Musique

Arno Rock’N’Roll certitude à Chatillon pour Chorus

Arno Rock’N’Roll certitude à Chatillon pour Chorus

26 mars 2011 | PAR Bérénice Clerc

Arno enchante la scène rock internationale depuis 40 ans. Pour Chorus à Chatillon il donne une bonne leçon de musique, de scène, d’humour et de mots. Quelques minutes avant son concert il répond les yeux dans les yeux à quelques questions  sur sa vie, son travail.

Théâtre de Chatillon, petite ville tranquille entre rue piétonne et métro éloigné, il fait chaud, la foule se presse au théâtre pour applaudir Arno. Jeunes, moins jeunes, enfants, familles, amis sont là, heureux d’attendre le roi Belge du rock.

La lumière bascule de la salle à la scène, la musique commence, des claviers, des machines, une batterie, une guitare, une basse accompagnés de leurs musiciens sont sur scène pour une longue intro orientalisée par le vibrato  d’une Choriste. Arno entre en scène en un saut la foule hurle, applaudit, Brussels résonne, explose dans une folie absolument rock’n roll et un texte d’une ouverture poétique forte. Son dernier album BRUSSLD est un diamant aux multiples facettes. Le rock rencontre la pop, la chanson française intimiste et douce, l’émotion est partout, rien n’est à enlever, tout est ciselé dans du Arno brut d’éclat. Le son est digne des plus grands concerts de rock, ceux de la haute époque. La présence d’Arno est exceptionnelle, la musique semble le pénétrer par tous les pores de la peau, il vibre avec elle, lance son micro à son rythme, vacille, trébuche, se relève toujours et emporte la foule dans une joie proche de la transe. Ses chansons plus anciennes se mélangent avec délice aux nouvelles. Parfois le rock pur et doux, laisse place à des chansons suaves, murmurées à l’oreille des spectateurs. Arno prend sa belle chaise en bois, baisse son micro et parle de ses chansons comme il le ferait dans un petit cabaret « Cette chanson je l’ai écrite en pensant à ma grand mère, c’était une salope, elle jouait du piano comme Beethoven, lui il était aveugle à la fin de sa vie, ma mémé avait des tellement gros seins qu’elle ne voyait pas ses doigts ! Je pense que tous les hommes cherchent une femme comme leur grand-mère ! Bonne chance, merci mémé ! ». Puis une chanson romantique commence, le public, bouche ouverte reste suspendu aux lèvres d’Arno. Les musiciens vibrent au son de la voix d’Arno, le batteur est exceptionnel, il rythme avec force, élégance, passion et douceur les morceaux de rock radicaux ou les chansons intimistes parfois avec sa bouche. Le pianiste a une palette et un phrasé idéal à tous les styles d’Arno, il habite sa musique, rend les machines vivantes.

Français et Anglais valsent dans une danse linguistique européenne, parfois à l’intérieur d’une seule chanson comme Arno en a le secret.

La création lumière est en phase avec le rythme imposé par Arno, infatigable, fougueux, elle éclaire les musiciens solo, flash le public comme une déchirure totale. Sur certains morceaux comme l’exceptionnel « Ca monte », des guirlandes multicolores transforment la scène en ballroom kermesse, digne des plus grandes baraques à cirque.

Arno parle, fait rire les spectateurs, les touche en plein cœur sans jamais se regarder le nombril, il est là offert, son corps est à nous, sa voix nous parle en face, son animalité nous rend humain, la performance est transcendante.

2h de spectacle, de musique, d’humanité, d’engagement.

Arno est un artiste, un vrai, il n’a pas peur de mouiller sa chemise, de s’engager, d’aimer et de dépasser les limites pour donner de la joie, du rire, de l’amour et même bien plus à un public conquis du début à la fin.

« Putain Putain », clôture le concert, les spectateurs chantent en cœur « c’est vachement bien, nous sommes tous des Européens », il présente ses musiciens, un guitariste Allemand, un bassiste Yougoslave, une choriste Marocaine, un batteur Zaïrois, un pianiste et un chanteur Belges, la recette parfaite pour une musique et des textes forts, violents, poétiques, offerts au monde.

Personne ne veut voir partir Arno, tout le monde se lève, crie, siffle, frappe des pieds et des mains, encore et encore…

Il revient seul avec son pianiste pour chanter « Les yeux de ma mère » chanson sublime et subtile attendue par son public.

Les musiciens reviennent, ils entament le célèbre « Les filles du bord de mer » reprise d’Adamo, succès d’Arno en France. Il propose aux spectateurs de s’imaginer que nous sommes dimanche pour l’émission de Michel Drucker. Il raconte que lorsqu’il a une très grosse cuite le samedi soir, il regarde Michel Drucker le dimanche et il est guéri ! « Michel Drucker président ! » Il rit et demande au public de lever les bras et de tourner les mains comme lorsque les sourds et muets applaudissent. Il rit encore, une foule immense face à lui fait les marionnettes avec ses mains en chantant Adamo « En douuuuuuuuceuuuuuuurrrrrrrrrrrrrrr….Z’étaient chouette les filles du bord de mer…….. » ! « On est moche mais on s’amuse !!! » Les spectateurs chantent et chantent encore dans une joie dominicale, Arno est proche du fou rire, le plaisir est total. Il est tard, il faut rentrer à Bruxelles, le noir glace la scène, les rappels ne fonctionnent pas, mais deux heures de concert à ce rythme force le respect !

