Cinema
Coup de projecteur sur Sylvie Testud, une hyperactive épanouie

Coup de projecteur sur Sylvie Testud, une hyperactive épanouie

10 avril 2012 | PAR La Rédaction

On n’a pas fini d’entendre parler de Sylvie Testud. A 41 ans et près d’une cinquantaine de films à son actif, cette touche-à-tout vient de passer derrière la caméra, en réalisant « La vie d’une autre » (sorti le 15 février) avec Juliette Binoche et Mathieu Kassovitz. Son agenda des prochains mois? Chargé. L’actrice-réalisatrice et mère de deux jeunes enfants jongle entre trois projets de tournage – dont le prochain film autobiographique de Diane Kurys (qui lui a déjà offert le rôle de « Sagan »), une nouvelle adaptation cinématographique et un cinquième roman. Les confidences de Sylvie Testud, concentré d’impulsivité et d’énergie.

Comment est né ce désir d’adapter à l’écran le livre d’une autre?

Deux jeunes producteurs m’ont proposé d’adapter le roman de Frédérique Deghelt. J’ai adoré le fantasme de départ de « La vie d’une autre »: cette femme qui « oublie » quinze ans de sa vie. La possibilité de tout réécrire, de se réinventer. Cela fait rêver et en même temps, c’est totalement flippant… Simplement, j’ai souhaité que l’héroïne ne soit pas, comme dans le livre, la victime de son mari, un businessman accompli socialement, mais une femmes d’affaires qui n’est victime que d’elle-même. Elle croit maîtriser son destin, elle s’ampute de l’état amoureux, son entourage proche lui renvoie une image abjecte… Elle doit retrouver l’usage de ses émotions.

L’héroïne du film a exactement votre âge, quarante-et-un ans…

Le personnage se retrouve en position de recul sur sa propre vie. Je viens d’un milieu populaire. Inconsciemment, je me suis posée la question : Que penserait la gamine que tu étais de ce que je suis devenue? C’est une étape dans ma vie. Aujourd’hui, je suis maman, actrice et riche…. Qu’est-ce que je lâche ? Cette question me taraude. C’est le début de l’état d’adulte… Et puis je suis très intriguée par le parcours des femmes. En très peu de temps, disons vingt ans, on doit tout faire, une carrière, des enfants. On doit être tout terrain. Nous sommes souvent celles qui brillent le plus. Mais en même temps la liberté que l’on s’octroie à soi-même est très limitée!

Entre «L’amour, la mort, le fringues», la pièce aux trente comédiennes de Danièle Thompson et le projet d’adaptation du roman «Les Morues», de la blogueuse Titiou Lecoq, vous êtes à fond dans des histoires de femmes…

Ce qui me plait dans « Les Morues », c’est l’idée de travailler sur la liberté des groupes de filles. Des filles super libres, mais pas décérébrées. C’est presque une réponse aux « Infidèles »… Souvent on dit de moi que je suis une rebelle. Or je n’ai rien d’une militante! Ma vie paraît libre, donc on en déduit qu’il y a une forme d’insoumission. Il y a beaucoup à dire de la liberté féminine, mais il faut que cela soit dit fortement…. Des réalisatrices comme Danièle Thompson, Diane Kurys ou Chantal Akerman, avec lesquelles j’ai eu la chance de travailler, appartiennent à une génération de femmes libres qui n’avaient pas besoin de se justifier! Nous, on s’est un peu fait avoir!

On vous prête aussi l’intention de tourner dans une comédie belge aux côtés de Dave?

Cela dépendra de mes autres projets, de mes envies d’écriture. Je ne peux pas tout faire! Je suis en train d’écrire mon cinquième roman, « On t’avait prévenue», autour du métier d’actrice et de réalisatrice. Il y a aussi deux autres projets de tournage: « Je m’appelle hmmm », le premier long-métrage d’Agnès B. qui traite du sujet de l’inceste. Sans oublier le prochain film de Diane Kurys, pour l’heure intitulé « Soir de Paris », qui parle de sa famille.

L’hyperactivité, c’est votre moteur?

Aujourd’hui, beaucoup d’actrices deviennent réalisatrices. Avant un grand nombre de comédiennes auraient pu le faire, mais elles se l’interdisaient inconsciemment. Désormais ce désir est assumé : on a le droit de déambuler dans ce milieu! Pour ma part, je ne vis que comme cela, dans l’impulsivité. C’est un garde-fou. J’aime m’être infidèle, me plonger dans autre chose. C’est une façon de ne pas avoir les deux pieds dans la glaise et d’éviter d’avancer lourdement».

Propos recueillis par Nathalie Hamou

Visuel : (a) arp selection

Deux zèbres sur la 30e rue, la fable énergique de Marc-Michel Amadry
Parade(s), le festival des arts de la rue de Nanterre
La Rédaction

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *