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Dossier : l’histoire d’amour entre le cinéma français et ses « anciens »

Dossier : l’histoire d’amour entre le cinéma français et ses « anciens »

13 novembre 2010 | PAR Gilles Herail

Pour la sortie de Potiche, Toutelaculture vous propose un dossier sur la présence des acteurs du 3ème âge dans le cinéma français. En ces temps de débats sur les retraites et l’emploi des séniors, retour sur un secteur où nos aînés ne connaissent pas la crise : l’industrie cinématographique.

Passé 45 ou 50 ans, point de salut pour les actrices américaines qui dénoncent à juste titre une crise de jeunisme imposant une retraite anticipée dès l’apparition des premières rides. Andy Mac Dowell, Meg Ryan, Demi Moore ou Sharon Stone, anciennes gloires des années 1990 doivent lutter de plus en plus pour trouver des rôles à Hollywood. Sharon Stone s’est même fait embaucher pour jouer dans un film d’action français, Largo Winch 2 . Les temps sont difficiles pour celles qui ne bénéficient pas de l’effet Meryl Streep qui, malgré ses soixante ans, n’a jamais autant connu le succès, enchaînant les hits au box office américain (The Devil Wears Prada, Mamma Mia, Julie and Julia, It’s complicated). L’âge est semble-t-il moins important chez les hommes et permet à Jack Nicholson, Morgan Freeman ou Denzel Washington d’enchaîner des premiers rôles sans trop de difficulté, voire de retrouver un second souffle (Anthony Hopkins). On retrouve la réunion nostalgique de stars déclinantes dans la comédie d’action Red qui joue avec humour sur la retraite (active) de ses protagonistes.

Morgan Freeman et Jack Nicholson dans "The bucket list"

 

Le cinéma français tisse des liens particuliers avec ses acteurs qui vieillissent à l’écran en même temps que leur public. De nombreux comédiens n’ont connu le succès qu’à un âge avancé (Catherine Frot, François Berléand, Louis de Funes), d’autres restent en tête d’affiche jusqu’à leurs derniers rôles (Jean Gabin ou Philippe Noiret en sont de bons exemples). Pas besoin d’afficher une trentaine pimpante pour tenir un film sur ses épaules. Bien au contraire. Chez les hommes, le tournant entre 50 et 60 ans est synonyme de rôles très divers pour le groupe d’acteurs Depardieu/Auteuil/Réno/Lanvin qui sont au sommet de leur popularité. Les femmes semblent aussi s’affirmer dans leurs rôles la cinquantaine passée, que ce soient Catherine Frot, Josianne Balasko, Isabelle Huppert, Nathalie Baye ou Carole Bouquet. Les rôles d’hommes ou de femmes établis mais actifs sont extrêmement nombreux sans toutefois empêcher une génération d’acteurs trentenaires (tous réunis dans les petits mouchoirs) de se faire une place.

 


Thelma, Louise et Chantal Extrait 2

Plus qu’une simple présence sur les écrans d’acteurs et d’actrices approchant l’âge légal de départ à la retraite (pré et post réforme), c’est la perception de ces comédiens et de leurs ainés qui est surprenante. La classe et l’élégance, qui sont souvent associées à la femme française à l’étranger, semblent survivre voire même s’intensifier au fil du temps. L’exemple de Catherine Deneuve est à ce titre saisissant. Dans Potiche, à bientôt 67 ans, elle incarne à elle seule l’émancipation de la femme, la sensualité et le pouvoir dans un premier rôle de tous les plans. Deneuve n’a jamais autant tourné de sa carrière et enchaîne les films souvent dans les mains de jeunes réalisateurs. Le flegme et le charme de nos acteurs n’est pas non plus près de s’affaiblir. Jean Rochefort, fort de ses 80 ans, a eu le loisir d’imposer sa classe nonchalante dans  le deuxième film de Benchetrit tandis que Pierre Richard retrouvait un rôle lunaire dans le Faubourg 36 de Christophe Barratier. Alain Delon incarnant (avec modestie) le César du dernier Asterix, ou Michel Lonsdale qui retrouve un rôle de moine malicieux et philosophe qu’il avait abordé 30 ans plus tôt dans Le nom de la rose. Loin d’être des repoussoirs, les légendes du cinéma français sont demandées par la nouvelle génération de cinéastes qui se nourrissent de leur expérience et de leur aura.