Bravo Arno pour cette lumière, la joie de vivre, la lucidité, la violence, la faille, la beauté, la poésie, la musique, le rock, les rires, le show et les silences entre les notes !

Comment préparez-vous vos concerts ?

Je répète beaucoup avec mes musiciens, encore et encore puis le concert nait vraiment avec les gens, je fais beaucoup de dates, je tourne beaucoup,  dans le monde entier, c’est chaque fois différent. Il faut une bonne base et après c’est l’adrénaline et le public qui font tout.

N’est-il pas trop dur d’être toujours sur les routes, en tournée ?

C’est toute ma longue vie, je fais cela depuis 40 ans, je ne peux pas vivre sans la scène, je suis accro à l’adrénaline que le corps sécrète tout seul. Je peux vivre sans clope, sans alcool sans dope, mais pas sans scène. Quand mes tournées s’arrêtent, je suis comme dans un trou, je sais que si je ne mène plus cette vie là je suis mort. J’ai ralenti le rythme quand mes enfants étaient petits mais maintenant qu’ils sont grands, je ne vis que pour ça, je n’ai pas de hobby, la musique c’est ma vie ! Je veux faire cela jusqu’à la fin de ma vie et mourir sur scène !

Comment trouvez-vous le temps de préparer de nouveaux albums ?

J’écris pendant mes tournées, j’ai des petits cahiers où je note des idées, des phrases. (Il sort un cahier de son sac et le montre.) Il y a déjà plein de choses dans celui-là ! Je ne chante sur scène que 2h par jour, le reste du temps, je peux écrire, à l’hôtel, dans le bus, dans les loges, dans les bars, chez moi. Je ne fais pas de sport, si ce n’est sur scène, je n’ai que la musique dans ma vie et j’aime toujours me renouveler, faire des projets différents.

Vous tournez dans le monde entier, les publics sont-ils tous les mêmes ou différents selon les pays ?

Tout le monde a deux trous dans son nez, tout le monde est pareil. Quand je chante en Afrique, aux USA, en Europe, dans les pays de l’est ou à Chatillon, c’est pareil, nous sommes tous les mêmes.

Avez-vous le trac avant un spectacle ?

J’ai toujours le trac, une demi-heure avant le concert, je deviens très bizarre ! Je sens que l’adrénaline monte en moi comme une drogue, je ne suis plus vraiment moi-même.

A quoi va ressembler votre prochain album ? Avez-vous déjà des pistes ?

Il sera celui que vous écouterez quand il sera terminé !

J’ai des idées, mais tout peut encore changer et cela plusieurs fois.

Gardez-vous la même équipe  ?

Je ne suis fidèle qu’à mes musiciens, mon pianiste je le connais depuis 35 ans, les autres parfois 20 ans, le travail est intuitif, plus facile, nous nous connaissons par cœur sans pour autant avoir vu nos zizis !

Aimez-vous Paris ?

J’adore la France, c’est tellement proche de chez moi, 1H17, pour moi Bruxelles est une banlieue de Paris, si je pisse au sud Paris est éclaboussée !J’aime beaucoup la France, j’ai eu deux enfants avec une Française, ils sont grands, ils habitent aujourd’hui avec moi à Bruxelles, mais j’ai habité rue de Turbigot à Paris pendant deux ans. J’aime l’ouverture culturelle française, David Lynch et Woody Allen continuent à faire des films grâce aux Français. Brel ne serait pas ce qu’il est sans les Français, il faut le reconnaître. Les Français ont aussi ouvert leurs portes à Peter Brook. Il ne faut jamais oublier l’ouverture artistique et culturelle de la France. Chaque ville a un esprit différent, Lyon n’est pas Paris, Rennes, n’est pas Lyon qui n’est pas comme Gand, Ostende ou Bruxelles. Mais quand je suis en Bretagne je sens qu’on picole comme en Belgique, je me sens comme à Bruxelles !

Vous avez fait deux duos avec Brigitte Fontaine sur son prochain album, pouvez-vous nous en parler ?

Elle m’a demandé de chanter sur son album, elle m’a envoyé les titres et j’ai dit oui, j’étais content de faire ce projet. J’ai hâte d’entendre ce que ça va donner, même si au fond, c’est vous qui pourrez me dire si c’est bien, je n’ai jamais de recule sur mes projets. Il faut féliciter Brigitte d’être ce qu’elle est, j’espère la voir bientôt.

http://www.arno.be/

Infos pratiques

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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