Cinema
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Elles de Malgoska Szumowska (en salles le 1er février 2012)

02 février 2012 | PAR Camille Lafrance

SYNOPSIS : Anne, journaliste dans un grand magazine féminin enquête sur la prostitution estudiantine. Alicja et Charlotte, étudiantes à Paris, se confient à elle sans tabou ni pudeur. Ces confessions vont trouver chez Anne un écho inattendu. Et c’est toute sa vie qui va en être bouleversée.

Le film Elles se déroule sur moins de 24 heures et est parsemé de flash-backs des interviews ornés d’images parfois très crues des paroles des deux étudiantes.

La première scène est une fellation à un homme délivrée par une jeune femme qui se révélera être “Lola” (Charlotte à l’état civil jouée par Anaïs Demoustier), l’étudiante parisienne venue de Province. Le soupçon qu’il s’agit d’une relation tarifée non consentie instaure déjà un malaise chez le spectateur et un peu de dégoût.

Un peu plus tard, nous rencontrons Alicja (Joanna Kulig), jeune fille polonaise venue étudier à Paris et amenée à se prostituer pour subvenir à ses besoins. C’est elle sans doute qui donne le détail le plus scabreux : pour son premier client, elle accepte de boire son urine, une chose qu’il “ne peut pas faire avec sa femme”.

La journaliste utilise toujours le pronom démonstratif neutre “ça” pour parler de ce que font les filles qu’elle interroge. Très peu de choses sont nommées, tout est montré ostensiblement.

Ces faits ainsi énoncés, on pourrait s’imaginer que cette vie ne leur convient pas. Mais elles y trouvent une certaine satisfaction, une jouissance sexuelle. Charlotte parle de ne pas pouvoir arrêter, “comme la cigarette”. Car cela apporte un confort qu’elles n’auraient pas autrement, de l’argent vite gagné, pour pouvoir consommer mieux et plus encore. Le plus dur reste le mensonge auprès de la famille, du petit ami. La confession de la difficulté de mentir par Charlotte à Anne fait suite à une scène de maltraitance par un de ses clients sadiques.

En parallèle des illustrations de la prostitution estudiantine, le spectateur suit le cheminement d’Anne, journaliste  (Juliette Binoche), attablée à son article préparant pendant toute cette journée un dîner pour le patron de son mari dans un bel appartement parisien. Elle s’occupe de la lessive, de la cuisine, des courses, obsédée par la porte du réfrigérateur qui ferme mal. Mrs Dalloway de Virginia Woolf a été une source d’inspiration pour la scénariste Tine Byrckel, qui décrit les activités les plus banales quotidiennes d’une femme, comme se rendre aux toilettes, qu’on voit plusieurs fois faire Anne.

On est complètement immergé dans la journée d’Anne occupée aux tâches ménagères et à la fois débordé d’images sexuelles du vécu d’Alicja et de Charlotte. La journaliste est autant troublée par leur témoignage luxurieux et finit par voir en tout homme un client de la prostitution… y compris son mari qui cautionne ces pratiques et avec qui elle tente de renouer une vie de couple. Elle veut alors lui faire une fellation mais il ne l’accepte pas : est-ce trop humiliant pour que ce soit l’oeuvre de sa femme, est-ce une tâche destinée aux prostituées ?

Selon la réalisatrice, Elles cherche à séduire et à exciter le spectateur pour le transformer en une espèce de complice de la prostitution, de sorte à ouvrir une réflexion du public.

Malgré tout, il ne faut pas oublier de mentionner une belle photographie qui sert à l’immersion du spectateur et également saluer la prestation si juste des trois actrices : une exposition si brute demandant une extrême détermination.

Malgoska Szumowska a dit : « D’une certaine manière, ce film m’a fait devenir une femme ! ». De la même façon, il éveille les consciences fémini(nes)stes tout en assaillant de scènes sexuelles troublantes et ne porte pas de jugement négatif. Un film dérangeant, à voir si vous n’avez pas peur de vous poser de vraies questions sur la prostitution.

 

Camille Lafrance

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