Cinema
Ce que le jour doit à la nuit, Arcady à la recherche du temps perdu

Ce que le jour doit à la nuit, Arcady à la recherche du temps perdu

13 septembre 2012 | PAR Olivia Leboyer

Alexandre Arcady signe avec Ce que le jour doit à la nuit un film ample, romanesque et très personnel, qui nous a touché. Sortie le 12 septembre 2012.

Lorsque Alexandre Arcady raconte l’Algérie, sa sincérité, sa nostalgie deviennent palpables. Faire revivre les souvenirs, redonner leurs couleurs à de vieilles photos, trier des valises pleines de fantômes, c’est aussi la fonction du cinéma, fabrique du rêve et du temps perdu. Alors, en adaptant le roman de Yasmina Khadra, c’est aussi de lui qu’Arcady nous parle. L’histoire ? Entre 1939 et 2010, le curieux destin de Younès, rebaptisé Jonas, qui oscille entre deux cultures, deux appartenances mais un même amour pour la terre algérienne, si belle. Si le film dure 2h39, cette durée se justifie et ne pèse pas sur un récit qui doit prendre le temps de se poser et de se déployer : les scènes du début, très dures, entre le petit Younès et son père ruiné et rivé à son orgueil, sont peut-être les plus réussies. Confié à son oncle et sa tante (Mohamed Fellag et Anne Consigny, tous deux très justes et émouvants), Younès devient Jonas et doit s’adapter à un nouveau milieu social, à une nouvelle identité et, donc, à de nouvelles amours. Mohamed Fellag et Anne Consigny apparaissent comme un couple idéal : si la mixité leur a posé des problèmes, ils ne s’étendent jamais sur le sujet. C’est justement auprès de sa belle tante que Younès aperçoit pour la première fois une belle petite Française, Emilie, qui le fascine immédiatement. Coup de foudre réciproque, mais Jonas, une fois adulte, ne parviendra jamais à vivre un amour évident et triomphant comme celui de ses parents d’adoption.

Trois périodes, dans ce film romanesque en diable : l’enfance meurtrie, l’adolescence insouciante, l’Histoire qui reprend ses droits et qui dicte le sort des uns et des autres.
Jonas (Fua’d Ait Aattou, dont la beauté et le détachement un peu nonchalant vont parfaitement à ce personnage plein de doutes) se révélera incapable de prendre les grandes décisions de sa vie. Ce sont ses amis, et surtout l’Histoire, qui agiront sous ses yeux. Quatre amis amoureux (Matthias Van Khache, qui joue l’ami rondouillard, est particulièrement bien) de la même fille (Nora Arnezeder, très vivante, lumineuse), belle et pleine de vie, et des chassés-croisés malheureux : pour un peu, on se croirait dans le très beau Georgia d’Arthur Penn (1981).

Arcady réussit à rendre sensible cet amour impossible, raté, fait de mille et uns rendez-vous manqués. A la manière des films hollywoodiens, le romanesque est complètement assumé. Les paysages, éblouissants, sont filmés comme s’ils avaient toujours déjà été perdus, rêvés.

Un film ample, romanesque, humaniste : une déclaration d’amour à l’Algérie, simple et belle.

 

 

 

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

3 thoughts on “Ce que le jour doit à la nuit, Arcady à la recherche du temps perdu”

Commentaire(s)

  • PERILLAT Michel

    Un film sur l’honneur et de la parole donnée.
    Très beau film, émouvant, nostalgique sur le pays perdu, l’exil. La souffrance de tous ceux qui ont dû quitter leur si beau pays.
    La flute « le Doudouk » donne de la subtilité à la très belle musique d’Armand AMAR, comme toujours.

    septembre 16, 2012 at 15 h 06 min
  • marquenet

    très très beau film qui m’a beaucoup touchée par ses sentimen ts forts et puissants.
    Je recherche la pensée parue à l’écran en fin de film,
    et les paroles de la chanson en fin de film interprêtée par qui ?…

    septembre 24, 2012 at 10 h 55 min

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