Cinema

[Critique] « Panic Attack », film choral métaphysico-délirant très réussi

[Critique] « Panic Attack », film choral métaphysico-délirant très réussi

04 décembre 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

A l’heure où les très bons The eternal road et Jumpman, récompensés par des Prix à l’Arras Film Festival 2018, sont projetés à Paris au cinéma Christine 21, on souhaite que l’excellent Panic Attack, montré comme eux lors du Festival 2018, connaisse une exploitation en France.

[rating=5]

Premier long-métrage du polonais Pawel Maslona, Panic Attack n’a pas été distingué par le jury de la Compétition Européenne, lors de sa présentation à l’Arras Film Festival 2018. Ce qui ne lui permet hélas pas d’être projeté à Paris, en ce jour où les vainqueurs de la CompétitionJumpman ou The eternal roadsont montrés au cinéma Christine 21. Il mérite cependant une sortie en France, en salles ou même en format DVD, ou VOD. Sa maîtrise et ses incroyables interprètes lui permettent d’emmener le spectateur vers des abîmes d’émotion particulièrement marquants.

Le film se passe en Pologne, de nos jours. Mais il évite tout discours socio-politique trop direct : il peint des situations de crise qui peuvent en dire autant sur le contexte polonais que sur l’humanité à titre universel. Dans les séquences de déraillement qu’il montre, il l’élude pas les détails sexuels, vulgaires ou scatologiques. Mais il se situe à une excellente distance, à une excellente hauteur par rapport à eux, si bien qu’aucun élément n’apparaît trop appuyé, et que ces détails paraissent très humains. Le film empoigne quelques motifs assez anodins et les fait grandir jusqu’à la folie.

De la panique vers le grand vide

De quelles crises parle-t-on, dans Panic Attack ? En vrac : un adolescent sous l’effet d’une drogue lance des provocations à un jeune homme serveur lors d’un mariage, dont la sœur, cam girl, hésite à tout plaquer pour un voyage, tandis que dans un avion, justement, un couple est importuné par un passager retardataire gentil mais maladroit, et qu’un médecin, lié au mariage précédemment cité, se trouve également à bord. La drogue est puissante, le jeune serveur fou de jeux vidéos, le mariage va être perturbé par des événements imprévus, la cam girl reçoit des amies qui vont la stresser, et dans l’avion, ce qui attend les passagers que l’on suit va être bien pire.

A renfort de scènes qui n’hésitent pas à aller jusqu’à la bagarre et jusqu’aux situations totalement gênantes, Panic Attack arrive à parler de mort, de pulsions de survie, et du trou béant qui existe entre les deux, avec une maîtrise assez sidérante. Il se permet beaucoup de choses mais n’oublie jamais de rester humain, de capter l’humanité derrière toutes les situations qu’il montre. Son montage est fluide et prenant, ses effets de style, jamais en trop, d’abord rigolards, puis vertigineux. Sa matière filmique et les articulations de son récit sont si riches qu’on ressent l’envie de revoir immédiatement le film, dès l’arrivée du générique de fin.

Et au cœur de la réussite des séquences, on trouve les acteurs et actrices, tous exceptionnels, tous à l’exacte hauteur de ce qu’ils incarnent. Tous prompts à s’enflammer, d’une façon terriblement expressive et terriblement juste. Dans des rôles aux limites du délire, imaginés à partir de situations réalistes tirées vers l’excès, ils font merveille. Panic Attack est un film qui, au final, parvient à amener le spectateur qui accepte ses règles au cœur de l’instant où le passage de la vie à la mort (et inversement), ou du rien vers la matière, se fait. Et qui arrive à faire sonner très fort le grand vite de cet instant fatidique. A revoir, on l’espère.

Deux films récompensés à l’Arras Film Festival 2018, les excellents The eternal road et Jumpman, sont projetés le mardi 4 décembre au cinéma Christine 21, à Paris.

Les autres dates de projection dans les salles partenaires en région, dans le cadre de l’Arras Film Festival Off : https://bit.ly/2Sz2kOn

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Visuel : Panic Attack © détail de l’affiche polonaise

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : geoffrey.nabavian@free.fr / https://twitter.com/geoffreynabavia

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