Cinema

Shokuzai, Celles qui voulaient se souvenir / Celles qui voulaient oublier, deux perles noires

Shokuzai, Celles qui voulaient se souvenir / Celles qui voulaient oublier, deux perles noires

18 mai 2013 | PAR Olivia Leboyer

Shokuzai_TsugunauKiyoshi Kurosawa nous offre un très beau ditpyque, d’une étrange noirceur. En cinq portraits, quatre jeunes femmes meurtries et une mère brisée, Shokuzai forment un splendide puzzle, inquiétant et trouble. Les sorties se suivent : le 29 mai pour Celles qui voulaient se souvenir et le 5 juin pour Celles qui voulaient oublier.

Le sous-titre en miroir intrigue et séduit d’entrée de jeu. Un premier film, Celles qui voulaient se souvenir, puis un second, Celles qui voulaient oublier (le titre-chapeau, Shokuzai, signifie pénitence). Que cherche-t-on ici à retrouver ou à fuir ? La mémoire d’un meurtre, commis quinze ans plus tôt. Dans un petit village japonais, Emili, une fillette légèrement pimbêche, devient amie avec quatre autres petites filles. Un jour, un homme entre dans la cour de l’école, parle aux cinq fillettes, entraîne Emili à l’écart et la tue.
Quinze ans plus tard, la mère d’Emili s’efforce de faire enfin parler les quatres jeunes femmes, qui ont vu le visage de l’assassin. Ce souvenir, elles l’ont refoulé très loin. De manière différente, chacune se trouve néanmoins emprisonnée dans une névrose, empoisonnée par la trace de l’événement. Kurosawa réussit quatre portraits de femmes justes et marquants. Sae, esthéticienne, a épousé un riche homme d’affaires et se laisse dominer, enfermée dans un rôle de femme-objet savamment fétichisée. Maki, professeur assez psychorigide, refuse toute intimité avec les hommes. Dans le second volet, on découvre Akiko, une « femme-ours », grosse et emmurée dans ses angoisses, puis Yuka, une fleuriste volage et manipulatrice avec les hommes. Quatre attitudes, quatre mécanismes de défense, quatre mystères. Face à elles, une mère déterminée, élégante et forte, qui veut comprendre à tout prix.

Les deux films de Kurosawa jouent très habilement sur le rapport au temps. Entre ellipses, images gravées au fer rouge et révélations brutales, Shokuzai impose son rythme, au fil de quatre récits captivants. On peut regretter le caractère un peu trop explicatif de la scène finale. Mais, les lumières rallumées, les visages troublants de ces cinq femmes vous resteront sans doute. L’énigme résolue, pourront-elles devenir libres ? Kurosawa a l’intelligence de laisser la question en suspens.

Un double film policier, pervers et prenant, à voir absolument.

Toutelaculture vous offre des places ici !

Shokuzai, de Kiyoshi Kurosawa, Japon, 119 minutes et 148 minutes, avec Kyôko Koizumi, Hazuki Kimura, Yû Aoi, Mirai Moriyama, Eiko Koike, Kenji Mizuhashi, Sakura Andô, Ayumi Itô, Tomoharu Hasegawa, Teruyuki Kagawa. Sorties le 29 mai et le 5 juin 2013.

L’Eurovision, kitsch anticrise et réassurance identitaire ?
Cannes 2013, Grand central de Rebecca Zlotowski : Amours, ouvriers et explosions nucléaires
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *