Danse

Dans le cœur de la géométrie de Trisha Brown au Festival d’Automne

Dans le cœur de la géométrie de Trisha Brown au Festival d’Automne

23 octobre 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est l’un des temps forts de cette édition du Festival d’Automne. Le théâtre de la ville accueille un court cycle historique intitulé sobrement mais efficacement « Trisha Brown Dance Compagny ». Chef d’oeuvre.

[rating=5]

Jusqu’au 26 octobre, le Premier programme est présenté, comme une entrée dans la grammaire de la chorégraphe américaine. Ici, tout est affaire de géométrie, et c’est dans une obsession de la pureté des lignes qu’elle a toujours travaillé.

Le spectacle comporte deux pièces de groupe, For M.G : The Movie (1991), Newark ( 1987) et entre les deux, un solo comme une interlude, Homemade (1964).

Une pièce comme un film, une pièce avec un film, et une pièce sans film et sans fil. L’ensemble est un coup de poing intérieur.

La progression du programme fonctionne à la perfection. The Movie met en scène 7 danseurs, en académique ocre. La bobine tourne, elle fume. Elle est ce danseur en solo qui tourne en avant, puis en arrière sans jamais devier de sa trajectoire. Il y a des statues, il y des sons comme des sous-titres, des bruits de villes, de port, de prison. Des voix qui parlent en italien, et toujours, ce danseur qui court. Isolement, enferment, peur de la robotisation, les images fusent et la musique agit comme un trépied vers la compréhension.

Pourtant, de l’avis même de la chorégraphe, comprendre est hors sujet. Elle n’a jamais cessé d’expérimenter, à l’image de ce Homemade clownesque où Vicky Shick en legging et short large effectue des mouvements simples en s’auto-projetant. Filmer la danse, dans une fausseté de l’instant, cela, en 1966 est tout bonnement une révolution.

Cet intermède permet de saisir à quel point ce qui compte ici c’est le mouvement, le mouvement comme seul fil conducteur.
Et, en apothéose, Newark, vient éclairer tout ce qui vient d’être montré. Des aplats de couleurs en all-over, rouge, bleu, jaune, mettent les 7 danseurs, chacun de façon différente, en relief. Là, la musique de Peter Zummo et Donald Jude arythmique, semble tendre des pièges aux interprétes. Le son surgit de façon grinçante, quand jamais on ne l’attend, tout comme, les portés les plus fulgurants nous saisissent au vol.

Ces Portés, climax de la pièce, offrent lignes diagonales architecturales, triangles mathématiques et sauts athlétiques. Ils sont monstrueux de perfection, de précision, de travail. Jamais la souffrance ne transparaît dans ces gestes à la technicité rarement imposée si loin. Tout semble évident, comme si ces corps sans rondeur jamais étaient des machines pouvant fonctionner un millénaire entier.

Premier programme : du 22 au 26 octobre.

Second programme : du 28 octobre au 1er novembre

Infos pratiques

Centre Pierre Cardinal (festival Les Musicales)
Le Théâtre de l’Athénée
Marie Boëda

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