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Cannes 2018, ACID : rencontre avec Hannah Ladoul et Marco La Via, réalisateurs de « Nous, les coyotes »

Cannes 2018, ACID : rencontre avec Hannah Ladoul et Marco La Via, réalisateurs de « Nous, les coyotes »

15 mai 2018 | PAR Aurore Garot

Présenté dans la section indépendante ACID du festival de Cannes lundi 14 mai, Nous Les coyotes, réalisé par Hannah Ladoul et Marco La Via, est un road-trip à Los Angeles où Amanda et Jake décident de tout recommencer….Sans imaginer que les premières vingt-quatre heures de leur nouvelle vie les emmèneront de surprises en déconvenues au cœur de la Cité des anges. Une histoire remarquablement réaliste où chacun peut se reconnaître. Toute La Culture a rencontré les deux réalisateurs franco-américains pour parler coyotes, liberté et réalisme à l’américaine.

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Pourquoi ce titre, Nous, les coyotes ?

Les coyotes étaient présents avec les hommes sur le territoire de Los Angeles et aujourd’hui, ils vivent en marge de la ville et ne descendent que pour trouver à manger. Ils vivent près des hommes mais sont rejetés et marginaux, un peu comme Amanda et Jake quand ils arrivent. Ils débarquent sans un sou, sans logement, sans travail, et la ville ne les accueille pas comme ils le pensaient. C’est le miroir entre l’animal et les deux personnages que nous voulions montrer.

Los Angeles n’est-elle pas un des symboles du rêve américain ?

C’est une ville immense avec une énergie folle, où tout semble possible. Si tu veux quelque chose, tout le monde t’encourage. Beaucoup de gens arrivent tous les jours en rêvant de percer là-bas… C’est une ville où tous les rêves sont permis mais malheureusement c’est une aussi une ville où beaucoup sont brisés.

Votre film aurait pu très vite tomber dans le cliché américain : une vie à Los Angeles, les rêves d’une carrière qui se réalisent, un happy end… Mais vous sortez des sentiers battus. Quel est votre ingrédient secret ?

Le réalisme. L’histoire d’Amanda et Jake est fortement inspirée de notre propre expérience, nous n’avons presque rien inventé ! Quand nous sommes arrivés à Los Angeles, nous étions comme Amanda : pressés de démarrer notre nouvelle vie et naïfs. On pensait que ça serait facile et on s’est rendu compte bien vite que ce n’était pas du tout le cas. La plupart des situations que vivent les deux personnages, nous en avons aussi fait les frais. Par exemple, quand le couple arrive chez la tante d’Amanda et qu’elle lui dit qu’ils ne peuvent pas dormir ensemble pour des raisons de pudeur devant les enfants, sans rire, il nous est arrivé la même chose chez un membre de notre famille en arrivant ! On sait ce que c’est de se retrouver sur un territoire inconnu avec des règles et des manières de faire que nous ne connaissons pas. Et l’air de rien, ce qu’ils vivent dans le film c’est plus courant qu’on ne veuille bien le croire et ça parle à tous. Beaucoup des personnes à qui nous avons montré le film avant son montage final, nous ont dit qu’ils se reconnaissaient en Jake et Amanda…Et même en sa tante. Les acteurs en lisant le scripte nous ont raconté leurs propres anecdotes ! La voiture à la fourrière, les problèmes de logement, le déménagement pour démarrer une nouvelle vie… Leur histoire est tout ce qu’il y a de plus authentique. Et d’ailleurs, la fin n’est ni tragique, ni vraiment un happy ending. Il y a du changement dans leur vie, mais c’est un changement intérieur, pas matériel. Leurs problèmes ne sont pas tous réglés. Après tout, ils viennent tout juste d’arriver !

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C’est vrai que le film ne retrace que leur première journée à L.A… Pourquoi ce choix de temporalité restreinte ?

Une simple journée peut faire basculer une vie, c’est juste que dans le moment présent, on ne s’en rend pas compte, il faut du recul avec le temps. Quand on a décidé de déménager à L.A avec Marco, on ne savait que cette décision allait nous changer à jamais. Un rien peut tout changer. Un choix, une décision, une direction peut provoquer un enchaînement d’événements qui auront impact important sur ce que nous sommes et ce que nous faisons. Et cela se fait sur une journée, voir une seconde. C’est en sortant de leur zone de confort, que les deux personnages arrivent à s’émanciper. Ils sortent grandit, plus forts, plus unis de toutes ces mésaventures. Cette journée était leur passage à l’âge adulte.

Amanda et Jack ont pourtant des caractères très différents…

Amanda tente de couper les ponts avec sa famille conservatrice qui de surcroît n’aime pas Jake, le voyant comme un « loser » à cause de sa manière de vivre un peu hors des normes. Au début du film, on a l’impression qu’elle porte toutes les responsabilités sur ses épaules pendant que Jack se la coule douce. Les deux personnages ont en effet une manière très différente de voir la vie. Elle est stressée, veut tout faire bien comme il faut, s’organise, passe un entretien d’embauche pour trouver rapidement un travail. Lui est un peu plus carpe diem, il est détendu, relax, et saisit les opportunités quand elles se présentent sans les chercher de manière assidue comme Amanda. Mais il est loin d’être un « loser » au contraire, il est un moteur de leur relation et de leur nouvelle vie qui se construit.

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Pour le casting, vous avez choisi Morgan Saylor et McCaul Lombardi pour jouer les personnages principaux…Comment les avez-vous découvert ?

C’est grâce à Donna Morong, notre formidable directrice de casting, qu’on a trouvé ces deux acteurs. On la considère vraiment comme la marraine de notre projet. Après avoir lu notre scripte, elle nous a pris sous son aile et a fait passer le mot à plusieurs agences qui nous ont envoyé des acteurs. Les auditions ont duré deux mois. Pour Jake, on a vu passer beaucoup de monde mais ils étaient toujours trop propres sur eux, trop parfaits, alors que Jake est un peu en décalage, il a des tatouages, un passé un peu douteux, il donne l’impression de ne pas être fiable… Quand on a rencontré  McCaul Lombardi, on s’est dit « c’est lui, c’est Jake », il était devenu une évidence, il était exactement le personnage qu’on avait imaginé !  Morgan Saylor a lu notre scripte et voulait nous rencontrer, car elle y a vu sa propre vie, elle se reconnaissait dans le personnage et ce qui était amusant, c’est qu’elle allait déménager de Chicago à L.A comme Amanda et Jake ! McCaul Lombardi l’a d’ailleurs aidé le jour J, et ils ont fait la route ensemble. En arrivant, ils s’appelaient par les noms de leur personnage. Il y avait l’alchimie entre eux qu’on recherchait, c’était fantastique. En plus, comme je l’ai dit plus tôt, les deux acteurs ont vécu des situations similaires à ce que vivent Amanda et Jake. De fait, ils ne « jouaient » pas les personnages, ils étaient les personnages !

Visuels : ©Noodles et Studio Orlando

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