Cinema

Essential Killing, entre survival et cinéma d’auteur…

Essential Killing, entre survival et cinéma d’auteur…

26 mars 2011 | PAR Vincent Brunelin

Quitte à en déranger plus d’un en choisissant d’humaniser son personnage, le cinéaste polonais Jerzy Skolimowski met en scène la fuite éperdue d’un combattant taliban évadé. Interprété par un Vincent Gallo habité, le film instaure un climat mystique assez fascinant, malheureusement parasité par des repères scénaristiques trop flous et quelques tics agaçants sur la durée. Sortie en salles le 6 avril.

Synopsis : « Capturé par les forces américaines en Afghanistan, Mohammed est envoyé dans un centre de détention tenu secret. Lors d’un transfert, il réchappe d’un accident et se retrouve en fuite dans une forêt inconnue. Traqué sans relâche par une armée sans existence officielle, Mohammed fera tout pour assurer sa survie… »

Jerzy Skolimowski a une longue carrière derrière lui et une vie tout aussi remplie. Acteur, réalisateur, scénariste, producteur, mais aussi peintre et poète, il commence par faire ses classes à l’école de cinéma de Lodz au côté d’un certain Roman Polanski (pour lequel il écrira le scénario de son premier long métrage, Le Couteau dans l’eau). En 1967, et dans une Pologne encore communiste, il réalise Haut les mains, un violent pamphlet anti-stalinien qui sera censuré et lui vaudra d’être expulsé de son pays. Il reçoit en 1982 le prix du meilleur scénario au Festival de Cannes pour le film Travail au noir. Après une pause de presque vingt ans pour se consacrer à la peinture, il revenait au cinéma en 2008 en signant Quatre nuits avec Anna, unanimement salué par la critique. Il enchaîne donc avec Essential Killing, confirmant son penchant pour les sujets osés et l’esthétique de la mise en scène.

Récompensé lors de la dernière Mostra de Venise par le Prix Spécial du Jury et la Coupe Volpi du meilleur acteur pour Vincent Gallo, le film se divise en trois parties distinctes, inégales par leur durée mais caractérisées par une même aphasie (quasiment aucun dialogue pendant une heure trente).
La mise en place elliptique – pas de détails sur le pourquoi du comment – montre la capture d’un taliban, ou présumé comme tel, par les forces américaines en Afghanistan, puis son envoi dans un centre de détention, rappelant au passage les images de Guantanamo ou d’Abu Ghraib. À travers la caméra subjective, les agressions sonores (le sifflement strident dû à l’explosion d’une bombe, les aboiements des chiens) et une obscurité quasi-complète (la cagoule qui recouvre le visage du prisonnier), le réalisateur bouscule les repères sensoriels du spectateur comme ceux du protagoniste. Une scène crue d’interrogatoire (sans doute trop surlignée) évoque celle vue récemment dans Route Irish. On pense assister à un docu-fiction sur la guerre et la torture. Il n’en est rien…

En effet, la suite prend la forme d’un étrange survival et constitue l’essentiel du film. C’est un peu « Un taliban à Koh-Lanta », en plus spirituel évidemment. Mais là où ce genre tend à présenter l’être humain cédant progressivement à sa bestialité et à ses instincts primaires pour survivre (Délivrance, Les Chiens de paille…), Skolimowski transcende le parcours de son personnage et tente de lui rendre son humanité par le prisme de cette fuite initiatique. Mais son périple n’a rien d’une balade de santé et le chemin vers la rédemption s’avère être parsemé d’embuches et de cadavres. Outre la traque dont il fait l’objet, il doit lutter contre un environnement hostile (le froid, une meute de chiens, un piège à loup) et endurer des hallucinations récurrentes.

La mise en scène, jusqu’alors âpre et déliée à la fois, s’égare dans des flashbacks qui font ressurgir les souvenirs de sa vie à l’école coranique et de la relation avec son épouse. En voulant éclairer ce passé douloureux, le réalisateur livre une illustration quelque peu déplacée, pour ne pas dire balourde. Jusqu’à un dénouement trop symbolique, dont on ne révèlera pas les détails, qui met en scène la rencontre du combattant avec une femme muette (Emmanuelle Seigner).
Voilà en tout cas un film qui ne laissera pas indifférent, notamment grâce à la performance époustouflante et viscérale de Vincent Gallo, comme toujours investi à 200% dans son rôle.

 


Essential Killing – Film Annonce par Surreal_Films

Essential Killing, de Jerzy Skolimowski, avec Vincent Gallo, Emmanuelle Seigner
Pologne, Irlande, France, Norvège, Hongrie, 1h23, Thriller
En salles le 6 avril 2011

Infos pratiques

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Vincent Brunelin

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