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Festival international du film de La Rochelle : plus cinéphile, pas possible !

Festival international du film de La Rochelle : plus cinéphile, pas possible !

13 juin 2018 | PAR Cedric Chaory

Fin juin se déroulera la 46ème édition du festival international du film de La Rochelle. Près de 200 films programmés où sont convoqués Bresson, Bergman, Christopher Walken, les Studios Aardman et le cinéma bulgare. Présentation par deux des cinéphiles de l’équipe du festival.

À la lecture de la programmation, je découvre en premier votre focus « les drôles de dames du cinéma muet ». La femme, le cinéma, le muet … est-ce là un clin d’œil à l’actuelle libération de la parole féminine dans le 7ème art avec le mouvement #TimesUp et consort ?

Arnaud Dumatin (nouveau directeur délégué général) : Non pas du tout, le festival n’a jamais cherché à raccrocher à l’actualité mais il a toujours fait en sorte de favoriser les femmes dans le cinéma. Nous avons eu ainsi l’occasion de faire un focus sur les cinéastes iraniennes il y a dix ans. Quand on peut rendre hommage à une cinéaste ou, cette année, à une compositrice, nous le faisons mais c’est compliqué car il y a évidemment moins de femmes réalisatrices que d’hommes, on ne peut donc prétendre à une réelle parité. Avec nos « Drôles de dames » l’idée est de mettre en valeur le cinéma burlesque féminin, peu connu du grand public car notre vocation première à La Rochelle est de faire découvrir ou redécouvrir du cinéma oublié. Et puis ce focus est l’occasion de faire un contrepoint à nos deux rétrospectives 2018, celles de Bresson et de Bergman, qui sont un peu pesantes. Aller vers la comédie est plutôt bien vu. Le deuxième souhait est, bien sûr, de valoriser ces formidables comédiennes.

C’est aussi l’occasion de faire des ciné-concerts ?

Exactement. Comme chaque année, nous avons une sélection de films muets accompagnés d’un pianiste en résidence pendant le festival. « Drôles de dames » ce sont 9 films accompagnés au piano par Jacques Cambra auquel s’ajoute un ciné-concert Retour de Flamme par Serge Bromberg. Producteur, réalisateur, directeur artistique, animateur de télévision et directeur de collection, il a construit un programme de courts qu’il accompagnera au piano. Entre chaque film il parlera de l’histoire de ces perles qu’il a retrouvées.

Pourquoi le festival accorde tant de place à ce binôme cinéma et musique ?

Depuis très longtemps nous nous penchons sur cette question, autour des films muets notamment. Nous avons développé cela il y a une dizaine d’années en allant vers des compositeurs contemporains et en mettant en valeur le travail de compositeurs vivants ou disparus. La musique à l’image n’était pas vraiment explorée dans ce festival avant que j’intègre l’équipe et j’ai souhaité développer cet axe qui m’intéresse fortement. Il y a bien eu à une époque un festival à Auxerre (Festival international musique et cinéma de l’Yonne, 2000/2008), aujourd’hui Aubagne et La Baule en proposent tous deux. Ce sont des festivals plus modestes qu’ici.

Je cherche toujours à augmenter l’offre : en invitant chaque année des musiciens qui viendraient jouer leur composition conçue pour des films, en programmant des ciné-concerts, des créations. Chaque année, on propose à un compositeur d’écrire une musique de son choix ; cela peut être sur un film muet ou parlant. Cette année, le groupe post-punk Zëro a choisi de jouer par-dessus la bande–son de Cloverfield de Matt Reeves (2008), film fondateur du genre found footage.

Le quotidien Sud Ouest décrivait cette édition comme politique. D’accord ?

Toutes les éditions le sont par définition. Il y a une part d’engagement à construire une programmation, même s’il ne s’agit pas d’un engagement à tout crin. Il y a l’envie de défendre une certaine forme de cinéma.

Anne-Charlotte Girault (Chargée de mission relations publiques) : Notre programmation recouvre aussi la réalité de pays méconnus. Notre section Ici et Ailleurs est une section tant politique qu’esthétique car elle se compose de choix que nous faisons tout au long de l’année, soit une cinquantaine de films choisis, vus dans les festivals du monde entier. Je prends l’exemple des Âmes mortes de Wang Bing vrai film politique. En 2016, nous avons proposé un focus sur les réalisatrices turques, nous suivons aussi le parcours de Brillante Mendoza. Du cinéma éminemment politique !

Arnaud Dumatin : Nous proposons cette année la découverte du cinéma bulgare. Là-bas, les cinéastes parlent de la situation de leur pays avec un regard dur, ironique. On y parle beaucoup de la corruption qui gangrène le pays. C’est beaucoup d’humour aussi ! Certains des films proposés ont été distribués en France mais beaucoup sont des films rares. Nous faisons ce coup de projecteur cette année après suivi depuis quelques années certains artistes bulgares notamment le duo Kristina Grozeva et Petar Valchanov.

Le vrai événement de ce festival est la rétrospective Ingmar Bergman …

Oui elle résulte de la conjonction de plusieurs facteurs : les 100 ans de la naissance du réalisateur, la restauration de ses films et la possibilité de collaborer avec la Cinémathèque Française et avec la société de diffusion Carlotta. Pour chacune de nos rétrospectives, nous mutualisons nos efforts avec des cinémathèques, des distributeurs pour donner de la visibilité aux films, pour favoriser leur circulation. En l’occurrence, Bergman c’est vraiment un événement : 7 films seront commentés à La Rochelle et il y aura une rencontre quotidienne avec un spécialiste de ce cinéaste. En tout, nous aurons 20 films de diffusés.

L’autre rétrospective est dédiée à Robert Bresson qui sera lui aussi présent à la Cinémathèque Française.

Oui pour nos deux rétrospectives, nous collaborons avec la Cinémathèque qui programme également, et en léger différé, ces rétrospectives. Nous y travaillons depuis décembre. Les festivaliers parisiens pourront donc jeter leur dévolu sur le reste de notre programmation et « se garder » Bresson pour Paris. Nous avons une programmation d’environ 200 films et techniquement un festivalier assidu ne peut en visionner qu’une cinquantaine !

Qui serait l’actuel héritier du cinéma bressonien ?

Très dur de vous répondre. Il y a beaucoup de réalisateurs qui se réclament de son cinéma … au sein même de notre programmation 2018. Aki Kaurismäki est fan par exemple. Philippe Faucon a forcément vu ses films et une influence est présente dans son cinéma. Bresson est une cinéaste majeur pour les générations actuelles. Au-delà de sa rétrospective, nous organisons une exposition dans la Tour de la Lanterne à partir des affiches de ses affiches. Une rencontre aura également lieu autour de son univers.

4 hommages : Lucrecia Martel, Philippe Faucon, Aki Kaurismäki, Théodore Ushev. Y-aurait-il un fil rouge entre eux ?

Nous ne sommes pas un festival thématique donc ce que nous essayons de faire le plus possible est de construire une programmation entre les films du passé et ceux d’aujourd’hui, entre des films européens et extra-européens. Nous prenons en compte nos envies, celles des spectateurs, nos contraintes. Il y a certes des correspondances entre les cinéastes mais le fil rouge serait sans doute l’ouverture. Cette année la programmation est un peu austère. Faucon ce n’est pas la Brigade du rire, Kaurismäki à la limite est un peu plus décalé. En 2017 l’édition avec Alfred Hitchock était sans doute plus grand public mais dans la section Ici et ailleurs il y a des films bien légers.

Peut-être que les films d’animation des Studio Aardman amènent vraiment cette légèreté ?

Oui totalement. Comme chaque année nous invitons des studios d’animation. La fiction est importante à La Rochelle car le public vient pour cela, le documentaire également mais l’animation permet de s’intéresser à d’autres esthétiques. Nick Park saura ravir le jeune public. Tous les jours 3 projections sont dédiées aux enfants. L’animation c’est aussi le cinéaste bulgare Théodore Ushev avec ses 8 courts métrages que nous allons diffuser. Il est l’un des cinéastes d’animation les plus prolifiques. Canadien d’origine bulgare, Theodore Ushev travaille les formes, les couleurs et réinvente le graphisme pour réaliser des films hypnotiques, poèmes surréalistes et musicaux. Là pour le coup nous sommes dans de l’animation pour adulte. Sera diffusé au Centre Intermondes Vaysha l’aveugle en réalité virtuelle dans un dispositif-écrin.

Et cette Nuit Christopher Walken, alors : l’acteur sera t-il présent ?

Non malheureusement. Il est pourtant en Europe à cette période mais il ne peut se rendre disponible. Nous avions envie de montrer les films de ce comédien que nous adorons. Avec ces Nuits, nous souhaitons ouvrir la programmation à un cinéma de genre. En 2016, c’était John Carpenter, l’année dernière Arnold Schwarzenegger. Nous avons peu de films américains cette année en plus donc Walken était idéal. Au programme nous verrons : Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino, The King of New York d’Abel Ferrara et un film peu connu Brainstorm de Douglas Trumbull. Entre les films, il y a toujours des surprises : court-métrages, clips et … distribution de glaces !

Passé le temps fort du festival, votre association fonctionne à plein régime …

Anne-Charlotte Girault (Chargée de mission relations publiques) : Oui car nous produisons de films notamment. On coordonne tous ces projets de bout en bout. On essaye de trouver des professionnels du cinéma qui viennent en résidence et qui pourraient encadrer des ateliers. Il y a une sensibilisation au cinéma à des publics qui viennent de tout horizon. Nous tissons des partenariats avec le tissu associatif local pour aller à la rencontre des habitants, des écoles, lycées avec section A3 cinéma-audiovisuel. Cette année nous avons travaillé avec le lycée René-Josué Valin avec l’option arts plastiques ou le lycée Merleau Ponty de Rochefort.

Au total 8 films ont été réalisés. 4 films d’animation avec l’EMCA d’Angoulême ont été conçus avec des groupes de détenus de la prison de l’ile de Ré. Un film a été réalisé avec les patients de l’hôpital psy, un avec les habitants de Villeneuve-les-Salines dans le cadre du projet de réhabilitation du quartier, un avec le lycée Valin et un à Mireuil. Et puis la bande annonce a également été réalisée par les étudiants de l’EMCA. C’est un gros changement pour nous. Le public découvrira toutes ces productions durant le festival.

Propos recueillis par Cédric Chaory (correspondant La Rochelle)

Plus d’infos: https://festival-larochelle.org/fr/

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Cedric Chaory

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