DVDs
« A touch of Zen » : le chef-d’oeuvre de King Hu de retour

« A touch of Zen » : le chef-d’oeuvre de King Hu de retour

16 septembre 2015 | PAR Hakim Akcha

Après légèrement moins d’un demi siècle le chef d’oeuvre de King Hu, A touch of Zen, opère son grand retour en Occident dans une version restaurée. L’occasion de découvrir l’un des piliers du cinéma chinois, emprunt d’une forte tradition et d’un modernisme nouveau pour l’époque.

Près de quarante-cinq ans après sa réalisation, A touch of Zen (1971), l’une des oeuvres les plus importantes de la carrière du cinéaste de génie chinois, King Hu, revient en Europe et particulièrement dans les salles obscures françaises. C’est depuis le 29 Juillet dernier que l’oeuvre mythique est proposée aux français en version restaurée (4K). Cette nouvelle version est désormais disponible en DVD.

Alors qu’il est diffusé en Chine dès 1971, le film se répand en Occident quatre ans après à l’occasion du Festival de Canne où il remporte le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique. Une distinction qui permet à King Hu d’implanter son style unique et esthétiquement très travaillé à l’internationale. C’est dès lors qu’il est considéré comme l’un des maîtres du wu xia pian (« capes et d’épées »).

Dans une Chine aux mains de la haute aristocratie, sous la dynastie Ming, une jeune fille, dont le père a été torturé puis assassiné à la suite de la découverte d’un complot par le Grand Eunuque Wei, fuit la Cité Interdite aidée par deux généraux rebelles. Yang Hui-Chen (Hsu Feng) trouve refuge dans un ancien temple abandonné et considéré comme hanté par la population locale. Elle fait rapidement la rencontre de Ku Sheng Chai (Chun Shih), un jeune artiste et calligraphe en qui elle va trouver une aide précieuse pour échapper aux agents et soldats de Wei.

Bien que A touch of Zen représente l’un des piliers du style chevaleresque pour lequel King Hu est devenu célèbre, l’oeuvre ne se limite pas au seuls combats. Comme dans la plupart de ses réalisations (L’Hirondelle D’Or en 1966 ou Dragon Inn en 1967) le réalisateur explore une face souvent ignorée des arts de la guerre : la Stratégie. Cette histoire est une véritable ode à l’érudition et l’intelligence plutôt qu’à la force brute et physique. C’est d’ailleurs pour cela que le cinéaste place son personnage principale dans la peau d’un artiste aux nombreuses connaissances. Au début considéré comme gauche et simplet, le spectateur se rend peu à peu compte du véritable potentiel de Shen Chai. Maîtrisant les arts de la guerre et toutes les stratégies militaires, il réussit ainsi à défaire les soldats du Grand Eunuque Wei sans pour autant user de la force pure.

King Hu présente une forte dimension morale et traditionnelle dans l’oeuvre de sa vie. A touch of Zen ne fait aucunement exception. Shen Chai possède de nombreuses qualités, valeurs et connaissances. Une érudition qui lui permettrait, sans trop de difficulté, de réussir l’examen nécessaire pour rentrer dans la fonction publique chinoise (considérée comme le Gräal par la population). Au grand damn de sa mère, il refuse encore et encore d’y participer et préfère construire sa propre école, considérant l’éducation et l’instruction comme primordiales. Pour la société chinoise du début des années 70′, c’est un véritable clin d’oeil au confucianisme et à la montée croissante et nécessaire de la scolarisation ambiante. Par ailleurs, la présence répétée de nombreux moines et la place importante que porte maître Hui-Yuan (Roy Chiao) dans le film ne fait qu’ajouter la forte imprégnation traditionnelle du film déjà présente avec les quelques combats au sabre, à l’arc ou aux aiguilles.

En outre l’oeuvre, comme la plupart des films de King Hu, présente une très forte et puissante dimension esthétique. L’ensemble des paysages naturels est magnifique et criant de vérité. C’est un véritable voyage à travers la Chine entre les ruelles du village, la bambouseraie ou les terres fumantes à l’extérieur du village. Un myriade de couleurs est présentée aux yeux et pour le plus grand plaisir des spectateurs. Les vêtements d’époque et les différentes tenues jouent également un rôle fondamentale dans l’esthétique des scènes de combats. 

Pourtant, King Hu se permet d’insérer quelques modernismes et anachronismes au reste, plus traditionnel, du film. On pense notamment au célibat du personnage principal dans une société où le mariage est loi dès le plus jeune âge. Par ailleurs, Yang montre une maîtrise parfaite des arts martiaux et du maniement du sabre, de l’arc et des aiguilles, dans une société chinoise profondément machiste où la femme ne possède pas d’autre rôle que d’enfanter.

Retrouver, A touch of Zen après plus de quarante ans d’absence constitue une véritable chance de découvrir et redécouvrir un film à la tradition et aux valeurs profondes, néanmoins ponctuées par certains modernismes. Esthétiquement parfaite, l’oeuvre émerveillera les jeunes, et plus vieux, amateurs comme néophytes du cinéma chinois et taïwanais.

Visuel : © Affiche officielle du film (2015).

[Critique] « Straight outta Compton », brillante histoire violente
U-Theatre : Beyond time
Hakim Akcha

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *