Cinema
[Critique] « Straight outta Compton », brillante histoire violente

[Critique] « Straight outta Compton », brillante histoire violente

16 septembre 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Ce film biographique sur les cinq grands pionniers du rap « gangsta » Ouest-américain, réunis sous la bannière NWA, est une réussite. En particulier grâce à ses scènes longues, et à la violence qu’il fait exploser à un rythme entraînant et dangereux.

[rating=4]

« Tu voulais traîner avec le monde de la rue, Jerry ? il est en guerre tout le temps », lance le rappeur Eazy-E, la gueule en sang, à son manager Jerry Heller (Paul Giamatti, bouffi, méconnaissable) au milieu de Straight outta Compton. En effet, le film s’ouvre sur une visite de routine du jeune Eric – le futur Eazy-E – à ses employeurs, des dealers de crack. Passé prendre sa paye, il se voit menacé par le patron, entouré de gars, et de filles, armés de fusils. Mais la police intervient bientôt : un camion vient arracher au bélier la façade de la petite maison de banlieue. Là où démarre l’histoire, à Compton en Californie, la rage règne.

Eazy-E (mort en 1995), Ice Cube, Mc Ren, et aux musiques, Dr. Dre et DJ Yella. Cinq jeunes gars issus de ces quartiers en tension, réunis au sein du groupe de rap NWA – « Niggaz Wit Attitude » – pour cracher leur colère en rimes. On va les voir imposer, avec succès, le style « gangsta », grâce notamment à leur album Straight outta Compton, sorti en 1988. Dans un film où les scènes, très longues, permettent d’apprécier l’atmosphère oppressante qui fit naître certains morceaux, tel le célèbre « Fuck tha police », écrit ici par Ice Cube après une séance d’humiliation imposée par des hommes en uniformes.

Pendant deux heures trente, le film de F. Gary Gray va progresser comme ça : par bouffées de violence successives. Violence qui rattrape toujours les cinq héros, même hors de leur quartier. Dehors, ils sont confrontés à la police, qui les soupçonne en permanence de délinquance. Dans les studios, à leurs dissensions, immédiatement traduites en morceaux musicaux incendiaires. Ou à des producteurs véreux et dangereux, comme Suge Knight, superbement campé par R. Marcus Taylor. On verra nos hommes unis surtout sur scène, lors de leurs concerts, filmés ici de façon électrisante.

Au-delà du plaisir qu’on a à entendre abondamment leurs morceaux ou à croiser les jeunes Snoop Dogg et Tupac, au-delà des performances brillantes des acteurs – dont les magnifiques Jason Mitchell (Eazy-E) et Corey Hawkins (Dr. Dre) – et malgré quelques passages trop attendus, on remercie surtout le film de nous conter l’histoire de cette violence et de ces dangers. Et de nos offrir tant de scènes impressionnantes : deux hommes armés qui viennent menacer, à leurs risques et périls, les cinq rappeurs en pleine débauche ; la rupture de contrat façon Suge Knight ; et la splendide confrontation avec la police de Détroit. Cette structure permet au film d’éviter la plupart des écueils hollywoodiens, et de garder un côté humain et rageur. Façon musique rap.


NWA, Straight outta Compton, un film de F. Gary Gray. Avec Jason Mitchell, O’Shea Jackson Jr, Aldis Hodge, Corey Hawkins, Neil Brown Jr, Paul Giamatti, R. Marcus Taylor, Marlon Yates Jr, Keith Powers, Lakeith Lee Stanfield, Marcc Rose, Corey Reynolds. Drame, américain. Durée : 2h27.

Visuels : © Universal Pictures International France

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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