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Critique de Potiche: un hymne jubilatoire à la libération de la femme

Critique de Potiche: un hymne jubilatoire à la libération de la femme

10 novembre 2010 | PAR Gilles Herail

Porté par une Catherine Deneuve rayonnante, Potiche offre un pur moment de comédie au charme discret des années 70. Autour d’un casting judicieux et d’une atmosphère délicieusement rétro, François Ozon filme avec  bonheur l’émancipation de la femme moderne. Un véritable plaisir.

François Ozon est un cinéaste à part parfois taxé à tort de parisianisme. Sa filmographie déjà très fournie a toujours su se renouveler, louvoyant à travers les genres et les tonalités. Ozon avait surpris en réalisant Ricky, film social teinté de fantastique qui réussissait le pari d’ancrer dans le réalisme un postulat extraordinaire, la naissance d’un bébé ailé. Revenant à la comédie pure, Potiche est bien plus qu’une simple resucée de 8 femmes dont la parenté a été revendiquée durant la promotion.

On y retrouve certes le casting de luxe, l’angle féministe, l’écriture fine des dialogues et l’atmosphère désuète et colorée des décors et des costumes. La principale différence se nomme Catherine Deneuve. Présente dans tous les plans, elle irradie par son charisme et sa transformation constitue le cœur du film. De bobonne au foyer qui n’a même pas la chance de s’adonner aux taches ménagères, elle devient par hasard patronne par intérim et prend goût aux responsabilités pour devenir une icône féminine qui enthousiasme les foules (et le public).

Pure comédie, Potiche réserve des rôles caricaturaux en or à des acteurs comme Luchini, qui cabotine avec plaisir pour incarner un patron misogyne et réactionnaire dépassé par la tournure des évènements. Ozon ose aussi des scènes ouvertement satiriques comme la première séquence  du film. On y suit Catherine Deneuve, de son très rouge jogging vêtue qui s’émerveille devant un oiseau, un petit écureuil, et le beau soleil. L’allusion aux princesses cruches de Disney est hilarante et place instantanément  le film dans une ambiance irréelle qu’on retrouvera tout au long de l’histoire. Les flash back qui illustrent la riche activité sexuelle de la soi-disant potiche participent à cette veine parodique qu’ Ozon avait oubliée depuis quelques temps.

Le ton est donc à l’humour et le propos social ne se veut jamais didactique. Le machisme triomphant en prend évidemment pour son grade devant le mouvement de foule qui suit la prise de pouvoir de Catherine Deneuve. Les allusions à l’éclosion de Ségolène Royale en 2007 sont amusantes mais la réflexion politique reste trop caricaturale pour être prise au sérieux. Et ce n’est finalement pas plus mal. François Ozon veut offrir un moment de détente libérateur à son auditoire et il le fait avec talent.

Si Potiche est une réelle comédie dynamique et enthousiasmante, François Ozon réserve quelques scènes en suspens où l’émotion est malgré tout présente. Le film permet ainsi les retrouvailles émouvantes entre Deneuve et Depardieu qui forment un couple improbable, mais on ne peut plus cinématographique. La bourgeoise et le prolo, la patronne et le député communiste, anciens amants d’une après midi dans leur jeunesse passée se retrouvent par hasard. L’intensité des scènes qu’ Ozon leur réserve est surprenante.  En une scène de danse, un regard, quelques souvenirs partagés, ces deux légendes du cinéma français offrent des moments de pure complicité et d’une profonde tendresse.

Restant toujours dans la légèreté, le rire, et le positif, Potiche offre un moment de pur bonheur à son spectateur. Musical et rythmé, le film raconte la libération de la femme et sa revanche. Un très beau moment de cinéma, intelligent, construit et plaisant. On croise les doigts pour le succès populaire, peut être plus mérité que le triomphe actuel des  surestimés petits mouchoirs.

Gilles Hérail

A Gagner : 2×2 places pour le concert de Louis-Ronan Choisy au Zèbre de Belleville le 15 Novembre
Live report : Ndidi O, Cleo T et 1973 au Batofar (10/11/10)
Gilles Herail

5 thoughts on “Critique de Potiche: un hymne jubilatoire à la libération de la femme”

Commentaire(s)

  • Amelie Blaustein Niddam

    Juste génial, drôle, intelligent et tellement d’actu! ( n’est ce pas Avela? Tant de pulls jacquarts sur fond de « Il était une fois »,c’est collector!)

    novembre 13, 2010 at 20 h 04 min

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