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[Critique] Le médecin de famille, le quotidien de Mengele à Bariloche

[Critique] Le médecin de famille, le quotidien de Mengele à Bariloche

23 octobre 2013 | PAR Olivia Leboyer

Bariloche

A Bariloche, Patagonie, une famille se lie avec un médecin avenant, qui inspire confiance. Or, il s’agit du criminel nazi, Josef Mengele. Un film réussi, à la douceur trouble (adapté du roman Wakolda, Stock, 2013, de Lucia Puenzo également). Sortie le 6 novembre 2013.

[rating=4]

Le titre français exprime bien la tension au centre du film : ce médecin semble sympathique, plein de sollicitude, proche de la famille avec laquelle il va jusqu’à nouer une sorte d’amitié. La petite fille, surtout, l’intéresse. Des trois enfants du couple (Natalia Oreiro et Diego Peretti), Lilith (Florencia Bado, très touchante) est la plus fragile d’apparence. Très petite pour ses douze ans, elle est en effet née prématurée. Dans sa nouvelle école, à Bariloche, où l’enseignement se fait en allemand, le culte du corps règne et il ne fait pas bon avoir l’air frêle. Obligeamment, le médecin propose à la famille d’aider Lilith à grandir, en suivant un traitement de son invention. Sans compter que la mère, enceinte, attend des jumeaux : le médecin se penche de près sur la grossesse…

La famille l’ignore alors, mais ce médecin, c’est Josef Mengele, le criminel nazi. Alex Brendemühl l’incarne à merveille, en donnant à cet homme monstrueux un aspect également tout à fait normal (voir notre interview). A ce moment de sa vie, Mengele est réfugié en Patagonie, où il se sent très à l’aise. On ne peut même pas dire qu’il se cache, d’ailleurs, ni qu’il éprouve de la peur : « Je me sens ici comme à la maison », lance-t-il peu après son arrivée. Il semble plutôt en paix avec lui-même, ravi de pouvoir poursuivre ses expérimentations, comme avant. Lucia Puenzo montre très bien la facilité avec laquelle Mengele continue le cours de sa vie, fort de son sentiment d’impunité et de son aisance en société. Il y a là quelque chose de glaçant. Tout comme fait froid dans le dos le parallèle entre les camps nazis et l’usine de poupées de porcelaine où travaille le père de la famille.

Un beau film, tendu et trouble. Dans le paysage à la fois sublime et oppressant de Bariloche, le quotidien de ce monstre banal prend une dimension assez sidérante.

Le médecin de famille (Wakolda), de Lucia Puenzo, Argentine-Espagne-France, 1h33, avec Alex Brendemühl, Natalia Oreiro, Diego Peretti. Sortie le 6 novembre 2013.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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