Cinema
[Entrevues] Dernier jour de festival à Belfort : la fraîcheur de Rivette et la 3D de Brisseau

[Entrevues] Dernier jour de festival à Belfort : la fraîcheur de Rivette et la 3D de Brisseau

30 novembre 2014 | PAR Yaël Hirsch

Ce samedi 29 novembre, c’était jour de Palmarès au Festival Entrevues, mais auparavant, alors que les projections de la compétition avaient cessé, c’était l’occasion de rattraper quelques classiques et/ou de découvrir, comment Jean-Claude Brisseau s’est emparé de la 3D. Une bien belle journée, riche en surprises et en liberté qui s’est terminée par le Palmarès un concert-événement autour de la figure de Winsor McCay (Little Nemo) et un grand buffet dansant de clôture. 

Alors que nous hésitions sur le chef d’oeuvre à choisir pour commencer notre après-midi de cinéma au Pathé de Belfort, Shokuzai de Kiyoshi Kurosawa était plein,, nous nous sommes donc repliés sur un monument de 3h15 de Jacques Rivette : Céline et Julie vont en bateau (1974). Inscrite dans le cadre du cycle sur le voyage dans le temps, cette projection nous a fait l’effet d’un bain de joie de vivre. Et nous avons suivi avec passion les aventures très imaginées de Juliet Berto et Dominique Labourier, meilleures copines en fantaisies, libres de rester d’éternelles adolescentes et suçant des pierres semi-précieuses comme des bonbons pour découvrir l’histoire d’une maison hantée par trois femmes (dont Bulle Ogier et Marie-France Pisier) amoureuses du même veuf (Barbet Schroeder) et sa fille et jouant le drame compassé à la Marienbad de manière tout à fait ringarde. Les héroïnes sont toutes deux un peu magiciennes et dévalent les escaliers de Montmartre en trombe, vivant à deux cents à l’heure, rembarrant dragueurs et voyeurs de sexe masculin dans les cordes; elles préfèrent boire ensemble du persil hallucinogène plutôt que de se préoccuper d’un quelconque prince charmant et ne censure jamais rien de ce qu’elles pensent avec une folle liberté et une grande beauté émaillée de fous-rires. Rivette aime vraiment les femmes et c’est un plaisir de voir sa caméra courir derrière celles de son temps. On sort du film avec envie de citer les dialogue, le sourire jusqu’aux oreilles et l’impression d’être un peu drogué de liberté.

Dans son nouveau film, Jean-Claude Brisseau donne aussi deux femmes à admirer, mais tandis-que le fait divers du très attendu Des jeunes femmes disparaissent punit ces demoiselles de leur liberté sexuelle on réalise que les années 197 ont bien vécu et qu’il faut se concentrer sur l’objet principal  de ce film assez réussi : la 3D. le relief passionne nos cinéastes les plus expérimentés, tel Godard et son pied de nez de l’Adieu au langage. Comme Godard, Brisseau cherche à émanciper la 3D du grand spectacle pour l’essayer dans un autre domaine, qui ne sera pas l’Histoire mais l’intime. Et il faut dire que ses scènes de sexe cosmiques entre filles tournées dans son propre appartement sont du plus joli effet en 3D. Venu avec ses deux actrices, Anna Sigalevitch et Camille Polet, le réalisateur était très anxieux de savoir ce que le public pensait du procédé du relief dans son film et a beaucoup décrié le caractère sombre du rendu. Il a aussi expliqué que la 3D permettait d’attirer l’œil là où il ne serait pas allé naturellement, ce qui est éminement intéressant pour un thriller, comme Des jeunes femmes disparaissent. 

Le temps de se changer et nous étions au rendez-vous de la cérémonie de clôture, à 20h30, dans le très joli cinéma Le Granit, plein à craquer. c’est avec beaucoup d’émotion que Lili Hinstin a fait projeter le générique des 88 membres de son équipe qui permettent à Entrevues d’exister avant d’appeler Gilles Levy à ses côtés sur scène pour une cérémonie de remise des prix, sans chichis mais pleine d’émotion, où tous les lauréats (sauf un) étaient bien présents. Pour voir le palmarès, de ces 29ème entrevues, c’est ici!

Après ce moment riche en émotion, place a été faite à l’orgue de barbarie de Antoine Bitan, aux performeurs de Hey! la cie et à Yannick Unfricht, pour des variations autour des dessins du « papa » de Little Nemo (1911): Winson McCay. Le spectacle a donné à voir (ou a revoir) en tempo les dessins de ce génie, reconnu comme influence par les plus grands artistes surréalistes et par Meobius ou Miyazaki…

Vers 22h30, les lauréats d’Entrevues, l’équipe du festival et ses invités ont retrouvé la salle des fêtes parée de mille couleurs et arrangée en grand dancefloor entouré de buffets pour une soirée de clôture absolument délicieuse. Les convives ne se sont pas fait prier pour danser sur une sélection de tubes aussi eutectiques que la programmation du festival. Ce dimanche, il est possible pour les belfortains de voir ou revoir les films primés. Ne manquez pas d’aller jeter un œil à la programmation de cette dernière journée de cinéphilie au Pathé d’entrevues! Quand aux parisiens, nous les tiendrons au courant de la programmation prochaine du palmarès des 29èmes Entrevues de Belfort dans leur ville!

visuels : yael hirsch

Palmarès de la 29ème édition du Festival Entrevues
Box-office: Hunger Games 3 La Révolte largement en tête du top 10 des entrées France semaine.
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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