Cinema

Doit-on regretter les regrets?

06 septembre 2009 | PAR Yaël Hirsch

Avec Les regrets, le talentueux Cédric Kahn sort de l’adaptation littéraire (L’Ennui de Moravia, Roberto Succo d’après le livre d’un journaliste, ou Feux rouges, d’après Simenon) pour rendre hommage à La femme d’à côté de François Truffaut. A force de ne pas laisser la passion respirer, Kahn rend son film-course assez poussif; il révèle néanmoins en Yvan Attal un très grand acteur.

Lorsqu’il va voir sa mère mourante à l’hôpital, Mathieu Liévain (Yvan Attal)  tombe sur son amour de jeunesse Maya (Valeria Bruni-Tedeschi). Ils ne se disent rien mais Maya l’appelle peu après. Ils sont tous les deux mariés, mais cela n’empêche pas l’amour de leur jeunesse de se muer en passion dangereuse.

A l’écran, la musique de Philip Glass est devenue synonyme de crise existentielle de la classe moyenne supérieure. C’était le cas pour le sens de la vie dans The Hours, celui de l’identité dans La Moustache et c’est le cas dans Les regrets pour la question de l’amour. Car il s’agit bien d’amour et non de passion entre Mathieu et Maya. Mais le génial  fond sonore de Glass ne parvient pas à donner sens aux scènes de routes et aux brusques revirements et donc pas à sauver ces Regrets de la comparaison avec  la Femme d’à côté de François Truffaut.

La beauté de la photo, dirigée par Céline Bozon (Transylvania, Pork and Milk) ne vient pas non plus rédimer le film du rythme haché que Kahn a imaginé pour donner l’impression d’une course folle. C’est une bonne idée de transformer un film d’amour amour en thriller.  Sauf que l’attente est une composante essentielle  de l’amour; la mettre en ellipse rend l’intrigue peu vraisemblable.  Et Cédric Kahn  n’est pas très cohérent  avec son idée de course quand il baigne ses plans  dans la mollesse suffocante d’une société chabrolienne et d’une chair monstrueusement calme et  toute-puissante. Côté acteurs, la passivité des performances est raccord avec L’ennui: la sensuelle Valeria Bruni-Tedeschi rejoue son rôle de 5X2 (F. Ozon), sans vraiment varier les mimiques qui signent ses performance de femme-femme au cœur de petite fille; et en mari-guest, Philippe Katerine a l’air tout droit sorti des années 1970. Seul Yvan Attal tire son épingle du jeu. Il faut même avouer qu’il est bluffant sous sa mèche un peu grasse de quadra possédé. Il nous avait habitués à jouer les gros bras (Les patriotes, Anthony Zimmer, Munich), et dans ses deux derniers films, Les regrets et Partir, il se révèle être un immense acteur dramatique.

Les Regrets sont donc à voir, pour les âmes en mal d’histoires d’adultère, et spécialement pour la scène d’amour  filmée à travers les marches d’un escabeau  de bois -un des seuls moments où la caméra se pose et prend son souffle!

Les regrets, de Cédric Kahn, avec Valeria Bruni-Tedeschi, Yvan Attal, Philippe Katerine, Arly Jover, France, 208, 1h45

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : ya[email protected]

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