Cinema

Culture et politique, les hommes d’état en salle et sur les planches

13 avril 2011 | PAR Christophe Candoni

François Mitterrand revivait sous les traits de Philippe Girard sur les planches du théâtre de l’Odéon dans le remarquable « Adagio » écrit et mis en scène par Olivier Py, un spectacle autour d’une figure parmi les plus importantes de la cinquième république qui n’a pas manqué de susciter le débat, bien que ce ne soit pas une première, et rend compte de la difficulté de représenter des personnalités de cet ordre sans froisser. Le même Mitterrand avait été incarné magistralement par Michel Bouquet dans « Le promeneur du Champ de Mars », le film de Robert Guediguian. Au mois de mai, deux présidents de la république feront l’objet d’une oeuvre : au cinéma, Denis Podalydès jouera Nicolas Sarkozy dans « La Conquête » et au Théâtre de la Madeleine, Maurice Garrel lira « J’aimerais que ce soit le soir » à partir de textes de Charles de Gaulle.

Dimanche après-midi, le rideau est tombé sur la dernière d’« Adagio » à l’Odéon-Théâtre de l’Europe. Olivier Py y présentait une biographie scénique de François Mitterand de manière rétrospective en partant de l’annonce de sa maladie et en traversant ses propres textes et discours. Le président de la république française de 1981 à 1995 était joué par l’excellent Philippe Girard, non pas dans l’esprit d’une imitation vaine  mais dans une composition crédible et poétique, à la fois subtile et emphatique. L’acteur campait évidemment là un très grand personnage de l’histoire mais aussi un vrai et beau rôle de théâtre comparé par l’auteur et metteur en scène du spectacle à un personnage shakespearien, un « roi qui pense ». Olivier Py montrait l’action politique d’un homme d’état, sa conquête de la justice sociale, de la construction européenne, les transformations opérées sur la ville de Paris et sur la société mais il s’intéressait surtout à la vulnérabilité d’un grand homme face à la mort.

C’est le thème élaboré dans « J’aimerais que ce soit le soir » que s’apprête à lire Maurice Garrel deux fois par semaine au Théâtre de la Madeleine à partir du 15 mai. L’acteur prêtera son visage et sa voix pour transmettre les paroles d’un de Gaulle retiré dans la campagne Irlandaise, attendant que le temps passe et que la mort advienne. « A quinze ans, Charles de Gaulle, dans une rédaction, décrit son avenir de chef de l’armée et de sauveur de la France – destinée par lui fixée et qu’il accomplira quelques décennies plus tard. A soixante-dix-huit ans, brusquement exclu du pouvoir par le non du référendum, de Gaulle se retire en Irlande. Les photographies célèbres de 1969 le montrent marchant en plein vent, droit avec son pardessus sombre, dans le décor tragique qui convient à son chagrin. Mais après cette spectaculaire sortie dans la lande du roi Lear, pendant ces quelques mois d’avant sa mort où il jouait aux cartes contre le hasard en attendant que la postérité se réempare du mythe qu’il s’était lui-même construit, qu’est-il devenu du général de Gaulle ? Dans la vie des hommes illustres, les moments désertés par le destin sont les plus troublants : ils sont ceux où les soldats mènent le dernier « combat intérieur » entre « exaltation » et « mélancolie », ceux des souvenirs qui se précipitent. Ils sont ceux où les héros de guerre et les rois tragiques recommencent à nous ressembler. Dans un spectacle créé au Théâtre National de Strasbourg en 1987, nous avions imaginé la dernière heure du général de Gaulle en Irlande où il avait apporté avec lui les Mémoires d’Outre-Tombe de Chateaubriand. Aujourd’hui, Maurice Garrel qui avait créé le rôle, revient nous lire les paroles proférées  pour que nous réentendions cette langue si singulière, et bien sûr nous expérimenterons ce que prophétisait André Malraux : « Avec l’appel du dix-huit juin commencent les monologues aux ténèbres. » (source, Théâtre de la Madeleine).

La sortie en salle du film de Xavier Durringer « La Conquête » dans lequel le sociétaire de la Comédie-Française Denis Podalydès interprète Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale de 2007 et son arrivée au pouvoir s’approche avec beaucoup de prudence et de mystère, presque personne n’a pu à l’heure actuelle voir le film entièrement mais sa sortie s’annonce évènementielle.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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