Cinema

Documentaire : « Francis Bacon : l’homme et l’arène »

12 janvier 2010 | PAR Mikaël Faujour

Consacré à l’un des rares peintres (semi) figuratifs ayant joui d’une grande notoriété aux temps des « avant-gardes » triomphantes, Francis Bacon fait l’objet d’un documentaire de la BBC, distribué par Arte.

L’excellence de la BBC en matière de documentaire didactique sans être simpliste n’est plus à démontrer. En matière d’art, la série documentaire de la chaîne publique britannique intitulée The Private Life of a Masterpiece en est une preuve remarquable, équivalente parfaite à la série française Palettes diffusée par France Télévisions.

Réalisé en 2005 et déjà distribué par Arte Vidéo en 2006, le documentaire d’Adam Low n’appartient pas à la série susmentionnée. Comme l’explique le réalisateur dans les bonus du DVD, les précédents documentaires consacrés au peintre remontaient à l’époque où celui-ci était encore vivant, étant donc essentiellement constitués d’interviews. Adam Low propose une biographie sur l’homme, sa vie, son œuvre, selon l’expression consacrée.

De ses débuts dans le design puis dans la peinture, sur lesquels le mystère plane, jusqu’à la gloire internationale et les expositions dans les grands musées du monde, l’auteur trace le parcours de vie de l’artiste selon une trame chronologique. Avec en toile de fond la démesure et la folie du XXe siècle qu’a traversé largement Bacon (1909-1992), le documentaire – édité en 2009 à l’occasion du centenaire de sa naissance – rend compte de ce personnage singulier, homosexuel sensuel et bambochard à demi poivrot, en tension avec son art tourmenté.

Reste que le documentaire laisse sur davantage de questions que d’enchantements. Le titre, d’abord, et la mise en tension de l’art de Bacon et de la tauromachie (dont plusieurs scènes de mises à mort ou d’attaques du taureau ponctuent le film), apparaissent d’une pertinence limitée. Surtout, interrogation sur les œuvres elles-mêmes, qui ne semblent pas occuper une place si centrale dans le documentaire. De fait, il ne répond pas à des questions fondamentales qu’un profane peut se poser : pourquoi l’art de Bacon est-il si coté, si louangé, si estimé ? pourquoi l’art de Bacon, qui évacue la beauté comme préoccupation pour explorer la monstruosité, la douleur, l’horreur dans la quotidienneté aussi, est-il capital dans l’art du XXe siècle ? À cela, aucune réponse. Comme, hélas ! toujours dans l’art contemporain : l’évidence n’a que faire des « pourquoi ».

De façon certes mesurée, ce documentaire semble tomber dans le travers hagiographique d’une période qui se cherche des saints intercesseurs dans les artistes. Des propos banals, parce qu’ils sont choisis plutôt que d’autres, apparaissent exhaussés en parole profonde et prophétique. Ce qui reste symptomatique d’une sacralisation de l’artiste devenu le chamane au rabais et l’écran cristallisant les peurs, les lâchetés et les désirs des publics sans transcendance. Il est loin le temps où Duchamp renonçait la peinture parce que lassé d’entendre « bête comme un artiste » ! Et pourtant…


Francis Bacon : l’homme et l’arène
, Arte Vidéo

[En guise d’appendice, nous publions un avis peu orthodoxe et très sévère sur Francis Bacon, du philosophe et peinture Kosta Mavrakis, intitulé « Francis Bacon : le dernier des peintres », tiré de son blog :

« J’avoue humblement ne pas aimer Francis Bacon mais ce sentiment ne relève pas uniquement d’une réaction idiosyncrasique motivée par l’exclusion chez lui de la beauté naturelle, mais d’un jugement dont je peux donner les raisons. Selon moi le peintre, qui est presque entièrement libre en matière de couleur, doit respecter certaines limites quand il s’agit du dessin et ne pas renoncer à toute vraisemblance. Bacon s’était affranchi de ce précepte en vertu d’un choix qu’il avait fait dès le début et qu’il justifiait (sans esprit de système) par des arguments empruntés à l’idéologie moderniste. Les vrais motifs étaient autres. Désespérant de pouvoir rivaliser avec les grands peintres qu’il admirait comme Velasquez, il avait renoncé à les suivre sur la voie de la figuration stricte sans y renoncer entièrement. Il savait en effet qu’il y allait de l’art et que la peinture ne peut se passer de la mimésis. Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’elle exige au minimum une figuration assez correcte pour être vraisemblable. Le résultat fut qu’il s’est toujours tenu sur le fil du rasoir entre art et non-art. Il préservait du premier un grand souci esthétique qui se manifestait dans les domaines de la couleur et de la composition et une figuration suffisante pour rendre ses formes expressives mais pas assez pour maintenir le lien avec l’essence de la peinture. Il se tient donc à la limite du pictural. Assez, en tout cas, pour être perçu comme allant à contre-courant et pour être qualifié par une personne que je connais bien de « dernier peintre ». C’est ainsi que s’explique son impatience vis-à-vis de l’art contemporain dont il ne voulait pas entendre parler. Il était conscient que l’art suppose des règles et des limites et qu’au point où il en était la moindre concession supplémentaire au discours avant-gardiste le ferait basculer dans le non-art pur et simple, dans la négation de tout ce qu’il avait fait jusque là et de tout ce qu’il admirait chez ses prédécesseurs. »]

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Mikaël Faujour

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