Cinema
Despues de Lucia de Michel Franco ou les profondeurs lumineuses du naufrage

Despues de Lucia de Michel Franco ou les profondeurs lumineuses du naufrage

02 octobre 2012 | PAR La Rédaction

Lauréat du prix « Un certain regard » au 65e festival de Cannes, « Despues de Lucia » plonge dans l’enfer d’une orpheline manipulée et avilie. Un film marquant, en salles le 3 octobre 2012.

Après la Lumière ? Non, après Lucía. Mais en fait ce sera un peu pareil. Une vie bourgeoise, tranquille dans une ville balnéaire. Un évènement lourd, un choc brutal. La perte de l’épouse, de la mère, dans un accident automobile. Le père ne peut pas vivre dans ce souvenir, sa fille n’a semble-t-il pas fini son deuil. Lui, décide d’abandonner sa ville, sa vie antérieure, ils partent pour se reconstruire, changent d’espace de vie, vers la capitale. Reconstruction sécurisée, joli quartier, lycée privé, bourgeoisie confortable. Mexico City. Le père s’installe, se lance dans l’ouverture d’un restaurant culinaire, son métier. Sa fille, la petite nouvelle, arrive dans son lycée, sa classe, parmi ses nouveaux camarades. Elle sera accueillie, bien. Confiante et naïve elle oubliera quelques retenues dans une soirée adolescente ou l’alcool et la marijuana se mélangent. Les corps aussi, elle fait l’amour avec un de ses camarades. Il filme l’acte avec son téléphone. Et un cruel enfer l’envahira. Ridiculisée, avilie, abusée par les garçons, les filles, par ses amis, enchaînée, humiliée, torturée. Jamais les adultes, pourtant informés, sécurisés par des tests, des contrôles, une mécanique sécuritaire, ne verront rien. Jusqu’à un autre drame.

À force d’escalader dans l’ignominieux, on arrive à des sommets, ou plutôt des profondeurs abyssales. La violence usuelle est révélée aux professeurs, directeur, parents. Rien n’est fait, rien à faire, les mineurs ne sont pas interrogeables, irresponsables. Le père de l’enfant violentée, séquestrée, disparue dans un océan Pacifique de nuit et sous alcool, après un ultime viol, partira à sa recherche. Avant d’arriver au bout, avant d’avoir vraiment fait le tour de toutes ses enquêtes, broyé de douleur, il attrapera l’un des garçons, l’emmènera, attaché, bâillonné, dans sa voiture, puis sur la mer dans le fond d’une barque de pêcheur, au large, le jeter à l’eau. Rejoindre les profondeurs.

Michel Franco réalise une œuvre magnifique, extrêmement dure, dans une description de l’innocence adolescente, d’un espace propre et aseptisé, il nous montre les dégâts de la violence usuelle dans le Mexique contemporain. La caméra est toujours posée à une petite distance des acteurs, des actions. Le spectateur est installé en voyeur. En restant toujours à cette distance respectable, nous pouvons voir tout le manège qui tourne autour de la très bonne jeune Tessa qui crève l’écran, qui crève à l’écran, nous laissant impuissants. En arrière plan on découvre une société contemporaine ravagée par l’alcool, l’herbe et les technologies individuelles. Le contraste entre la vie paradisiaque de la bourgeoisie aisée, les plages magnifiques, et l’enfer des relations humaines prend à la gorge et donne des émotions d’une puissance rare.

« Después de Lucia » de Michel Franco, avec Tessa Ia, Hernán Mendoza. Mexique, 2012, 1h 43min. Sortie le 3 octobre 2012.

Guillaume Dimanche.

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La Rédaction

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