Cinema

Cannes, jour 2 : Audiard, Lou Ye et Gondry

Cannes, jour 2 : Audiard, Lou Ye et Gondry

17 mai 2012 | PAR Yaël Hirsch

Deuxième lever de soleil à l’aube sur la Croisette pour une journée bien remplie puisque Un certain regard, la Quinzaine des réalisateurs et la Semaine de la critique ouvraient aujourd’hui. Et que Jacques Audiard venait présenter « De Rouille et d’os » qui a emballé les critiques. De 8h du matin à 10h du soir, live-report 100 % cinéphile.

Le soleil était déjà au rendez-vous quand nous avons entamé la longue queue de 7h45 du matin pour entrer dans le Saint des Saints : la salle Louis Lumière. Le très attendu « De Rouille et d’os » a littéralement sidéré l’assemblée des journalistes, qui laissaient transparaître chacune de leurs émotions. (Pour lire notre critique, c’est ici).
A la conférence de presse, l’équipe du film marque des points en jouant la carte de la modestie. Le sculptural Matthias Schoenaerts corseté dans son costume s’énerve à peine quand on écorche son nom sous couvert de questions et d’humour, joliment mise en valeur dans une robe triangle revue, corrigée et ceinturée, qui lui donne un côté Jackie O, Marion Cotillard dit que le personnage de Stéphanie lui a longtemps échappé et même le maestro Audiard renvoie la balle à son co-scénariste Thomas Bidegain. Le soir, la môme préférée des français la joue 100 % glam dans une robe bustier noire ultra-longue avec chignon d’époque, devant une Croisette pleine à exploser.

Deuxième évènement de la journée, l’amorce d' »Un certain regard », avec la projection matinale du film envoûtant du Chinois Lou Ye, « Mystery ». L’histoire d’un homme qui mène une double vie entre une épouse sage et fidèle et une maîtresse dont il a un fils. Tout ceci sur fond urbain labyrinthique et pluvieux et d’enquête policière sur la mort d’une autre des maîtresse de ce Casanova un peu perdu. Les mouvements en forme d’ellipse et les gros plans de la caméra du réalisateur de « Nuit d’Ivresse printanière » (présenté à Cannes en 2009) ont envoûté une partie du public et déçu l’autre qui semble s’être lassée de son érotisme nostalgique à la Brian de Palma sous valium.

A 13h, après la conférence de presse du film » Après le combat » dont nous vous avons parlé hier, une seule projection discrète avait lieu pour le documentaire farfelu du génial Fatih Akin. « Des poubelles dans le jardin d’Eden ». Une sombre histoire de décharge publique qui empeste et menace un village d’irréductibles turcs et que les plans parfaits du réalisateur de « Head On » et « Soul Kitchen » ne parvient pas à rendre vraiment intéressante. Parfois, le cinéaste retombe même dans la passion qu’il montrait dans le documentaire « Crossing the Bridge » et il se concentre pendant d’interminables scènes sur la musique folklorique des fêtes  au village. Encore une fois, l’image est chatoyante, mais « Der Müll im garten Eden » (en VO!) n’est ni un film de festival, ni son meilleur opus.

Petite pause déjeuner à la Villa Scwhweppes, animée de 10h du matin (Yoga!) au bout de la nuit, et qui fait gentil GO avec nourriture tout à fait fraiche, bulles de soda et même bout de soleil sur mer, sur le bord normalement destiné dans l’année à la plage du 3.14. Une jolie respiration que nous avons agrémenté d’un Nespresso à l’espace voisin, la totalement design (mode suédoise en bois épurée) Plage du Festival.

La quinzaine des réalisateurs et la semaine de la critique commençaient en même temps, il a donc fallu faire un choix difficile et c’est vers la première et la projection du film de Michel Gondry que nous sommes allés.

Dans un joli amphithéâtre en bis art déco, en dessous de l’hôtel Marriot, la quinzaine des réalisateurs a donc officiellement ouvert ses portes jusqu’au 25 mai. Le mot d’accueil de la société des réalisateurs de films (SRF) était plus que chaleureux, ces derniers étant ravis de voir la salle pleine à craquer. Les présidents, Chantal Richard et Eric Guirado, ont remis leur prix, le carrosse d’or, au réalisateur turc Nuri Blige Ceylan. Ce 11e carrosse a été présenté comme une « déclaration d’amour » au travail d’un de leurs pairs. Le réalisateur d’ « Uzak » a remercié l’audience avec cœur et sobriété. Puis, le nouveau délègué général de la SRF, Edouard Waintrop a été accueilli par de grands applaudissements sur un slogan engageant : « Le changement c’est maintenant ». Après maints remerciements ce dernier a souhaité que cette quinzaine soit la plus belle et la plus contrastée possible. Comprenez : ouverte aux nouveaux formats et aux nouvelles inspirations que le net souffle aux réalisateurs.

Michel Gondry est finalement entré sur scène avec les tout jeunes acteurs de son film, « The we and the I ». Le cinéaste a accompli un sympathique décompte des 44 quinzaines ou fortnight en anglais, pour déclarer celle de 2012 ouverte. Le générique imposant de cet évènement complétement cinéphile a défilé, ainsi que plusieurs mises en gardes drôles sur le piratage ou l’importance de la traduction et puis l’hommage à Spike Lee et à la jeunesse du Bronx de Gondry a commencé.

Le film d’ouverture de la 51ème semaine de la critique était « Broken » de Rufus Norris avec Tim Roth, le président d’un certain regard. Nous n’avons pu le voir aujourd’hui mais tenterons de nous rattraper demain.

La fin de la soirée a finalement livré le 4e film en compétition pour la palme d’or, « Paradies: Liebe » de Ulrich Seidl, sur le tourisme sexuel.

Rendez-vous demain pour plus d’émotions cannoises et maintenant que les marques sont prises pour Toute La Culture, attendez-vous peut-être à un peu plus de fête!

Le malade imaginaire à La Comédia
The We and the I, Gondry entre Spike Lee et Larry Clark
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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