latifa Ibn Ziaten a basculé : son fils Imad, militaire français engagé dans les parachutistes, tombe sous les balles de Mohammed Merah. Depuis elle a créé une association pour que jamais plus la folie intégriste brise des familles. Cyril Brody et Olivier Peyon lui ont consacré un portrait intimiste : celui d’une femme exceptionnelle qui se bat chaque jour pour remettre à sa hauteur l’idéal républicain et ses valeurs. Inlassablement depuis 7 ans, la mère brisée parcourt la France (collèges, lycées, maisons d’arrêt, foyers de jeunes en difficultés) pour prêcher l’amour de l’autre quelque soit sa couleur, ses origines, sa religion. En France mais aussi à l’étranger (Maroc, au Japon, Etats-Unis).

« J’ai perdu un frère mais j’ai aussi parfois le sentiment d’avoir perdu ma mère qui court le monde pour combattre l’intégrisme » confie une de ses filles. Et le combat est âpre : là c’est une jeune Marocaine qui aimerait qu’on tente de comprendre le geste de Mohammed Merah « victime de la société », ici c’est un vieil homme lors d’une réunion à l’Assemblée nationale qui explique à Latifa que la religion musulmane est une plaie. Que dire aussi des menaces de mort sur son répondeur, des coups de fil de la famille Merah qui vient l’invectiver (improbable scène qui se déroule dans le Musée Grévin) ?

Mais Latifa tient bon, essuie ses larmes et jure que jusqu’à sa mort elle poursuivra son combat : « J’ai un énorme vide à combler. Je le comble en allant parler aux autres. » Aujourd’hui il lui faut tout de même faire une pause de 3 semaines. Mais rapidement elle repartira sur les routes écouter la jeunesse française qui se morfond dans ses cités, l’embrasser, l’épauler. Lui dire qu’elle a un moteur en elle qu’il suffit juste d’allumer.. Elle fera pareil dans les maisons d’arrêt où certains détenus ont lu son livre Mort pour la France et voient depuis la République différemment. Latifa. Un coeur au combat, touchant documentaire (en partie financé par les généreux donateurs de KissKissBank) éveille les consciences. Il a été acclamé par le public rochelais qui en partie a essuyé quelques larmes. Comment put-il en être autrement?

 Petit Paysan, de  Hubert Charuel – Sortie le 30 août 2017

Latifa. Un coeur au combat , de Cyril Brody et Olivier Peyon – Sortie le 4 octobre 2017

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Cedric Chaory

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