 

La troupe de bras cassés de "J'ai toujours rêvé d'être un gangster"

Cette transmission entre les générations marche aussi dans l’autre sens. Nos réalisateurs les plus chevronnés renouvellent sans cesse leur troupe d’acteurs dans des films souvent réellement innovants. À plus de 70 ans, Blier fait tourner Dupontel et Dujardin, deux valeurs montantes du cinéma français pour un film libérateur et provocateur sur le thème tabou du cancer (Le bruit des glaçons). Alain Resnais, 80 ans passés, embauche Audrey Tautou dans Pas sur la bouche ou Isabelle Carré dans Cœurs. Dans son dernier film, Les herbes folles, il retrouve ses acteurs fétiches, Dussolier et Azéma, pour un moment surréaliste, hors du temps. À l’arrivée, les derniers Resnais et Blier comptent à chaque fois parmi les films les plus inventifs l’année de leur sortie. Le cas Lelouch est peut être le plus symptomatique. Dans Ces amours là, il impose dans un premier rôle une jeune comédienne encore peu connue du grand public et une myriade de seconds rôles dont la plupart connaissent leur première expérience sur grand écran. Pas mal pour des soi-disant grabataires qui semblent avoir encore de nombreuses choses à dire.

 

"Les petits ruisseaux"

 

Plus que jamais, la vieillesse et la retraite ne semblent pas être taboues dans le cinéma français. Des films commencent d’ailleurs à aborder ce thème de façon plus régulière ces dernières années. Le plus bel exemple vient des petits ruisseaux de Pascal Rabatté, succès surprise de l’été 2010. On y retrouvait Daniel Prevost, septuagénaire à la retraite qui redécouvrait les plaisirs de la vie, des sentiments (et de la chair) après le décès de son meilleur ami. Jamais « plan plan » dans sa réalisation et dans ses thèmes, Les petits ruisseaux nous prouvent que l’on peut filmer des histoires d’amour entre petits vieux sans tomber dans le graveleux. Quelques années auparavant, Jean Rochefort retrouvait Charlotte Rampling dans les électriques et tendres retrouvailles de deux vieux amants. André Dussolier et Catherine Frot forment un couple de retraités follement amoureux, détestant les visites des petits enfants en préférant faire des folies dans la tente dans Le crime est notre affaire. Dans Ensemble c’est tout, c’est une colloc à 4 incluant mamie qui vient redonner du souffle à la vie des personnages principaux. Le cas le plus extrême est sans doute celui d’Un homme et son chien de Francis Huster où l’ensemble de la famille du cinéma français entourait Jean-Paul Belmondo très affaibli dans un dernier film en forme de testament.

 

L’âge donne parfois une nouvelle aura aux comédiens et aux comédiennes dont le visage marqué transmet plus d’émotions. En quelques minutes, Jeanne Moreau donnait une leçon mémorable de sensualité à Anne Parillaud dans Nikita pour incarner la féminité. Que ce soit chez les réalisateurs ou chez les acteurs, l’âge semble être synonyme de fraicheur et de liberté. Délaissant leurs rôles de beauté froide, Catherine Deneuve et plus récemment Carole Bouquet semblent prendre un malin plaisir à casser une image figée dans des comédies parfois potaches. La truculence et la vulgarité de la reine Catherine Deneuve dans Palais Royal faisait plaisir à voir. Les premières images de Libre-Echange où Carole Bouquet incarne une prostituée qui veut prendre sa retraite des passes confirment ce plaisir de toujours surprendre. Les côtelettes de Blier voyaient Philippe Noiret et Michel Bouquet enchaîner les horreurs les plus salaces dans un numéro de vieux indignes assez jouissifs (même si manquant de rythme sur la longueur). Les facéties de Tsila Chelton dans Tatie Danielle annonçaient les rôles de Mme René, mamie tarée repérée par Klapisch et au sommet dans Tellement proches.

Que ce soient les acteurs approchant la retraite ou les septuagénaires assumés, le cinéma français semble  prendre plaisir à voir vieillir sur les écrans des comédiens qui appartiennent au patrimoine national. Réservant des rôles importants où les sentiments, la sexualité et une certaine forme de liberté sont toujours assumés, les films français assurent de la plus belle manière la transition entre ses différentes générations. À suivre dans les prochains mois, une comédie qui rassemblera Rich, Marielle et Jeanne Moreau. Jean Rochefort en Liliane Bettancourt (une blague?), et l’histoire d’une collocation de vieux dont Pierre Richard, Claude Rich, et …. Jane Fonda, rien que ça! Ils nous enterreront tous…

En Bonus, la bande annonce de l’excellent thriller de Nicolas Boukhrief, Cortex, où André Dussolier incarne un  ancien flic atteint de la maladie d’Alzaheimer qui suspecte des crimes dans la maison de retraite où il a du être installé.

Sortie en  dvd  le 23 août 2008 chez France Télévisions Distribution.

 

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Gilles Herail

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